BANDE DE FILLES, FILM CULTE

Elles sont quatre, elles s’appellent Karidja, Assa, Lindsay et Mariétou. Moyenne d’âge 20 ans, leur point commun est d’être dans le casting 100% noir de Céline Sciamma pour son troisième film. Une Bande de filles pas comme les autres et pourtant si proche de la réalité… Après leur carton total au festival de Cannes, les voici prêtes à péter tous les scores au box office français. Sans aucun doute.

 
> La critique :
Céline Sciamma aime relever certains défis. Après l’excellent Tomboy (2011) sur une petite fille qui se sent garçon à 10 ans, trois jeunes adolescentes dans Naissance des pieuvres (2007) qui testent leurs désirs amoureux et sexuels à 15 ans, la réalisatrice s’attaque à une bande de filles de 16 ans dans une cité qui ne rêvent que d’une chose, vivre leur vie. Tout n’est pas seulement une histoire de nanas mais surtout, une envie de devenir une femme libre, de s’amuser entre copines malgré les pressions de la famille, du quartier ou de l’époque. Marieme casse les interdits et rencontre Lady, Adiatou et Fily, une bande qui va littéralement changer son destin. À la fois émouvant, juste, sensible, Bande de filles a su secouer la croisette lors du festival de Cannes, le film risque de faire bien plus fort en salle en cette belle rentrée cinéma.
 
Paulette : Est-ce que vous pouvez vous présenter ?
Karidja : Moi c’est Karidja, j’ai 20 ans et dans le film je suis Vic et Marieme.
Mariétou : Moi je m’appelle Mariétou Touré, j’ai 18 ans et j’habite à Bagnolet. Dans le film, je suis Fily.
Lindsay : Moi c’est Lindsay, j’ai 21 ans et dans le film je suis Adiatou.
Assa : Moi je m’appelle Assa, j’ai 18 ans et dans le film je m’appelle Lady.
 
Comment êtes-vous arrivées au casting de Bande de filles ?
Mariétou : On m’a arrêté à la Foire du Trône à Paris, j’y étais avec ma famille et on m’a tout de suite proposé de passer un casting. J’ai été prise… C’était bizarre que l’on vienne m’accoster comme ça, je ne l’ai pas pris au sérieux. Après, au téléphone, je me suis dit qu’il fallait essayer.
Karidja : On s’est toutes les deux faites repérer à la Foire du Trône alors que l’on n’était pas ensemble, on ne se connaissait pas du tout au départ. Je me suis faite repérer par l’une des directrices de casting, elle a pris mon numéro, on s’est appelées et j’ai dit que je voulais bien aller faire le casting. Au début, je trouvais ça curieux qu’une fille m’aborde comme ça mais j’y suis allée quand même. Ça s’est vraiment bien passé, il y avait pas mal de monde…
Lindsay : J’ai un peu vécu la même chose, quelqu’un est venu me voir à la Défense, sur le grand parvis. Elle m’a expliqué son projet, ça m’a plu.
 
Sur internet, on voit justement comme bande annonce du film un extrait à la Défense, filmé en panneau où plusieurs filles sont assises les unes à côté des autres. Ça aurait pu être toi, un jour comme un autre ?
Lindsay : En fait, je ne suis quasiment jamais à la Défense donc c’est drôle ! Qu’est-ce que je faisais là-bas ? (Rires). C’est une grosse coïncidence.
Assa : L’histoire est un peu différente pour moi, ce sont mes copines qui se sont faites repérer par l’une des directrices de casting. Quand elles m’en ont parlé, je n’y croyais pas du tout, genre nous, au ciné ? Je suis partie quand même les accompagner au casting et je l’ai passé aussi. On m’a rappelé une fois, deux fois et à la fin on m’a annoncé que j’avais le rôle. Trop contente.
 
“Le cinéma, ça fait rêver”
 
Quelle image avais-tu du métier d’actrice ?
Assa : Je ne connaissais pas du tout ce métier, je ne me suis jamais dit que je ferai du cinéma. Franchement, ça fait rêver. Pour moi, être actrice, c’était à la télé ou au ciné, pas dans ma vie.
 
De quoi parle Bande de filles ?
Karidja : Le film parle d’une jeune fille qui a pas mal d’interdits dans sa vie, par rapport à sa famille, à sa culture, etc. Je suis cette jeune fille renfermée sur elle-même, sérieuse. Mais je vais vite rencontrer mes trois copines, ces “mauvaises fréquentations” ! (Rires). Je n’aurais jamais dû les rencontrer… Non je rigole ! Tout va changer, je vais profiter de la vie, je me sens plus libre.
“Bande de filles” c’est un film d’amitié, d’amour, ça parle des filles. C’est aussi féministe.
 

 
Est-ce que tu t’es reconnue dans ce personnage ?
Karidja : Oui, je pense que toutes les adolescentes vont se reconnaître dans ce film, c’est vrai qu’on évolue en fonction de nos copines, de nos cultures, de notre éducation.
Lindsay : Ça ressemble beaucoup à ma vie. Il y a des périodes dans Bande de filles, j’ai l’impression que c’est ce que j’ai vécu. C’est très proche… de ma réalité. Les délires entre copines, la Défense ou même une scène du film où Marieme se fait harceler au téléphone par son grand frère et elle ne doit pas répondre… Ta copine qui te dit “ne décroche pas, c’est ta soirée”, voilà ça m’arrive souvent. On est toujours soudées.
Karidja : C’est ça l’amitié et c’est ce que montre le film, une bande de filles qui sont là, qui se soutiennent, qui sont tout l’une pour l’autre. C’est ça être ado.
 
C’est votre premier film à toutes, comment la réalisatrice Céline Sciamma vous a-t-elle dirigé ?
Karidja : Franchement, Céline a été super et elle a su nous mettre en confiance dès le départ. Si on n’était pas capables de faire certaines choses, elle était prête à les changer. Par exemple, la scène de danse à la Défense, on n’était pas censées la faire et finalement, on a improvisé, Céline savait que l’on aimait bien danser, chanter, du coup, elle a mis beaucoup de nous dans le film.
Mariétou : Elle jouait avec ça !
Karidja : Elle ne nous pressait jamais, elle était tout le temps dans le dialogue. En plus, on vivait toutes les 4 dans la même maison pendant un mois donc il y avait une belle ambiance.
Assa : Avant le tournage, on avait fait du coaching avec Céline, on a bien répété toutes les scènes. Ça nous a aidé.
 
Comment avez-vous travaillé le fait d’être une bande ? Est-ce que ça s’est fait naturellement ?
Assa : Le feeling est passé direct ! On s’est rencontrées pendant les jours de casting, ensuite, quand on a su qu’on était prises toutes les 4, on s’est revues, on a commencé le coaching avec Céline.
Karidja : En fait pendant le casting, comme il y avait pas mal d’improvisation, plein de filles défilaient et Céline a tenté de voir les 4 filles qui avaient le plus d’affinités. Avec Assa je me souviens, on avait fait une scène où on est dans la salle de bain, ambiance “tu fais ce que tu veux” et j’ai vu que Céline elle a tout de suite kiffé. (Rires).
Lindsay : Même, on est sociables toutes les 4 donc ça s’est bien passé…


 
Et la scène mythique où vous chantez du Rihanna, on en parle ? Comment ça s’est passé ?
Karidja : C’était trooop bien ! (Rires).
Lindsay : Trop trop bien…
Karidja : Je me souviens le premier jour, on est arrivées, on était dans les loges en train de se faire maquiller puis on entre dans la chambre, c’était tout bleu, magnifique décor.
Lindsay : La veille, on avait fait la scène où on dort et où on rigole. Et là, dans la chambre d’hôtel, ils ont tout installé dans une autre ambiance : ca-non. Puis la musique, c’était intense…
Assa : Et puis merde quoi, c’est Rihanna avec Diamonds ! On était à fond !
 
Autre scène importante du film, celle de la baston… On dirait que vous vous êtes battues toute votre vie !
(ndlr :elles sont en gros fou rire)
Assa : Cette scène, c’était GÉNIAL. On avait un déclencheur de cascades. On s’est entraînées que pendant un mois je crois… Et c’était une chorégraphie en fait, on devait la reprendre dans les intentions. Jouer sur les regards, les gestes. On a souffert mais c’était incroyable à faire ! Il faisait archi chaud et moi je me trainais par terre.
Karidja : Les bastons, ça fait partie de nos scènes préférées. On s’échauffait au début puis on faisait cette chorégraphie au ralenti, et au fur et à mesure des cours, on mettait plus d’intensité, de rapidité. On a tout fait pour que ça soit le plus réel possible.
Assa : Quand on a vu le film, on était choquées, ça rend tellement bien !
 
Qu’est-ce que vous avez pensé du film quand vous l’avez vu pour la première fois ?
Lindsay : Je sais que je l’ai tourné mais je ne m’imaginais pas une seconde que ça serait aussi bien fait. Quand je l’ai vu fini, je me suis dit que c’était vraiment une belle histoire.
Assa : La première fois qu’on le voit, on ne regarde que nous, on a du mal à voir l’histoire dans sa globalité. On ne regarde que nos défauts ! Oh ma tête… Oh mes mains… On l’a vu 3 fois, et là, on s’est dit que l’histoire était puissante.
 
On a parlé musique, baston mais on doit aussi parler d’amour… Karidja tu me racontes ?
Mariétou : Bah oui surtout qu’elle sort avec lui maintenant, son amoureux dans le film… (Rires).
Karidja : N’importe quoi toi ! (Rires). Avant que le film commence, on a eu le temps de tous se rencontrer. J’ai pu faire des exercices à côté avec Idrissa. Au début, on a créé un lien d’amitié et c’est comme ça que c’est devenu facile de jouer les scènes d’amour.
 
“Céline Sciamma a eu le cran de prendre que des filles noires pour un film”.
 
Question plus polémique, on entend beaucoup de choses sur ce casting 100% noir, sur votre couleur de peau, qu’est-ce que vous en pensez ?
Karidja : On ne se plaint pas quand il y a un casting 100% blanc donc pourquoi s’inquiéter d’un casting 100% noir…
Assa : C’est plutôt rare un film avec un casting 100% noir en France…
Lindsay : Alors qu’aux États-Unis, ça ne choque pas du tout, c’est normal.
Assa : C’est une chance pour nous de jouer dans ce film car on en voit peu.
Karidja : On est contentes de voir que Céline Sciamma a commencé avec Bande de filles à proposer cette nouveauté. Elle a eu le cran de prendre que des filles noires pour un film.
 
Et ce côté Bande de filles, ça ne vous a pas fait peur au départ ? Karidja tu parlais même de film féministe…
Lindsay : C’est une forme de vérité, moi avec mes copines, on est soudées de la même manière.
Mariétou : Tu sais dans les quartiers ça se passe toujours comme ça.
Karidja : Et puis même, on a tous eu une bande au moins une fois dans notre vie. Petites ou au collège, au lycée, on a toutes été avec une bande de copines !
 
Est-ce que l’on peut dire que c’est aussi un film sur la galère ? Ça vous parle au-delà du cinéma ?
Mariétou : Oh oui, la galère oui… Tous les jours.
Karidja : Galérer, traîner avec tes copines, manger, chanter…
Assa : Après se battre non, c’est très rare. Enfin la dernière fois c’était en primaire. (Rires).


 
Quels sont vos projets ? Est-ce que vous allez toutes continuer en cinéma ?
Assa : Je continue dans cette voie, j’ai eu un rôle principal dans un film depuis le tournage de Bande de filles. Je suis aussi dans de petits rôles dans des séries, notamment Falco sur TF1.
Mariétou : Je travaille avec des enfants, je suis animatrice dans un centre aéré.
Lindsay : Elle adore les enfants et c’est un petit bébé notre Mariétou. Elle voulait continuer à aller au centre aéré on lui a dit non et du coup, elle est animatrice. (Rires).
Karidja : J’ai envie de continuer, j’ai passé un casting récemment mais il n’y a rien de concret. J’attends de voir.
Lindsay : Moi j’aimerais bien continuer mais pour le moment je vais m’arrêter car je suis enceinte… Je vais m’occuper de ma fille !
 
Mot de la fin, qu’est-ce que vous avez envie de dire à nos bandes de filles qui lisent Paulette Magazine ? Et aux lecteurs aussi…
Karidja : Non, on s’en fout des garçons ! (Rires).
Assa : J’ai envie de vous dire : Chacun sa chance.
Lindsay : Restez vous-même !
Karidja : C’est ce que j’allais dire mais en anglais ! (Rires). J’allais faire un super “Be yourself !”.
Mariétou : Allez voir Bande de filles, c’était kiffant ! Le 22 octobre, prenez plein de places pour vos mères, vos sœurs, vos tantes…

> Bande de filles de Céline Sciamma
Sortie le 22 octobre
 
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