BAIO : DE VAMPIRE WEEKEND À UNE CARRIÈRE SOLO


Photos par Julien Bourgeois
 
Chris Baio, bassiste du groupe new-yorkais Vampire Weekend, cultive depuis l’adolescence son amour pour la dance music et la pop culture derrière les platines. Après deux EP instrumentaux en 2012 et 2013, il ose avec son premier album solo de nouvelles fantaisies. Le DJ récemment installé à Londres se découvre UNE voix, joue les crooners, et laisse son esprit vagabonder vers un territoire jusque là inexploré, l’écriture, moitié optimiste moitié paranoïaque. Rencontre.
 
Paulette : En 2012, tu sors ton premier EP solo, Sunburn. Pourquoi as-tu ressenti le besoin de suivre ta propre voie ?
Chris Baio : Je n’ai jamais vraiment pensé devenir producteur. J’ai eu le déclic en 2009, quand on travaillait sur le deuxième album de Vampire Weekend, Contra. J’avais plein d’idées de musique en tête mais j’étais incapable de créer un son dont je sois fier. Ça m’a pris un petit moment, presque trois ans, pour apprendre à enregistrer un morceau et l’apprécier. Tout au long de ce processus, j’avais quelques idées de textes mais je n’avais aucune confiance en ma voix. Finalement, au début de ma carrière, j’étais un producteur frustré mais un bassiste à succès. Puis je me suis enfin épanoui comme producteur tout en étant un auteur frustré. Aujourd’hui, je suis heureux d’être un auteur-compositeur et un producteur qui se respecte.
 
Pourquoi ce besoin de tout maîtriser aujourd’hui ? Au sein du groupe, tu n’intervenais ni dans l’écriture ni dans la production des chansons.
C’est moins le besoin de tout contrôler que le manque de confiance en soi. Travailler seul dans ma chambre sur un projet qui n’est pas attendu, sans que personne ne s’en soucie, c’est libérateur. Pour moi, ce premier album est un apprentissage. Enregistrer un disque, chanter, faire part de mes pensées les plus sombres, c’est nouveau pour moi. Si je n’avais pas géré tout ça dans mon coin, je n’aurais sans doute jamais osé prendre le micro et cet album n’aurait probablement pas vu le jour.
 
“C’est la première fois en 30 ans que je suis enthousiaste”
 
Tu as mis près d’un an à enregistrer ta première chanson, Sunburn Modern (extrait de l’EP Sunburn). Aujourd’hui est-ce que tu as davantage confiance en toi ?
Oui bien sûr (rires). Pour le prochain album, je pense même me focaliser davantage sur la performance vocale. J’ai envie de jouer avec ma voix, faire plus de chœurs… C’est la première fois en trente ans que je suis aussi enthousiaste ! J’ai enfin confiance en elle et j’ai hâte de découvrir ce qu’elle me réserve.

 
Comment l’as-tu découverte ?
En essayant des choses, derrière mon ordinateur.
 
Comment vis-tu le fait d’être en première ligne ?
J’adore ça ! J’ai toujours aimé faire le pitre !
 
Dans quel état d’esprit as-tu abordé la création de cet album ?
Il y a eu beaucoup de changements dans ma vie à ce moment-là. J’ai emménagé à Londres, il y a deux ans. Je pensais que j’aurais du mal à écrire mes textes, mais ce n’était pas si difficile finalement. Le plus dur, c’était d’enregistrer les voix ! Parce que les possibilités sont infinies, il y a tellement de façon de poser sa voix sur une mélodie ! J’ai essayé de penser l’interprétation en fonction des thèmes des chansons.
 

 
Justement, quelle histoire raconte cet album ?
Déménager à Londres a été bénéfique. Plus qu’une nouvelle maison, cette ville m’a offert de nouvelles perspectives, sur l’endroit d’où je viens et sur mon rapport à l’Amérique. Vous êtes plus sensible à la manière dont fonctionne votre gouvernement et votre pays quand vous vous en éloignez. C’était l’occasion de faire le point. Dans la première partie du disque, j’évoque  la peur, la paranoïa, les problèmes d’addiction. Et dans la deuxième partie, ce sont surtout des chansons d’amour. Quand j’écris une chanson, je pars généralement d’un moment très précis de mon existence – sans que ce soit forcément autobiographique, puisque je parle surtout des gens qui m’entourent, mes amis, ma famille – et j’essaie d’ouvrir vers quelque chose de plus large et de plus abstrait, de sorte que les gens puissent s’identifier et que cela résonne avec leur propre expérience.
 
Tu voulais qu’il y ait une progression narrative. Est-ce que cet album est construit comme une nouvelle avec un début et une fin ?
Non, je pense que c’est beaucoup plus libre que ça, plus impressionniste. C’est vrai qu’il est surtout question de personnes victimes de dépendance qui trouveront sans doute le moyen de rester sobre, une stabilité et un sens à leur nouvelle vie, l’amour peut-être. C’est l’idée générale de cet album, mais il ne s’agit pas d’une histoire précise autour d’un seul et même personnage.

 
Londres, où tu vis aujourd’hui, a eu une influence majeure. Qu’a-t-elle de si inspirant ?
J’ai vécu à New-York et ses environs toute ma vie. J’ai grandi au nord de la ville, c’est dans cette ville que je suis entré à l’université, puis je me suis installé à Brooklyn. Je pourrais vivre heureux à New-York pour le restant de mes jours, mais c’est tellement excitant de découvrir un autre endroit. En tant que musicien, j’ai souvent eu l’occasion d’aller à Londres, mais c’est très difficile de s’imaginer y vivre quand on est seulement de passage, en tournée. L’une des choses qui m’a profondément marqué, c’est qu’il n’y a pas d’entrave avec le ciel. C’est une bonne chose enfin pas toujours (rires). Je me souviens de mon premier été à Londres, le soleil brillait jusqu’à 11h du soir, c’était magnifique ; mais au mois de décembre, quand il fait noir à 3h45 de l’après-midi, il y a quelque chose d’assez déprimant ! Ressentir le ciel, c’était nouveau pour moi et c’est de ça dont il est question dans Endless Rhythm.
 
Comment définirais-tu Londres ?
C’est ma maison maintenant, mais je ne le vis pas comme un changement radical. Vivre à la campagne en périphérie de New-York aurait sans doute été un plus gros choc, tant la façon de vivre y est différente. Londres et New-York sont assez semblables, elles ont la même densité de population, la vie nocturne est tout aussi animée, on y parle la même langue. Je définirais Londres comme un personnage à part entière dans ce disque.
 
Beaucoup diront que cet album est bizarre, inattendu. Avais-tu une vision très claire de ce que tu voulais ?
Oui ! Beaucoup de mes albums favoris, comme Maggot Brain de Funkadelic ou Low de David Bowie, sont construits avec ce mélange de titres pop très courts, très efficaces, directes dans l’écriture, et des instrus plus longs, plus expérimentaux. C’est ce que je voulais ! J’avais aussi envie que cet album soit construit comme un DJ set, dans le sens où il n’y a aucun blanc entre les titres et on ne sait jamais à quoi s’attendre. J’ai aussi beaucoup pensé l’agencement des titres de sorte que l’on obtienne un juste équilibre entre les morceaux plus longs et plus courts, les titres pop et les instrus. Quand j’ai composé All The Idiots, je savais que cette chanson serait au milieu de l’album, c’est la pièce maîtresse.
 
Quelle couleur voulais-tu obtenir ?
Une mélancolie paranoïaque pour commencer et pour finir, un optimisme romantique (sourire).

 
Sur cet album, il y a des titres très dance, très club. Est-ce que les Anglais sont plus sensibles à cette culture que les Américains ?
Aujourd’hui je crois que tout se mélange et c’est tant mieux. La musique house et la techno sont nées aux Etats-Unis mais ces courants musicaux ont aussi été influencés par des groupes comme Depeche Mode et Eurythmics. La tradition veut que la synthpop se soit d’abord popularisée en Angleterre et qu’elle ait directement inspiré des genres comme la house et la techno, qui sont ensuite devenus beaucoup plus populaires en Europe qu’en Amérique. Aujourd’hui, la culture dance se développe de plus en plus aux Etats-Unis, dans sa version underground et plus mainstream, même si c’est encore à Londres qu’on trouve les meilleurs sound systems. Enfin tout ça est en train de changer !
 
Il y a aussi plusieurs références aux icônes de la pop culture. Quel est ton top 3 ?
David Bowie bien sûr, Bryan Ferry et Mick Jagger, parce qu’il est l’archétype du leader (rires).
 
Ton univers est très excentrique, et cela contraste avec ton look, plutôt sobre. Quelle est ta définition du cool ?
L’assurance !

 
On sent que tu accordes une grande importance au style. C’est assez flagrant dans le clip de Sister Of Pearl.
Oui c’est vraiment important pour moi. Beaucoup d’artistes indé ont peur de se mettre en avant ou de se mettre en scène dans un clip. Moi je trouve ça cool. C’est mon premier album. Je préfère passer pour un idiot et qu’on me repère, plutôt que de produire une vidéo amateur dans laquelle je n’apparais pas. Pour moi, c’est plus excitant et rassurant de tenir les rênes. Et l’aspect visuel est essentiel pour moi, ça l’a toujours été même au sein de Vampire Weekend.
 
En mai dernier, Ezra Koenig, le chanteur de Vampire Weekend, a déclaré que vous étiez en train de plancher sur un nouvel album…
Non, il a dit que nous commencions à y penser (sourire).
 
Comment envisagez-vous la suite de votre carrière en groupe ?
Difficile à dire. Jusqu’ici, on a pris beaucoup de plaisir. On a eu plus de succès qu’on n’osait l’espérer. J’ai encore beaucoup de choses à dire en tant que musicien, donc il me tarde de commencer à travailler sur un nouveau disque avec le groupe quand le moment sera venu, mais ce n’est pas encore d’actualité.

 
Malgré ton projet solo, est-ce que Vampire Weekend reste ta priorité ?
Absolument !
 
BAIO :: THE NAMES
Glassnote
 
Site officiel : http://baiobaio.com/
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