BARBARA CARLOTTI : LA POP IDÉALE


Entre L’idéal et L’amour, l’argent, le vent, quatre ans se sont écoulés, où Barbara Carlotti a voyagé au Brésil, en Inde, au Japon, et s’est aventurée dans des expériences scéniques musicales autour de la Nébuleuse Dandy par exemple ou radiophoniques sur France Culture.

Six mois après la sortie de son dernier album, elle revient sur son parcours, ses 14 ans et son actualité à venir, la plus proche étant une date à La Cigale ce jeudi 18 octobre.
 
Paulette : Lorsqu’on évoque ton parcours musical, on lit souvent que tu as reçu une formation lyrique : comment es-tu venue à la chanson ?
Barbara Carlotti : Attention, on dit souvent que je suis une chanteuse lyrique… Ce qui n’est pas le cas. C’est peut-être parce que j’ai un nom à consonance italienne qui peut évoquer à certains Cecilia Bartoli ! J’adore l’opéra, j’en écoute, mais je n’en suis pas professionnelle, je fais de la chanson pop. Comme beaucoup de musiciens, j’ai fait le Conservatoire à un moment donné. J’y ai découvert des tas de choses : j’ai fait un peu de jazz, un peu de lyrique et de baroque. J’ai virevolté un peu partout, c’était plus de la curiosité qu’autre chose ! Pour moi, le chant, c’est une seule chose, et après, on choisit ce qui nous correspond le mieux. J’avais besoin d’écrire mes paroles et ma musique : c’est ce qui s’est imposé comme le plus évident, (…) je me sentais à ma place.
 

"Je m’identifie davantage à Etienne Daho qu’à Barbara"

 
On te compare souvent à Barbara : tu es d’accord avec cette affirmation ?
A part le nom, je trouve cela étrange, car ce n’est pas mon école. Même si elle a fait de très belles chansons, je ne l’ai pas tellement écoutée. Je l’associe plutôt à la musique qu’écoutaient mes parents. Je préférais Etienne Daho, qui reste un modèle pour moi, Gainsbourg, Bashung, Elie et Jacno, même Lio quand j’étais gamine, Christophe aussi. Plus tard j’ai découvert Dominique A ou Philippe Katerine. Aujourd’hui, je me suis rendue compte que j’étais plutôt attirée par le son que par le piano-voix ou les chanteurs de ce qu’on appelle "la grande chanson française". Cet été, j’ai écouté en boucle Django Django, j’en étais raide dingue. J’aime bien aussi The Do.

 
Quatre ans se sont passés entre tes deux derniers albums, tu as fait des voyages, est-ce que tu peux évoquer ton expérience au Brésil, en Inde ou le Japon ?
Le voyage était un alibi pour quitter la France, mes repères. J’avais envie de tenter d’aller toute seule ailleurs faire quelque chose, écrire des textes en l’occurrence mais aussi aborder la musique de ces pays, quitter mes habitudes d’écriture musicale. Le Brésil, c’était un peu différent, car ce sont les tropicalistes qui m’intéressaient. Ils ont réussi à intégrer une dimension internationale qu’avait la musique pop à une culture traditionnelle de manière très naturelle. J’y allais également pour écouter les chanteurs. Je trouve qu’on trouve les meilleurs chanteurs là-bas. Ils mêlent suavité, douceur et simplicité vocale à, en même temps, quelque chose de très résonnant. J’y ai pris quelques cours de chant. Je voulais les entendre parler aussi. Je pense qu’il ne suffit pas d’écouter de la musique chez soi mais qu’il faut aussi se déplacer là où ça se passe pour mieux comprendre.
 
"L’amour, l’argent et le vent nous écrasent et nous font tanguer"

Pourquoi avoir choisi la chanson "L’amour, l’argent, le vent " comme titre pour l’album ?
Cette trilogie représente pour moi quelque chose de poétique et générique qui symbolisait tout ce qui traversait l’album. Et c’est ce qui nous fait bouger, nous écrase, nous fait tanguer. Je voulais mettre sur le même plan ces trois données un peu abstraites : on ne peut pas les toucher et pourtant, ça nous préoccupe beaucoup dans la vie. L’histoire du braquage sur la plage d’Ipanema m’a fait réfléchir à tout ça. (Barbara Carlotti s’y est fait braquée avec sa traductrice par un groupe d’adolescents ndrl.) J’ai mis du temps à réaliser ce qui s’était passé. (…) C’était bizarre, ce braquage… Je me suis dit qu’on représente quelque chose pour ces ados, qu’on n’est pas à l’endroit où ils nous voient. Ils me faisaient entrevoir de leur côté quelque chose que je n’avais pas encore vu dans ce pays. Ça replaçait les choses différemment. Cette chanson est un peu bizarre, elle ne raconte pas vraiment les choses comme elles se sont passées, mais parle de dénuement.

 
Tu viens de faire une série de vidéos autour de la chanson « 14 ans » qui se trouve dans l’album où tu t’entretiens entre autres avec Brigitte, Camélia Jordana, Alain Chamfort, Philippe Katerine, Daniel Darc, Alex Beaupain : comment t’es venue l’idée et l’envie d’aller interroger d’autres chanteurs sur leur adolescence ?
Quand j’ai fait la chanson, j’ai fait remonter des souvenirs que j’avais envie de partager d’une certaine manière. Ça revenait sur l’origine de comment j’avais abordé la musique quand j’étais gamine et comment c’était devenu quelque chose de très important pour moi. J’avais des grandes sœurs et une cousine qui m’emmenaient le soir avec elles. A travers les sorties, les boîtes de nuit, les interdits finalement, la musique me permettait de me sentir libre. A chaque fois que je faisais écouter la chanson, on me posait des questions sur cette époque, et je répondais : " Et toi, c’était comment ? " Le sujet a pris une certaine ampleur parce qu’il touche des choses intimes dont on ne parle plus très souvent quand on est adulte. En plus, suivant les époques, on ne fait pas la même chose. Peut-être aujourd’hui sortir est devenu plus normal. Avec ma manageuse, on en a parlé au label, et mes amis chanteurs ont répondu partants. Ils étaient contents de faire revivre cet esprit de l’adolescence parce que personne ne leur pose de question sur cette période. "Sur quoi tu dansais ?", "Ta chanson préférée ?" Ils avaient parfois les yeux qui brillaient…
 
Et toi, c’était quoi ta chanson préférée à 14 ans ?
Tainted Love de Soft Cell !
 
"On va faire des choses inédites sur scène"

Pour le concert à la Cigale, le 18 octobre, on annonce des surprises, peux-tu en dévoiler certaines ou nous mettre sur des pistes ?
J’y ai invité quelques chanteurs et peut-être y aura-t-il aussi d’autres genres d’invités, comme un danseur par exemple. On va faire des choses un peu inédites sur scène. On fait plusieurs dates avant la Cigale, où on va tenter des choses. Ce concert est l’occasion de jouer tout l’album, d’aller plus loin pour le déployer sur scène, et faire venir des gens qui ont travaillé dessus ou des gens que j’aime bien. Certainement Philippe Katerine, on s’en doute. On a mis aussi en place une scénographie qui évoque l’univers de la nuit.
 
Tu prépares également un livre-disque avec le dessinateur Christophe Blain qui sortira l’année prochaine. Tu peux nous en dire deux mots ? 
Christophe a écrit une histoire inspirée par et en hommage à Pravda, une bikeuse, un personnage de BD des années 1960 dessinée par Guy Peellaert. Le livre s’appelle La fille, c’est l’histoire d’une nana qui, dans des Etats-Unis fantasmés entre la Sierra Nevada et Faster, Pussy cat ! Kill ! kill !, rencontre des hordes de nanas hyper agressives qui tuent les cow-boys. L’héroïne en trouve un, qui est tout petit au début, et l’embarque avant de le perdre. C’est un conte érotique. D’abord on la suit elle, puis lui, enfin ils se retrouvent.
 
> L’album "L’Amour, L’Argent, Le Vent" a été réédité et enrichi de duos avec, notamment, Dominique A "Message personnel" et Aline "Duel au Soleil". La réédition est sortie le 4 février. 
 
L’AMOUR, L’ARGENT ET LE VENT
Sortie le 2 avril 2012
Atmosphériques
 
 
Concerts
18/10 : La Cigale, Paris (avec Swan
en première partie)
20/10 : Théâtre en Dracenie, Draguignan
23/10 : La bouche d’air, Nantes
 

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