AVIGNON : EIN VOLKSFEIND (ENNEMI DU PEUPLE)

De notre Paulette reporter en Avignon
 
Crédits photo © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon
 
Gaëlle nous donne ses impressions sur la pièce Ein Volksfeind d’Henrik Ibsen, mise en scène par mise en scène Thomas Ostermeier et actuellement jouée dans le IN du festival d’Avignon.
 
Dans une ville allemande, des thermes ont été construits afin de la sauver économiquement. Cela marche, les touristes viennent, c’est un succès. Mais le docteur de ces thermes, frère du maire, découvre après quelques semaines de recherche que l’eau est empoisonnée. Il va devoir se battre avec les autorités de la ville, donc son propre frère, et avec les journalistes, avec qui il a un groupe de musique, afin de faire connaitre au grand public cette révélation et d’y remédier. Hors les travaux couteraient des millions, obligeraient à fermer les thermes, mettraient donc la ville en situation très précaire.
 
Dès le moment où l’on entre dans la salle de spectacle, il se dégage une atmosphère toute particulière. Le Rideau transparent qui marque le quatrième mur nous donne un sentiment d’intimité direct avec les comédiens. La première scène est drôle et intimiste, ils chantent et jouent de la musique, en mangeant des pates, buvant du vin, fumant des cigarettes.
 
Très vite, on a envie d’être ami avec ces personnages. La scénographie est simple : des murs noirs où la craie blanche vient dessiner les perspectives de l’appartement, une grande table très loft new yorkais, un canapé confortable. Les acteurs circulent sur le plateau avec un naturel déconcertant. Puis, le débat sur les thermes vient gâcher la bonne ambiance de ce groupe d’amis. Au début de la découverte, la presse est du côté du docteur, ses amis veulent renverser le pouvoir, faire la révolution. Nous aussi !
 
Mais les amis sont influençables… Notre héros, soutenu par sa compagne continue sa lutte, seul contre tous, ne perd pas sa ferveur, revient à la charge avec de plus en plus de conviction. Ils nous prennent à parti : les lumières de la salle se rallument, nous sommes le peuple de cette ville allemande, le docteur s’adresse à nous à travers une longue tirade sur la crise, les spéculations, la démocratie… et nous laisse la parole.
 
Les gens s’expriment, posent des questions, participent avec conviction à ce discours politique. Le théâtre devient un lieu d’échange, de partage d’idée, d’union.
 
Puis, le maire et les journalistes se rebellent contre le docteur, qui seul sur scène écoute attentivement les réflexions du peuple. Ils lui jettent de la peinture sur le corps, sur le visage à l’aide de sorte de bombe à eau. Le plateau est recouvert, les murs noirs sont peints de jaune et de gris. Mais le spectacle continue, l’histoire reprend, que se passera-t-il avec ces thermes, fermeture ? Travaux ? Chômage ? Ou alors, on fait semblant de ne rien savoir ? On se voile la face ? On refait des analyses, et comme par magie l’eau n’est plus contaminée ?
 
C’est à vous maintenant d’aller jongler avec votre conscience en allant voir cette pièce d’Ibsen à l’écriture tranchée, à la mise en scène si simple et si efficace qui nous permet d’être juste attentif aux acteurs, et à leur parole.
 
Ein Volksfeind (un ennemi du peuple)

Henrik Ibsen
 
Mise en scène Thomas Ostermeier
Avec Thomas Bading, Christoph Gawenda,
Moritz Gottwald, Ingo Hülsmann, Eva Meckbach,
David Ruland, Stefan Stern

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