La nouvelle vient de tomber : la saison 5 de Workin’ Moms atterrira sur Netflix le 15 juin prochain, soit d’ici quelques semaines. Pour l’occasion, on vous dit combien on l’aime.

C’est l’histoire de quatre Canadiennes qui viennent chacune d’avoir un bébé. Comme beaucoup de femmes pendant ces mois charnières que représente le post-partum, elles sont au bout du rouleau. Allaitement douloureux, dépression, rapport au corps altéré, complexe adaptation à la vie à trois, voire quatre, quand on passait jadis son temps à se câliner à deux devant la télé : le changement est aussi vertigineux que les émotions multiples. Et puis, combiné à ça, il y a le retour à la vie active et à la tonne d’injonctions imposées par la société. 

Au tout nouveau rôle de mère qu’on peine parfois à endosser, scrutée de toutes parts comme dans l’attente qu’on flanche, il faut ajouter celui d’employée modèle qui réussit à tout conjuguer sans faire un seul faux-pas. Être aussi disponible qu’avant, ne surtout pas trahir la moindre « faiblesse » liée à sa progéniture, tirer son lait à la pause-dej’ dans une salle de réu glauque : les temps sont durs pour celles qui tentent de tout avoir. 

© Netflix

Workin’ Moms veut dire « mamans qui bossent », en français, et le tableau dépeint dans le show ne manque pas d’être fidèle à certains pans de nos réalités. Ça se comprend, sa créatrice n’est autre que l’actrice principale, Catherine Reitman, elle-même à la tête d’une famille de deux gamins. Son vécu transpire, clairement.

Heureusement pour notre moral et celui des protagonistes, ces expériences qui dépassent la fiction sont contrebalancées par un cercle d’amitiés indéfectibles, sororales, forgées au fil de sessions d’un groupe de parole pour jeunes mères.

C’est tout ça, Workin’ Moms, et bien d’autres choses encore. Mais surtout, ce sont pour l’instant 4 saisons de 8 épisodes qu’on s’enfile d’une traite, concernée de près, de loin, voire pas du tout, par la maternité. Alors, quand on a appris que la série rempilait pour un cinquième chapitre annoncé pour le 15 juin, on a saisi l’occasion d’en dresser un portrait élogieux. 

Pas de pincettes ni de tabous

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La première fois qu’on pose les yeux sur Kate (Catherine Reitman), Anne (Danielle Kind), Frankie (Juno Rinaldi) et Jenny (Jessalyn Wanlim), c’est après que notre propre mère ait insisté pour qu’on laisse sa chance à la nouveauté. « Tu vas voir, c’est génial », argumente-t-elle en 2017, enjouée. A l’époque, l’unique être vivant dont on a la responsabilité s’appelle Georges, un cactus en piteux état après trop de journées à griller au bord de la fenêtre de notre microscopique studio parisien, et notre envie qu’il en soit autrement avoisine les zéros. On se complait dans notre routine de célibataire, merci bien, alors on ne voit pas vraiment pourquoi démarrer un show qui parle famille.

Télévisuellement parlant, on n’a également que faire des productions récentes. La preuve, on se tâte à se lancer dans un énième binge-watching de Gossip Girl depuis la saison 1 – sachant pertinemment que Serena va nous exaspérer en une dizaine d’heures de visionnage max – ou à se contenter d’un classique mais satisfaisant Sex and the City.

La raison l’emporte toutefois :  une autre perspective du monde – moins jeunesse égocentrique bourrée de clichés, peut-être ? – ne peut pas nous faire de mal. Et qui sait, ça pourrait nous servir d’une façon ou d’une autre. Un jour lointain (qu’on croyait).

On a bien fait. En quelques minutes, la série nous séduit. On enchaîne les séquences sans pause, alternant entre compassion, rire (gras) et larmichette.

Ce qui nous marque tout de suite, c’est la franchise avec laquelle les quatre femmes abordent tout un tas de sujets. Un en particulier nous reste, quatre ans après encore, en tête : l’avortement quand on a déjà des enfants. Même en France où la procédure est popularisée, ce choix est rarement documenté dans une comédie. Pourtant, il est essentiel, tant sa représentation à l’écran permet à l’audience d’intégrer que dans n’importe quel cas, on a le choix. A travers ce trope, pas de culpabilisation, pas de morale à deux balles sur une décision qui ne doit appartenir qu’à l’intéressée. Mais des raisons qui s’arrêtent à : je n’ai pas envie car ma vie en deviendra forcément plus compliquée.

Et le reste de la création est sur le même ton : décomplexante, authentique et fédératrice au-delà du simple prisme de la maternité.

Une certaine marge de manoeuvre

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Alors bien sûr, il est indispensable de ne pas se voiler la face : par endroits, Workin’ Mums faillit. Déjà, le manque évident de diversité sociale et raciale, qui nous rappelle les deux oeuvres citées plus haut. Les seuls persos non-blancs sont la compagne de Frankie, jouée par Oluniké Adeliyi , dont elle se sépare rapidement, Jenny, asio-canadienne, qui elle aussi quitte le scénario momentanément, ou Renya/ »Mean Nanny », Jess Salguiero, cantonnée au rôle de nounou tentatrice.

Côté économique aussi, on surfe sur des privilèges on ne peut plus éloignés des galères des mamans (solos ou pas) qui peinent à joindre les deux bouts. Et le show gagnerait sans aucun doute à élargir ses horizons jusqu’ici particulièrement ethno-socialo-centrés.

Dans un papier pour Slate, la journaliste Sarah Jeff épingle encore la façon « dangereuse » de traiter la santé mentale de celles qui viennent d’accoucher, qu’elle considère réduite à des blagues de mauvais goût, ainsi qu’à une confusion « dramatique » entre psychose post-partum et dépression post-partum. « La stigmatisation et la peur d’être étiquetée comme psychotique ou prête à faire du mal à son bébé peuvent empêcher les femmes de chercher de l’aide pour la dépression du post-partum », signe-t-elle à propos d’une scène où Frankie part dans un institut après plusieurs tentatives de suicide qui laisseraient l’audience « hilare ».

Seulement en parallèle, certains angles sociétaux sont férocement déboulonnés. Les violences psychologiques et sexuelles couplées d’abus de pouvoir d’un hypnotiseur qui mettent en lumière les combats féministes du mouvement #MeToo, le deuil d’un parent quand on découvre soi-même la parentalité, la crainte d’une mère pour sa fille adolescente dans un monde sexiste et agressif, le regret maternel.

Quatre ans après avoir lancé les premiers épisodes, on a nous-même gagné l’étiquette de « maman qui bosse ». Pas de maison immense ni d’empire de la pub à gérer depuis un open-space torontois, mais un bébé sur les genoux devant l’ordi pendant de longues semaines de confinement et l’envie fréquente de se replonger dans les escapades barrées de la troupe. Parce que leur cynisme, leurs défauts, leur lien, leurs aventures et leurs échecs nous font du bien. Et qu’on ne perd pas espoir que bientôt, ceux du scénarios pourront à leur tour être profondément adressés. Vivement l’été.

Ça fait un an et demi (18 mois pour les connaisseuses) que ma fille est née, un an et demi que ma tête bouillonne. Amour, éducation, bouffe, hygiène : tous les domaines sont bons pour cogiter. La preuve.

La maternité a ses interrogations que la raison ignore. Qu’on soit parent à 18, 30 ou 45 ans, rares sont celles qui échapperont à l’incertitude permanente et à la culpabilisation sournoise qui accompagnent – chouette – l’arrivée des enfants. C’est inévitable, on passe son temps à se demander si ce qu’on fait, ce qu’on analyse, ce qu’on transmet, ne flinguera pas tôt ou tard la vie de notre tout·e-petit·e. Une perpétuelle remise en question qui se traduit par une tornade de doutes, lesquels traversent notre esprit sans interruption dès le moment où on donne la vie. Douce épopée.

Alors bien sûr, avec le temps, on s’y habitue. Avec les frères et sœurs, si on les conçoit, aussi. On a de plus en plus confiance en nos gestes, on crée des rituels quotidiens. On s’affranchit de nombreuses craintes, on prend du recul. On apprend de nos expériences, du vécu de celles qui nous entourent. On se détend, on gagne en patience, en sagesse, en assurance. En astuces pour ne pas totalement craquer. En ruses pour siffler une gorgée de vin tranquille pendant que l’adorable énergumène empile ses maxi legos.

Autant de tips qu’on enregistre au fil des jours, ceux-ci passant plus sereinement que la veille. Autant de leçons qu’on acquiert alors qu’on devient « mères ». (Enfin, j’espère).

Pour illustrer la façon dont nos cerveaux ont du mal à se mettre en pause, et rassurer celles qui – en plus du reste – s’en voudraient de se prendre h24 la tête, je me lance. Je couche sur le papier une micro-portion du genre de trucs que je me suis posé à un (ou plusieurs) moment donné, oscillant fébrilement entre la chute d’hormones post-partum et le burn-out parental. Un cru authentique, avant-goût d’une étape de vie remplie de bonheur et de questions existentielles ou plus triviales. Après vous.

© Warner Bros. Television
  • Je vais y arriver, à l’élever, quand on rentrera de la maternité ?
  • Je vais y arriver, à m’en occuper, quand je serai toute seule avec elle ?
  • Est-ce que mon mec va moins m’aimer parce qu’il aime trop sa fille ?
  • Elle dort mais je l’entends pas bouger : elle respire ?
  • Comment on fait pour glisser ses tout petits bras dans son tout petit body ?
  • 6 mois, c’est trop tôt pour goûter du camembert ?
  • Les cheveux, ça pousse quand ?
  • Un bain par jour, c’est vraiment obligé ?
  • Est-ce que j’aspire la morve si j’utilise le mouche-bébé ?
  • La tétine, ça va si je la mets dans la bouche au lieu de la rincer ?
© Unsplash – Alex Pasarelu
  • C’est normal, d’être passionnée de brocolis à 18 mois ?
  • C’est normal, de se vexer parce qu’elle dit « maman » à un pigeon ?
  • Ça fait quoi déjà, de dormir ?
  • Ça fait quoi déjà, de n’être responsable que de soi ?
  • On peut arrêter de me bassiner avec les mamans parfaites sur Insta ?
  • Comment on dit aux gens qu’on s’en tape de leurs conseils… gentiment ?
  • C’est vraiment elle et sa mignonnerie qui ont des chances de me mettre cher à l’adolescence ?
  • Comment je fais, pour qu’elle ne prenne pas tous mes défauts ?
  • C’est grave, de vouloir un moment rien qu’à moi, loin de mes obligations parentales, et de passer ledit moment à regarder des photos de ma fille ?
  • Pourquoi j’ai les larmes aux yeux quand elle se blottit contre moi pour dormir ?
  • Pourquoi j’ai les larmes aux yeux quand elle rigole ?
  • Pourquoi j’ai les larmes aux yeux quand elle finit son assiette et qu’elle pète ?
  • J’ai changé de culotte aujourd’hui ?
NBCUniversal Television Distribution
  • Je dois le prendre comment, que son premier mot soit « au revoir » ?
  • Pourquoi j’arrête pas d’imaginer, terrorisée, les pires trucs qui pourraient lui arriver ?
  • C’est ça mon quotidien maintenant, de m’inquiéter tout le temps ?
  • Et elle, elle pense à quoi dans sa toute petite tête d’amour ?
  • Est-ce que je peux respirer son odeur toute ma vie ?
  • C’est quoi la recette, pour l’élever loin des injonctions qui pavent la nôtre ?
  • Est-ce que… j’ai déjà oublié, trop fatiguée.
  • Comment c’était déjà, la vie avant qu’elle ne soit là ?
  • Comment c’est possible, d’aimer autant ?
  • Et comment je lui fais comprendre, finalement, que je serai toujours là, toujours sa maman ?