BABX, BONNES NOUVELLES DES ÉTOILES

Photos de Julien Mignot

Quelques semaines avant la sortie de Drones Personnels, un troisième album attendu, on a rencontré Babx, artisan d’une musique tout-terrain qui a conçu lui-même la pochette de son disque, dans un bar parisien, assis sur une petite scène, au milieu de transistors et d’instruments. Quand soudain s’est élevée la voix suave de Nina Simone…

 
Paulette : Drones personnels est ton troisième album, mais peut-être que certaines lectrices ou lecteurs ne te connaissent pas encore : peux-tu te présenter en quelques mots ? Qui est Babx au jour d’aujourd’hui ?
Babx : Je vais parler de ce que j’ai fait plutôt que d’essayer de trouver une définition. Je suis un chanteur qui fait ses propres albums mais écrit aussi des chansons pour les autres comme quelques titres pour Camelia Jordana (dont Diva, ndr) ou pour L pour qui j’ai réalisé un album. Et si je cherche à me définir, je dirais que je suis un musicien qui chante, et qui a chaud en ce moment, car j’ai couru pour ne pas arriver en retard !
 
Drônes personnels est un album très aérien, placé en partie sous le signe de l’espace et des engins volants. Est-ce un thème que tu as volontairement suivi dans ton écriture ou est-il apparu au fil des heureux hasards de la création ?
J’ai vraiment suivi ce fil rouge : je suis parti du titre Drônes Personnels  à partir duquel est venu un delirium tremens. Il m’arrive souvent de trouver d’abord les titres qui forment comme une première photo générale de l’album. Ensuite, je zoome dans cette image et je découvre ce qui va devenir des chansons. Même si je recherchais un certain éclectisme et voulais éviter de parler tout le temps de la même chose, je tenais à ce qu’il y ait toujours dans le son et dans les textes une cohérence ou une réponse par rapport à cette première image mentale. Je n’ai pas gardé pour l’album certaines chansons que j’aimais beaucoup mais qui ne correspondaient pas au son que je cherchais.

 

Si chaque album est une aventure différente, est-ce que tu as eu l’impression de prendre un nouveau virage ou de poursuivre une exploration par rapport au précédent, Cristall Ballroom ?
Pour être vraiment honnête, au départ, j’avais envie de prendre le contre-pied de l’album précédent qui était très acoustique et baignait dans un univers qui faisait un peu écho à une sorte de fin du 19e siècle. Je voulais vraiment faire un album très contemporain, dans lequel on trouve comme un parfum du 21e siècle. Je ne sais pas si c’est un virage mais je crois qu’il marque une évolution. J’ai un peu bousculé ma manière de faire et surtout les outils avec lesquels je travaille : plus de synthétiseur, plus de machines… Je me suis interdit tout arrangement de cuivres ou de cordes, je n’ai presque rien écrit au piano.
 
Dans une ancienne interview, on te demandait si tu te considérais comme un musicien qui chante ou un chanteur qui fait de la musique, tu répondais à l’époque que tu ne te sentais pas comme un parolier : est-ce toujours le cas ?
Oui, je suis toujours étonné qu’on insiste sur mes textes. On a peut-être l’impression que je suis très littéraire ! Par rapport à des gens qui lisent vraiment, je suis un cancre absolu, toujours étonné de parvenir à écrire une chanson. Plus jeune, le travail d’écriture était très facile, rapide et instinctif, aujourd’hui, il m’épuise, je m’endors presque entre chaque phrase ! Je n’ai pas un rapport aussi ludique avec les paroles qu’avec la musique. Les mots me ramènent à une réalité, tandis que la musique a pour moi une dimension plus onirique. Je me sens plus légitime en tant que musicien que parolier, je ne pense pas pouvoir écrire sans musique derrière.

 
Armel Hostiou a réalisé plusieurs de tes clips, dont celui de Tchador Woman : comment travaillez-vous ensemble ?
Tous même ! Armel est une vraie rencontre artistique. C’est quelqu’un qui m’apporte énormément à tous les niveaux : il a un regard vraiment différent, une imagination d’où sortent des choses auxquelles on n’aurait jamais pensées. On aime beaucoup travailler ensemble. On discute pendant des heures et des heures comme des gamins qui jouent. On peut passer des nuits à élaborer des images plus tordues les unes que les autres. On a bâti un univers d’échanges. On collabore complètement : on écrit tous les scénarios ensemble mais une fois qu’on passe à la partie plus technique, il gère tout de son côté.
 
On te compare souvent à d’autres chanteurs, pourtant les femmes semblent très présentes dans ton parcours artistique. Tu as des muses comme Suzanne ou Naomi sur le dernier album, tu collabores avec des chanteuses : tu as peut-être aussi des influences féminines ?
Mais je n’ai que ça en fait, dans ma vie personnelle comme dans ma vie artistique ! Pour moi, Nina Simone, une impératrice de la musique à mes yeux, est une véritable influence. La pianiste Mary Lou Williams a été une grande maîtresse dans mon apprentissage du piano. Les femmes en règle générale m’inspirent plus que les hommes.
 
 
Tchador Woman est le premier titre que tu fais découvrir de l’album : elle fait référence à un moment de révolte des femmes en Arabie Saoudite mené par Manal Al-Sharif. Dans le clip, tu es le passager co-pilote de conductrices amazones, à la fois étonné et presque dépassé : cette Tchador Woman est-elle l’écriture d’un fantasme d’une nouvelle Barbarella ou ta contribution au féminisme ?
Tout dépend ce qu’on entend par féminisme. Je considère que les femmes et les hommes sont égaux, et lorsque ce rapport n’existe pas, je suis scandalisé. (C’est à ce moment-là que Nina Simone se fait entendre, ndrl). On voulait réaliser une fresque pour les nanas qui prennent le pouvoir, sans tomber dans un extrême inverse. Avec son dernier plan sur un baiser de cinéma, le clip se termine en disant qu’on peut voyager ensemble. Je pense que je suis féministe par humanisme. Manal Al-Sharif qui décide de conduire une voiture au risque de sa vie était pour moi un symbole d’une liberté, d’une prise de pouvoir pour elle-même.
Plusieurs titres ont des connotations politiques ou évoquent des actualités récentes notamment "Despote paranoïaque" : peux-tu en éclaircir le sens ?
Les révolutions arabes m’ont beaucoup inspiré pour cet album : on a vu s’effondrer des grands tyrans, des brutes sanguinaires qui régnaient sur leur pays depuis vingt ou trente ans… Ben Ali, en se faisant virer de Tunisie, s’est également fait larguer par sa nana, puis a fait un AVC et est tombé dans le coma. Il s’est retrouvé plaqué comme n’importe quel être humain. Je n’avais pas vraiment l’impression de traiter un sujet politique mais de me mettre plutôt dans la peau d’un personnage comme Caligula ou le Docteur Folamour, soit un despote shakespearien, ridicule, complètement incohérent et à fleur de peau. Je trouvais presque marrant de trouver un parallèle avec moi, petit despote ridicule au milieu d’histoires d’amour rocambolesques.


De nombreuses personnes attendent ton album, qu’attends-tu de cette sortie en 2013 ?

Bonne question ! Je n’attends rien par rapport à ce qu’on pouvait attendre avant, « un succès qui révèle une idole », mais plutôt une continuité logique. On ne vend plus d’album, c’est devenu une carte de visite qui va dans un lot d’autres choses. J’attends la scène surtout maintenant ! Même si c’est terrible à dire, la crise du disque donne aussi une certaine liberté. Je trouve super d’être chanteur, de faire des disques, de suivre des rituels comme de faire des tournées, de parler de ses albums, mais j’avais aussi envie de faire d’autres choses, de ne pas mettre tout dans le même panier. Même si ce que j’aime le plus est de faire des albums, je suis heureux de mener d’autres projets à côté qui me semblent tout aussi importants. Pour moi, ça s’inscrit dans un tout. Le théâtre, la danse, le cinéma… Toutes les expérimentations m’intéressent.
 
 
BABX :: DRONES PERSONNELS
Cinq 7
Sortie le 11 mars 2013
 
 
Concert :
19/03 : Gaité Lyrique, Paris
 
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