BARBAGALLO A DU CHIEN

© Eytan Jan


De retour au bercail après un exil australien, Julien Barbagallo, auteur-compositeur-interprète toulousain passé par Aquaserge et Tame Impala, sort son second opus, “Grand Chien”. Un album guilleret, fait de chansons champêtres et sans artifice, qui a conquis le coeur de Paulette.

Paulette : Peux-tu retracer ton parcours musical ?

Barbagallo : J’ai débuté avec HyperClean, puis il y a eu Aquaserge à partir de 2005, Tahiti 80, j’ai aussi collaboré avec Bertrand Burgalat et enfin Tame Impala, depuis 2012. J’ai fait des trucs en solo en filigrane dans Lecube de 2000 à 2011. Quand j’ai décidé de chanter en français, j’ai changé de nom de projet pour illustrer l’appropriation du projet solo, en abandonnant l’anglais, le pseudonyme, et je me suis mis à nu.

Pourquoi passer de l’anglais au français ?

Principalement pour être honnête vis-à-vis de moi-même. Ca peut sembler évident, mais je me suis rendu compte tardivement que pour aller au plus proche de mes émotions et de mes idées, il fallait que j’utilise ma langue natale, parce que les idées et la langue sont comme frère et soeur. Le français s’est avéré être le meilleur moyen pour moi d’exprimer ce que je voulais.

Tu vivais à des milliers de kilomètres de Toulouse…

Oui, ma vie en Australie et la tournée à l’international avec Tame Impala ont beaucoup influencé mon écriture et une partie de l’enregistrement de mes deux disques. Ca m’a aidé à me lancer sans préjugés, sans pression, parce que justement la langue française avait disparu, donc je me la suis réappropriée. Ca a joué un rôle de catalyseur d’être si loin de la France et de ce que je connaissais avant.

Comment travailles-tu ?

Le travail n’est pas tant de trouver l’inspiration, c’est de savoir puiser les choses en soi. Ca existe en chacun de nous, simplement, il faut apprendre à les repérer, les identifier et les mettre en forme. C’est le plus difficile. L’inspiration est un truc auquel je crois de moins en moins. Je suis persuadé que nous sommes tous chargés de trucs qui sont profondément en nous. Le vrai travail d’écriture d’une chanson, c’est d’aller à la pêche, donc il faut le bon matériel, la patience et le désir.

300 concerts avec Tame Impala, autant avec tes autres groupes, comment perçois-tu les tournées ?

Il y a toujours un moment où ça finit par se ressembler, vu que c’est répétitif, mais il y a toujours un événement où l’on va passer à quelque chose d’inconnu, qui va venir casser la routine. Par exemple, là, je recommence à zéro avec mon propre truc, ça redevient palpitant.

Avec qui rêverais-tu de jouer en concert ?

Phil Collins. On ferait un duo de batterie. La boucle serait bouclée.

Que préfères-tu ? La scène ou le studio ?

Comme batteur, je me dis que la scène, c’est là où tout prend son sens. Après, en tant qu’auteur-compositeur, j’ai plutôt tendance à me complaire dans le côté cosy du studio de composition, où il n’y a pas vraiment d’interaction. Il faut que j’apprenne aujourd’hui à passer au niveau de la transmission, à apprivoiser la scène. C’est un peu plus difficile, mais tout va se mettre en boîte.

Pourquoi ce titre d’album, “Grand Chien” ?

C’est un copain australien qui m’appelait comme ça, il traduisait littéralement l’expression anglaise “Big Dog”, qui est ironique. L’association de ces deux mots m’avait marqué et j’avais décidé de l’utiliser comme nom d’album, même si je n’avais aucune chanson prête. C’était vraiment au tout début. J’avais aimé comment ça sonnait et même quand tu l’écris, c’est assez joli.

Que retiens-tu de l’Australie ?

En dehors de l’aspect naturel du lieu qui est complètement fou, un esprit de communauté assez fort, malgré l’histoire tragique sur laquelle s’est formée la nation, et qui perdure aujourd’hui. La jeune génération est plus moderne, ouverte d’esprit, progressiste. Il y a un sentiment de communauté que l’on n’a pas trop en France. Les gens se parlent plus facilement, simplement, sans préjugés. J’essaie de m’inspirer de l’énergie que j’ai trouvée la-bas et de la transposer ici.

Que penses-tu de la scène musicale indépendante française ?

Elle est géniale ! Je ne sais pas si c’est parce que j’ai le nez dedans maintenant plus qu’avant, mais je la trouve très aventureuse. Elle a toutes les qualités qui font que l’on est dans un élan hyper positif, hyper beau et très productif. Ca c’est chouette. Notamment à Toulouse où beaucoup de choses se passent. C’est en train de rentrer dans les pratiques de l’industrie musicale, d’ailleurs. Les majors et labels commencent à prendre conscience qu’il n’y a plus trop ce truc Paris-province, c’est du passé.

 

Quels groupes écoutes-tu ?

Un de mes acolytes sur scène, Thomas Pradier, a un très beau projet sous son nom, il y aussi un groupe qui s’appelle Marie Mathematique qui a sorti son disque, Laure Briard, Eddy Crampes aussi, des artistes qui chantent en français. Et Julien Gasc, qui sort son album le 11 novembre prochain.

Justement, Julien Gasc dit de “Grand Chien” : “Julien Barbagallo se renouvelle en permanence. Chanson après chanson, il nous fait entrer dans une dimension picturale et dans la fantasmagorie ; je pense notamment aux morceaux comme « Mungibeddu » ou « Nouveau Sidobre« .” Que penses-tu de son prochain album, “Kiss me you fool!” ?

A chaque fois, il me met sur le cul, parce qu’il a des qualités de composition qui sont incroyables, c’est très aérien, très beau et à la fois très complexe, très riche, très baroque, et ça c’est vraiment une très grande qualité quand tu arrives à des chansons qui sont d’une apparente simplicité, mais avec tout un tas de couches complexes qui en constituent leur richesse. Il a vraiment passé un cap dans l’écriture des textes, il casse à chaque fois tous les codes et ses propres limites. Il est sans arrêt dans une marche en avant. Il met de la littérature dans des petites boîtes pop.

Un dernier mot à Paulette ?

Paulette, patience, les épaulettes reviendront.

> Suivez Julien Barbagallo sur Facebook et retrouvez-le en concert le 1er décembre à La Smac (Evreux), le 2 décembre aux Trans Musicales (Rennes), le 6 décembre au Point Ephémère (Paris) Winter Camp Festival, le 8 décembre au Bikini Weekend des Curiosités (Toulouse).

Nouvel album « Grand Chien » à paraître le 28 octobre 2016 chez Arista

Article de Séphora Talmud
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