BALENCIAGA : ARSENIC ET BELLES DENTELLES

Tailleur hors pair maîtrisant le bien-aller et la construction du vêtement avec un œil aguerri, Cristobal Balenciaga fut un grand aficionado de la dentelle. Il l’a en effet magnifiée à de nombreuses reprises lui témoignant un amour inconditionnel au fil des collections. A l’occasion des 120 ans de sa naissance et sous l’impulsion de Hubert de Givenchy et de Catherine Join-Diéterlé, ancienne directrice du Musée Galliera, la Cité internationale de la Dentelle et de la Mode de Calais lève le voile sur les étoffes arachnéennes du couturier espagnol.

 
Sublimée, ennoblie et revisitée à foison, la dentelle est à l’honneur chez Balenciaga qu’il emploie tant pour structurer le vêtement que pour l’orner.
Véritables odes à la poésie et à la délicatesse, robes de cocktails, vestes du soir, déshabillés et boléros d’inspiration hispaniques se parent de tulle vaporeux brodé de fleurs, de fine dentelle Chantilly perlée, pailletée, moirée, peinte à la main laissant tour à tour entrevoir la peau des élégantes avec un subtil jeu de transparence.


 
Affûté dès son plus jeune âge à l’appel de la mode par sa mère Martina Eizaguirre Embil, elle-même couturière, Cristobal Balenciaga est loin d’être un débutant et a déjà plus d’une arme dans son sac lorsqu’il présente sa première collection parisienne en 1937. Né à Guéthary dans le pays basque espagnol, il grandit aux côtés d’aristocrates en villégiature que sa mère reçoit dans leur villa d’été, le Palais de Vista Ona. Il y découvre, à travers leur garde-robe apprêtée, le raffinement des classes aisées et le savoir-faire des couturiers en vogue : Worth, Jeanne Hallée, Creed.
 
Formé des l’âge de 12 ans chez de multiples tailleurs, Balenciaga maîtrise toutes les étapes de la fabrication d’un vêtement de la coupe au montage, de la couture aux finitions. Après trois ans passés à Bordeaux dans une maison de couture, il décide en 1917 de se lancer à son compte. Grand admirateur de la mode parisienne, il démonte scrupuleusement des modèles de Vionnet ou de Chanel afin d’en étudier religieusement la coupe. Les maisons de confection et de haute couture, situées entre San Sébastien, Madrid et Barcelone se succèdent avec succès. En 1936, la guerre civile et la dictature de Franco le contraignent à l’exil. Balenciaga choisit Paris et assigne résidence au 10, avenue Georges V posant les jalons d’une renommée internationale quasi immédiate. Réunissant près de 75 pièces de haute couture, accessoires, photographies, croquis, films, l’exposition met en scène sous un éclairage dentelé inédit le savoir-faire hors pair de ce couturier discret et admiré des pairs de sa génération à l’image de Christian Dior.

Très en vogue au XVIème et XVIIème siècle auprès des aristocrates européens, la dentelle se démocratise véritablement au XIXème siècle grâce à la mécanisation de ses métiers et enregistre un vif renouveau avec la perpétuation du New Look post Seconde Guerre mondiale. Influencé par ses origines espagnoles personnifiées par les peintures de Zurbarán et Goya, Balenciaga fait de la dentelle l’un de ses matériaux favoris lui conférant une place de choix dans ses collections. Apposée sur des tenues diurnes comme nocturnes, elle est traitée sous de multiples variations et dans une large palette chromatique. Discrète en bordure d’une blouse de tailleur, elle se fait triomphante brodée sur des robes du soir. Mariée précieusement à la faille, au taffetas ou au gazar, elle sculpte ainsi la silhouette tout en volume et légèreté. Les robes de cocktail, plus courtes et portées en fin d’après-midi, abondent également de dentelle. Les célèbres robes sac et baby-doll, en sont l’incarnation par excellence comblant les désirs de jeunesse de la clientèle internationale. Echarpes, étoles, capes, gants, manches et souliers en dentelle viennent compléter cette panoplie célébrant avec grâce, la féminité sous toutes les coutures.
 

> Balenciaga, magicien de la dentelle, Jusqu’au 31 août 2015, à la Cité internationale de la dentelle et de la mode de Calais.

Catalogue bilingue de l’exposition : 25 euros.  
Plus d’infos au 03 21 00 42 30 et sur www.cite-dentelle.fr
 
 
 
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