Si les propositions photographiques de l’artiste Lunga Ntila questionnent les notions d’identité de notre imaginaire collectif, son travail tend surtout à déconstruire et explorer le champ de la photographie. Jouant avec les textures et les formes, agrandissant et déplaçant des fragments photographiques récoltés de ses archives, la photographe de 24 ans nous invite à découvrir son univers tantôt expressionniste, tantôt cubiste. Focus sur un processus créatif aussi hybride que fascinant.

Décomposition et découpages, distorsion impertinente et collages photographiques, ou comment allier féminités, identités et poésie, tout en déjouant les codes du monde de la photographie.

© Lunga Ntila Anthony Bila FatherStretchMyHands 2020 DigitalCollage
© Lunga Ntila

Sexualité, féminité, exploration et déformation. Tant de thèmes et techniques associé.e.s aux travaux de l’artiste sud-africaine. Aperçues à la Art Book Fair de São Paulo au Brésil, puis à l’exposition d’été Keyes Art Mile et à l’Investec Cape Town Art Fair en 2019, les photographies de Lunga Ntila ne cessent de se montrer dans les foires les plus influentes de l’art contemporain. À travers ses découpages, assemblages et collages, l’artiste déploie une vision neuve et redessine les contours des féminités d’aujourd’hui, prônant une posture assumée et déterminée. Elle interroge également les codes esthétiques autour des questions identitaires africaines et afro-américaines pour donner une parole et une place à un peuple trop peu valorisé, notamment sur la scène artistique.

 En questionnant et pointant du doigt l’actualité, Lunga Ntila déforme le réel, expérimente sans cesse et joue avec les images comme Arcimboldo (peintre italien maniériste) dans ses compositions de portraits en fruits et légumes. Le processus créatif tient d’ailleurs une place prépondérante dans le développement de la pensée critique qu’elle entretient face à son travail: en effet, la photographe manipule textures, ombres et morceaux de corps, en condensant des approches tantôt graphiques, tantôt esthétiques et expérimentales, mais jamais dénuées de sens et de contexte. Elle construit ses formes et personnages à partir de moodboards et d’inspirations variées : à l’aide du logiciel Photoshop, elle adore remanier sans cesse ses compositions. Véritable terrain de jeu, cette méthode de travail, basée sur un catalogage de portraits et autoportraits qu’elle vient découper et recomposer, invite à reconsidérer les techniques artistiques actuelles, leur implication, leur rôle dans le monde de l’art contemporain: de l’instrumentalisation des corps à l’étourdissement des couleurs saturées, la photographie apparaît encore souvent comme un outil de propagande tordant nos corps, écrasant nos courbes et nous assommant de diktats. Lunga Ntila rend hommage aux corporalités, aux sensualités et offre ainsi toutes ses lettres de noblesse à la photographie. 

Finalement, le travail de Lunga Ntila est une loupe fixée sur le monde en perpétuel changement, comme réponse à une génération demandeuse de nouvelles icônes, plus authentiques, plus ouvertes et surtout plus humaines. Porteuse de sens et d’espoir, la photographe marque un pan de l’art actuel et propose une relecture du prisme des féminités et identités. Un travail à découvrir les sens éveillés !

À suivre sur Instagram.

Article du numéro 48 « Nouveaux.lle.s leaders » par Susy Lapierre

À l’occasion du reconfinement, on vous a concocté une sélection aux petits oignons des meilleurs restaurants asiatiques qui livrent ou font des click and collect ! 

Les meilleurs restaurants asiatiques qui livrent sur Paris

Afin de soutenir les restaurants et se régaler en même temps, la rédaction vous propose ses spots asiatiques favoris pour passer le confinement le palais comblé. Et si vous aimez spécifiquement la cuisine chinoise, on vous conseille aussi ici.

Tiger Tiger

Le petit nouveau de MAMAHUHU s’appelle Tiger Tiger. Actuellement ouvert sous forme de pop-up – avant son ouverture officielle, il est disponible en livraison et click & collect. Au rendez-vous ? Un cha chaan teng [ndlr, restaurant de quartier typique de Hong Kong] moderne et français. On y retrouve de délicieux wontons, du porc croustillant, du boeuf mariné, ou encore du poulet rôti à la cacahuète… Et nous, on est fan !

Adresse : 15 Rue René Boulanger, 75010 Paris

Tiger Tiger - © Quentin Tourbez
Tiger Tiger – © Quentin Tourbez

INÉ Paris

INÉ Paris c’est LA nouvelle adresse pour nos midis pressés. En effet, cette adresse propose des bentos faciles à manger, pratiques et surtout goûtus – et délicieux ! Au choix, un au poisson, un à la viande ou un végétarien. Le tout, accompagnés de petits légumes de saison et de riz. On y retrouve de nombreux goûts différents, pour un midi équilibré !

Adresse : Popu-up au Broken Arm Cafeteria au 12 Rue Perrée, 75003 Paris

INÉ Paris
INÉ Paris

Côté Sushi X Chic des Plantes

Plus besoin de présenter Côté Sushi… Par contre, on tenait à vous parler de sa collaboration avec Chic des Plantes, marque d’infusions de haute qualité. En résulte une box de 39 pièces de sushi, california, maki… Tous plus originaux les uns que les autres. Le thème récurrent ? Vous l’aurez deviné : les plantes ! C’est pourquoi les sushis sont revisités avec du basilic, des poivrons, de la betterave – en petite touches, rassurez-vous. Le tout, accompagné de l’infusion « Belle Plante » et du bouillon bio « Le Sud ». Parfait pour les beaux jours qui arrivent !

Disponible dans tous les Côté Sushi jusqu’au 6 juin.

Côté Sushi X Chic des Plantes
Côté Sushi X Chic des Plantes

Kitchen Galerie Bis

C’est notre petite triche de la journée. Pas seulement un restaurant asiatiquecar le chef trouve son inspiration dans toutes les cuisines du monde, on vous recommande Kitchen Galerie Bis pour son menu de raviolis croustillants, oscillants entre la France et la Thaïlande. « Si les recettes sont métissées, l’Asie a la part belle dans les assiettes» C’est elleux qui le disent !

Adresse : 25 rue des Grands Augustins, 75006 Paris

Kitchen Galerie Bis
Kitchen Galerie Bis

Dumpling Queen

Autre petit de MAMAHUHU, Dumpling Queen est spécialisé – comme son nom l’indique, dans les Dumpling et les Bao. Street-food taïwanaise, ces deux mets sont comme des explosions en bouche. Les goûts y sont puissants, les farces excellentes… Et vous pouvez même y trouver du poulet frit ! Point bonus pour le jeu de mot avec Dancing Queen… (Ça y est, vous avez la chanson en tête ?)

Adresse : 22 rue de L’Echiquier, 75010 Paris

Dumpling Queen
Dumpling Queen

Mamibaba by Quinsou

Mamibaba, c’est un pop-up du restaurant gastronomique Quinsou, par Antonin Bonnet. Avec cette nouvelle carte, le chef a voulu mettre la cuisine coréenne à l’honneur. La spécialité ? Les Mandoo-Guk, raviolis coréens. Excellents, et très originaux ! On craque pour le Yughoe, version coréenne du tartare de boeuf. Bref, de la cuisine fusion comme on l’aime !

Mamibaba by Quinson
Mamibaba by Quinson

The Hood Paris

Bobun revisité, poulet frit vietnamien, ban mi à l’aubergine rôtie… On ne compte plus les merveilles culinaires que nous proposent The Hood Paris pour nos déjeuners d’affaires (comprenez zoom) à la livraison ou en clic and collect. Le restaurant propose même des sauces maison, à acheter en quantité pour remplir son frigo et s’assurer d’être équipés pour le plat suivant. La spécialité de la maison The Hood Paris ? Le Pandan chiffon cake – il nous aurait bien fallu trois parts de ce gâteau nuageux et délicieux.

Adresse : 80 Rue Jean Pierre Timbaud, 75011 Paris

The Hood Paris

Double Dragon 

Avis aux amoureux·se·s du piment ! Le Double Dragon est une cantine asiatique ultra-branchée, créée par deux soeurs franco-philippines. On relève : la food très épicée. Le click and collect est mis en place sur le site, le take away, ainsi que la livraison dans tout Paris. 

Adresse : 52 rue Saint-Maur, 75011 Paris

Double Dragon

Petit Bao

Le Petit Bao a pour concept le partage. L’idée, c’est de prendre un panier bao et un plat par personne, puis de tout partager. Et si vous ne savez pas choisir, le site vous propose des plats signature. La livraison, le take away et le click & collect sont disponibles ! 

Adresse : 116 rue Saint-Denis, 75002 Paris

Petit Bao

YOOM

Yoom at Home est la petite soeur du restaurant Yoom – adulé à Paris pour avoir conçu une carte spécialement dédiée aux Dim Sum. L’établissement propose désormais un menu surgelé à livrer, partout en France. De chouettes kits afin de réchauffer soi-même et traditionnellement ces délicieuses petites bouchées et vapeurs asiatiques. Cuisinées à la main, avec une pâte extra fine qui laisse place aux saveurs des garnitures, elles viendront donc régaler petits et grands un soir de semaine ou le weekend. Des menus pour deux, trois voire toute la famille on par ailleurs été développés. Notre chouchou ? Les raviolis truffe noire édaname, sans hésiter. Alors, on essaie ? Vous pouvez commander à emporter ou vous faire livrer directement à la maison !

Rendez-vous sur le site Yoom at Home pour passer commande !

Yoom
Yoom

LiLi Peninsula Hotel

LiLi, c’est la fusion entre l’art de vivre à la française et la food cantonaise totalement maîtrisée par un chef hong-kongais. Pendant cette période, le restaurant vous propose une sélection de plats à emporter sur le site. 

Adresse : 19 Avenue Kléber, 75016 Paris

LiLi Peninsula Hotel

Brigade du Tigre

La Brigade du Tigre est le nouveau restau d’Adrien Ferrand qui s’est associé à Galien Emery pour cette belle adresse, ouverte depuis septembre dernier. Ici, se mêlent spécialités chinoises, thaïlandaises, cambodgiennes et malaysiennes. Le click & collect est disponible sur leur site et la livraison arrive prochainement. Notre coup de coeur ? Le crabe cake ou encore le tataki de boeuf, sans la moindre hésitation.

Adresse : 38 rue du Faubourg Poissonnière, 75010 Paris 

Brigade du Tigre

Neko Ramen

Neko Ramencest LA vraie adresse de ramen parisienne, et l’une de nos préférées. Le chef, Sedrik Allani, est français mais passionné de ramen. Et pas celles qu’on déguste en France : les ramen de Tokyo – où il a d’ailleurs été formé. Parfait, donc, pour tous les fans de ramen, mais pas que ! Le restaurant propose aussi des gyozas, des nouilles sautées, des Karaage, des boulettes de poulet frit japonaises, des mochis… Et en plus, les prix sont hyper raisonnables : entre 9,50€ et 12€ pour les trois ramens stars de la carte ! Foncez, si vous voulez découvrir le fameux goût Umami. Notre recommandation ? Le Tonkatsu, très original.

Adresse : 6 Rue de la Grange Batelière, 75009 Paris

Neko Ramen
Neko Ramen

Article d’Alicia Desrivieres, Margaux Rouche et Clémence Bouquerod

Raja Meziane, 32 ans, est algérienne. Elle est exilée à Prague depuis bientôt cinq ans – elle y a rejoint son mari et producteur. Ses coups de filets contre le régime lui ont valu un aller sans retour en République tchèque. Femme de combat (Raja signifie « le King » en langue indienne et l’espoir en arabe), elle met sa musique au service de la cause algérienne. Elle lutte pour sa liberté et celle de son peuple, loin de son Algérie natale, avec la même ferveur, la même force, la même fermeté. Raja Meziane n’a peur de rien. Tant que son cœur appartient à l’Algérie.

Artiste engagée, « guerrière et combattante », Raja Meziane est la voix de la révolution algérienne.

© Dee Tox
© Dee Tox

« Allo Système, tu m’entends ? Tu fais la sourde oreille comme d’habitude ?! » (traduit de l’arabe) : dans le clip du morceau Allo le Système !, tu passes cet appel depuis Prague, où tu es exilée. En toile de fond, des images de la révolution algérienne. Comment as-tu mûri cette chanson ?

Elle est sortie quelques jours à peine après la grande manifestation du 22 février 2019 (pour empêcher Abdelaziz Bouteflika de briguer un cinquième mandat, ndlr). Je peux le dire haut et fort. Je suis une des personnes qui a appelé à cette révolution des années auparavant ! En 2012, je sortais une chanson qui s’appelle Revolution, c’est te dire. Sauf qu’à l’époque, je me suis fait lyncher par tout le monde, y compris le public, parce que les gens n’étaient pas encore prêts à entendre ce genre de vérité. Allo le Système !, c’était une façon pour moi de participer à cet événement, qui était comme une fête, une bouffée d’oxygène.

En 2012, tu dis que le public n’était pas prêt. Pourquoi ? Qu’est-ce qui a changé depuis ?

Il n’était pas prêt, car le traumatisme et la peur sont figé.e.s à l’intérieur de chaque Algérien.ne depuis la décennie noire (dix années de guerre civile qui ont fait près de 200 000 victimes entre 1991 et 2002, ndlr). Dès qu’on parle de révolution, de manifestation, c’est synonyme de sang. Qu’est-ce qui a changé ? Je dirais le ras-le-bol général. On nous a trop menti. On a pillé nos richesses. Ce n’est plus possible de laisser faire.

Sur Allo le Système !, tu dis que le pouvoir en place a anéanti l’éducation nationale, la culture, le savoir. Cette révolution a-t-elle en partie été initiée par la jeunesse ?

Pas vraiment… Ce n’est pas la nouvelle génération qui a décidé de descendre dans la rue. Bien au contraire. Les gens qui ont mûri, les gens qui ont vécu les années 70, le terrorisme, ce sont eux qui ont remarqué que les choses n’avancent pas et que l’Algérie ne peut plus continuer dans cette voie. Il faut des doyen.ne.s pour que la jeune génération reçoive ce genre d’informations, d’expériences, de chaleur et de volonté de changer. La jeune génération connaît Bouteflika, elle n’a jamais connu autre chose. Les Anciens ont le recul nécessaire. Et la force de ce mouvement réside dans cette belle fusion de générations.

Comment la situation a-t-elle évolué dans le pays depuis le grand rassemblement de 2019 ?

C’est de pire en pire. Rien ne change. C’est le même régime. Le président actuel, Abdelmadjid Tebboune, faisait partie du gouvernement de Bouteflika. Il l’a servi pendant longtemps. Et il est en train de mettre en place une dictature encore plus franche. L’Algérie étouffe.

© Dee Tox

Le pouvoir a profité de la pandémie mondiale pour réprimer toute contestation et museler les médias. Quels sont les retours que tu as eus ?

Il règne en Algérie une espèce de calme qui, moi, ne me rassure pas du tout. J’ai peur que la situation finisse par imploser. Trop de répression. On va où ? Je ne sais pas… Les gens perdent confiance. Celles et ceux qui soutiennent le Hirak (le mouvement de contestation qui a poussé Abdelaziz Bouteflika à la démission en avril 2019, ndlr) subissent énormément de pression, notamment El Manchar (le site parodique algérien a suspendu ses activités en mai dernier, après cinq années d’existence, ndlr). Il leur est aujourd’hui impossible d’écrire, d’exercer leur métier de journalistes. C’est grave ce qui se passe. Si on ouvre sa gueule, on est jeté.e en prison, au trou. On nous déclare la dictature et on doit l’accepter.

«Je ne vais pas changer de camp. Je n’en ai qu’un seul. C’est le peuple. J’ai vécu avec ce peuple, j’ai grandi avec ce peuple, je suis née avec ce peuple, j’ai galéré comme le peuple, et je continue de pleurer mon Algérie.»

Pour quelles raisons t’es-tu emparée du rap ?

J’ai toujours touché à différents styles de musique, parfois plus pop, mais toujours avec le même contenu engagé. Mais quand il s’agit de colère, je ne peux pas m’exprimer autrement qu’avec du rap. Pour moi, c’est comme un flot de paroles qui sortent crues, sans qu’on ait besoin d’y ajouter des mélodies compliquées, ou des sonorités harmonieuses. Avec le rap, c’est la parole qui compte. Je le dis et vous allez m’écouter (Sourire) ! J’ai mal et, désolée du terme, mais j’ai envie de cracher les mots. Parce que ça brûle !

Ton rap est baigné de musique chaâbi et de raï, une façon d’affirmer tes origines ?

Ma musique est un mélange de styles purement algériens, partant du chaâbi, tindi, naïly, kabyle, des nuances de raï. Il y a toujours un timbre qui rappelle le style algérien. Parce que c’est mon identité.

Depuis Allo le Système !, devenue l’hymne du Hirak, tu es la voix de la révolution algérienne, avec tout le poids symbolique que ce titre implique. C’est lourd à porter ?

Bien sûr. Ça m’honore, mais c’est une responsabilité énorme. Je ne veux pas décevoir ce peuple pour lequel je me bats depuis des années. De toute façon, je ne vais pas changer de camp. Je n’en ai qu’un seul. C’est le peuple. J’ai vécu avec ce peuple, j’ai grandi avec ce peuple, je suis née avec ce peuple, j’ai galéré comme le peuple, et je continue de pleurer mon Algérie. C’est très simple. Quand on n’a rien, on n’a rien à perdre. Moi je n’ai rien gagné avec ce système. Même en faisant partie du « showbiz ». Même au début de ma carrière, j’étais jeune, mais je savais déjà que quelque chose n’allait pas.

Ta participation à un télé-crochet (un mélange de la Star Academy et The Voice) t’a apporté la célébrité. Cette rage de vaincre le système de l’intérieur était déjà présente ?

Oui, cette idée ne m’est pas venue à 20 ans. J’ai vécu l’enfer des années 90, j’ai vu les corps sans vie sur le chemin de l’école. En participant à ce télé-crochet, je n’avais qu’une envie : me faire connaître. Parce qu’on ne peut pas lutter en silence. Pour faire entendre ma voix, il fallait en passer par là. Le challenge de ce genre d’émission, c’est qu’on ne peut pas chanter ce qu’on veut, sauf si on est première dans les classes de solfège, de sport, de discipline… Je bossais comme une dingue pour pouvoir chanter des chansons qui avaient du sens pour moi, sur la paix ou la Palestine par exemple.

Ta première vocation, devenir avocate, était-elle aussi motivée par la même envie ?

Oui. J’ai perdu mon papa quand j’avais 7 ans, suite à une erreur médicale. Le directeur de la clinique privée était intouchable. Ma mère n’a rien pu faire. Je lui ai promis que ça changerait quand je serais grande, que je ramènerais la justice dans le pays, que je défendrais les pauvres. Ça m’a coûté cher.

© Dee Tox
© Dee Tox

Tu es petite-fille de martyr de la révolution. Ce combat, il est inné ?

Exactement. Je vais te raconter une histoire. Ma grand-mère aussi luttait à sa manière. Elle cachait des moudjahidines (soldats improvisés, résistants, souvent d’origine paysanne, à qui l’on doit l’indépendance de l’Algérie, ndlr) aux soldats français, elle leur donnait à manger, des vêtements propres. Mon père avait à peine 12 ans, il avait un petit chien qui faisait toujours la fête aux combattants algériens. Une fois, les soldats français étaient juste à côté. Ma grand-mère avait tellement peur qu’ils la soupçonnent de quelque chose qu’elle a bâillonné le petit chien avec un bout de tissu et l’a battu à mort pour qu’il arrête d’aboyer. Elle n’avait pas le choix. Elle a brisé son cœur et celui de son fils. Parce qu’elle croyait tellement en cette cause, la liberté du peuple algérien. Quand on grandit avec ce genre d’image, on ne peut pas être quelqu’un d’autre. Les Algérien.ne.s ont trop souffert. Ma génération a grandi dans le sang, la terreur. Maintenant on a juste envie d’aimer et d’être aimé.e.. C’est ce qu’on essaie de faire avec ce Hirak, cette grande révolution pacifiste.

Tu es persona non grata en Algérie. Tu racontes l’exil dans Survivor, sorti fin janvier : « Excuse-moi maman ! J’étais obligée de partir, le chemin était pénible, j’y ai presque laissé la vie (…) mon père m’a dit avant de partir, ne te rends jamais… » (traduit de l’arabe). Es-tu prête à sacrifier ton intimité pour une cause plus grande, la libération du peuple algérien ?

Pour moi, tout va dans le même sens. Je n’ai pas vécu deux vies, j’en ai vécu et je ne vis toujours qu’une seule vie, et cette vie, elle est pleine de toutes les choses que je raconte. Ma mémoire et ma vie, c’est ce qui se passe dans mon pays. Je continuerai de chanter contre les haters, les rageux, ceux qui envient ma réussite ou mon talent… On vit dans un régime corrompu qui donne l’occasion à des gens qui ont le bras long de vous casser, de vous faire du mal et de vous empêcher de réussir. Il y a tellement à dire, à dénoncer. Le régime a tout acheté. Je suis en train de subir les conséquences d’Allo le Système ! : les trolls, les cyber-attaques, on essaie de me salir, on lance des rumeurs sur moi, on menace ma famille, mais je ne vais pas me rendre maintenant. J’ai choisi cette route et je l’assume.

Article du numéro 48 « Nouveaux.lle.s leaders » par Alexandra Dumont

Ses longues feuilles pointues, vertes, un poil tombantes, regorgent de représentations et laissent rarement de marbre. Le cannabis - aussi connu sous le doux nom de chanvre – recèle en lui des pépites d’or vert, qu’il est devenu impossible de bouder. De la tige à la fleur, jusqu’à ses graines, la plante dispose de mille et une vertus. L’une d’elles : un fort pouvoir cosmétique, répondant de manière naturelle aux besoins de notre peau.

Cannabis ou chanvre, son appellation sera vôtre. Plusieurs noms, une seule présentation et surtout, une multitude de fonctions, certifiées sans addiction. En France, la réglementation écarte tout psychotrope ou substance addictive de la composition des cosmétiques. De toutes façons, nul besoin de ses fonctions récréatives pour que cette plante satisfasse la beauté de notre épiderme !

Ikebana
© ANJA CHARBONNEAU - COMPOSITION FLORALE AMY MERRICK - IKEBANA POUR BROCCOLI MAGAZINE

Un liquide tout-en-un

Le plus souvent, en cosmétique, le chanvre se matérialise sous sa forme liquide : une huile assez épaisse, d’un vert changeant, obtenue par la presse à froid des graines. De son odeur gourmande à sa texture sèche, son application reste pratique et agréable. Les conditions sont donc optimales pour profiter de ses fonctions apaisantes, protectrices et réparatrices ! Composée d’acides gras essentiels, pour environ 20 % d’oméga-3 et 60 % d’oméga-6, cette huile extraite est aussi riche en vitamines A, B1, B3, B4, B6, E, en protéines, en carotène et en minéraux. 

Comme vous pouvez le constater, la liste des éléments qui la composent n’est pas des plus courtes, mais la liste de ses bienfaits non plus ! L’huile de chanvre participe à la création d’une barrière protectrice de l’épiderme et, grâce à son pouvoir hydratant, elle redonne également une certaine élasticité à la peau. En plus, elle n’est pas comédogène ! Elle agit ainsi directement sur les rougeurs, les sécheresses cutanées, les points noirs, ou encore l’acné, sans intolérances et désagréments en contrepartie. Validée par tous les types de peau, c’est naturellement et en toute modestie que la plante se love dans les cosmétiques pour câliner et redorer l’épiderme.

Naturellement vôtre

Nous vous avions prévenu·e·s : dans le cannabis, tout est – relativement – bon, rien ne se jette. Si son huile est enchanteresse, l’un de ses composants, le cannabidiol (CBD)a aussi de quoi charmer notre peau. Cette molécule, issue de la fleur de cannabis, ressemble à s’y méprendre à certaines molécules (les endocannabinoïdes) déjà produites par notre corps et destinées à satisfaire notre organisme, le réguler, et chouchouter, entre autres, notre épiderme. 

Face à la pollution ou la fatigue, il n’est pas rare que ce système d’origine se retrouve déstabilisé. Les conséquences ? L’acné, le psoriasis, l’eczéma et autres désagréments. C’est là qu’interviennent des molécules semblables aux endocannabinoïdes, mais non produites par l’organisme, les phytocannabinoïdes, pour rétablir le bien-être de la peau. Parmi elles, justement, le CBD, connu aussi en cosmétique pour son pouvoir antioxydant, ses fonctions apaisantes, et ses bienfaits sébostatiques – réduisant ainsi la production de sébum. 

Souvent confondu avec le tétrahydrocannabinol (THC) qui, lui, dispose de fonctions psychoactives, le CBD demeure l’enfant sage de la famille, sans troubles associés. L’intégrer dans une routine beauté ne serait pas si insensé que ça ! Alors, au nom de la beauté de notre peau (mais pas seulement), nombre de marques s’impliquent pour faire bouger les lignes, les lois françaises et les représentations associées au cannabis. Malgré les obstacles – plus ou moins élevés – à surmonter, il n’est pas exclu qu’un jour prochain, le chanvre distille ses bienfaits en toute liberté.

Article du numéro 48 « Nouveaux.lle.s leaders »par Marie Le Seac’h

Artsper est une plateforme d’achat en ligne d’art contemporain. La marketplace, qui travaille avec plus de 1 500 galeries autour du monde, présente en permanence les œuvres d’artistes émergent.e.s et des plus célèbres noms, comme Banksy ou Andy Warhol. L’équipe d’Artsper, composée de passionné.e.s d’art contemporain, s’attache à en décomplexer l'achat et à le rendre plus accessible grâce à la suppression des barrières traditionnelles du marché de l’art et à la création de contenus de qualité (articles, sélections d'œuvres, interviews d'artistes, etc.).

Dans son catalogue de plus de 150 000 œuvres d’art, accessibles à la vente dans le monde entier pour les néophytes et les expert.e.s, Artsper met en avant des artistes explorant tous les genres et tous les médiums.

Julie Lagier
Julie Lagier, artiste contemporaine surréaliste

Le rêve, l’espace privilégié des surréalistes

Influencé par la psychanalyse freudienne et le mouvement dada, André Breton publie en 1924 son Manifeste du surréalisme. Pour le poète, le surréalisme est « l’automatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale. »

Cette absence de contrôle recherchée par les surréalistes est à son apogée dans le rêve. Rêver, c’est se laisser aller à la liberté la plus totale et transgresser les règles du réel pour accéder aux parties non censurées de l’inconscient.

La mécanique du rêve dans l’art surréaliste

L’art surréaliste ne s’attache pas à représenter le rêve, mais davantage à en reproduire les mécanismes. « Appréhender et m’inspirer des rêves, […] manipuler cette matière vaporeuse par l’interprétation photographique, voilà ce que je tente de faire », explique la photographe Julie Lagier, dont les créations oniriques sont en vente sur Artsper. En créant des associations magiques et irrationnelles, les artistes surréalistes s’inspirent de la forme de leurs visions oniriques plutôt que de leur sens caché.

Julie Lagier, Vue sur mer, 2019
Julie Lagier, Vue sur mer, 2019

Les artistes surréalistes étaient des explorateur.rice.s et des expérimentateur.rice.s. Pour réduire l’intervention de leur conscience voire de leur volonté, et ainsi imiter les rouages du rêve, iels ont développé des techniques liées à l’endormissement et à l’intuition, faisant une confiance aveugle au hasard et à l’inconscient. Hypnose, écritures et dessins automatiques, mais aussi demi-sommeils, leur ont permis de donner naissance à des textes (Le Mouvement perpétuel de Louis Aragon, Les Champs magnétiques d’André Breton et Philippe Soupault), des tableaux (Golconde de René Magritte, Rêve causé par le vol d’une abeille autour d’une grenade, une seconde avant l’éveil de Salvador Dalí) ou des films (La Coquille et le Clergyman de Germaine Dulac, Un Chien Andalou de Luis Buñuel et Salvador Dalí).

Hallucinations oniriques et déformations du réel

À travers des visions hallucinées et des distorsions du réel, le surréalisme réhabilite le merveilleux. « Le rêveur, rendu à un état de passivité extrême, reçoit des éléments d’une surréalité qui s’impose à lui comme des images surdéterminées. Rêver et créer sont les deux faces, mises en continu, de l’activité surréaliste », explique le psychanalyste Olivier Douville dans son article « Expérience du rêve et expérimentations surréalistes ».

Pour donner vie à leurs visions, les surréalistes les détournent et les remanient à l’aide de montages et de techniques photographiques, de collages (Les garçons de la rue de Jacques Prévert sur une photo de Robert Doisneau), d’objets hybrides (le Téléphone-Homard de Dalí, le Loup-Table de Victor Brauner), de mots-valises, de photogrammes (photographies sans appareil photo), créant ainsi des associations improbables et contrastées. Ces collisions absurdes et grotesques, ces mixtures hétérogènes parfois dénuées de logique, évoquent les éléments et les symboles que l’on ne voit qu’en rêve. Les artistes de cette mouvance étaient avant tout des chef.fe.s d’orchestre, des costumier.e.s habiles dans les choix et les assemblages qu’iels provoquaient !

Li Wei, Buddha in Paris, 2012
Li Wei, Buddha in Paris, 2012

« Les artistes surréalistes associaient des objets ou des formes qui n’allaient pas du tout ensemble. Cela bouleversait l’ordre normal des choses », analyse Elisabeth Spettel, enseignante en arts visuels. En photo comme en peinture ou sur grand écran, les corps sont segmentés, isolés et déformés ; les perspectives sont bouleversées jusqu’au dépaysement total. Les figures empruntent à l’humain et à l’animal ; les scènes sont impossibles et les symboles mystérieux. Mais malgré leur aspect parfois cauchemardesque, les créations surréalistes sont toujours teintées d’humour noir et de poésie. Certain.e.s artistes contemporain.e.s inspiré.e.s du surréalisme ont d’ailleurs fait du comique leur principal moteur. Sur Artsper, Li Wei et ses performances vertigineuses en est un parfait exemple, tout comme Muriel Bordier et ses mises en scène parodiques.

Muriel Bordier, Les maîtres nageurs, 2015
Muriel Bordier, Les maîtres nageurs, 2015

Une autre réalité

Maia Chozas
Maia Chozas
Maia Chozas, Sueño (Dream), 2019
Maia Chozas, Sueño (Dream), 2019

Les œuvres surréalistes créent sans cesse la surprise grâce à des éléments mixés, transformés ou placés dans des contextes inattendus jusqu’à l’incohérence. Encore aujourd’hui, certain.e.s artistes contemporain.e.s jouent avec cette réalité étendue avec une telle ambiguïté qu’il est parfois difficile de déceler ce qui appartient au monde conscient ou à l’inconscient. Sur Artsper, c’est par exemple le cas de Maia Chozas et de Hell’O Collective, qui floutent les frontières entre rêve et réalité, figures chimériques et conventionnelles.

Hell'O Collective, Untitled, 2020
Hell'O Collective, Untitled, 2020

Pour Élisabeth Spettel, le rêve était un véhicule pour impacter le réel, mieux le connaître et en créer une nouvelle version presque magnifiée. « Les surréalistes reprenaient d’ailleurs la phrase de Rimbaud “changer la vie” comme mantra », conclut-elle. Une volonté que bon nombre de contemporain.e.s mettent au goût du jour… Par elleux, 5 artistes dont on aime beaucoup le travail chez Paulette, dont les œuvres sont à retrouver sur Artsper.

5 artistes contemporain.e.s qui s’inspirent du rêve surréaliste

Julie Lagier, Garde Robe, 2019
Julie Lagier, Garde Robe, 2019
Julie Lagier, Laisse moi rêver, 2019
Julie Lagier, Laisse moi rêver, 2019

Julie Lagier capture ses songes en photo et manipule les perspectives, les échelles et les accessoires pour créer des assemblages absurdes et mystérieux. L’artiste, qui vit et travaille à Marseille, utilise la matière de ses propres rêves pour imaginer un univers singulier où les visages sont remplacés par des cintres (Garde-robe, 2019), les chevelures prennent la forme d’épais nuages (Laisse-moi rêver, 2019) et les corps semblent s’étirer à l’infini grâce à d’audacieux points de vue (Place occupée, 2019). Dans ses créations vaporeuses et oniriques, la photographe française se déjoue des règles anatomiques et parfois même de la pesanteur (Debout dans ma chute, 2020).

Muriel Bordier, Le cours particulier, 2019
Muriel Bordier, Le cours particulier, 2019

Comme le faisaient les artistes surréalistes des années 30, Muriel Bordier expérimente. Avec humour, la photographe ne se satisfait pas d’un seul médium pour élaborer ses « petits mondes » imaginaires. À l’aide de pâte à modeler, de montages numériques ou encore de maquettes en tous genres, elle tourne en dérision ses propres interprétations du réel et les codes de la société occidentale. Dans sa série Espaces Muséaux, qui lui a valu le prix Arcimboldo 2010 de la photographie, elle élabore des lieux démesurés et aseptisés pour parodier les stéréotypes de l’art contemporain.

Li Wei, On the surface of the earth , 2004
Li Wei, On the surface of the earth , 2004

Li Wei n’est plus à présenter. Depuis plusieurs décennies, l’art transgressif et engagé de l’artiste chinois a fait le tour du monde. Performeur, acrobate et agitateur politique, il met au défi les lois de la gravité et joue avec le danger comme avec son propre corps en utilisant tous les ressorts du comique. Sur le point de tomber au sommet d’un immeuble, en équilibre sur un lampadaire (Bright Apex, 2007), le corps à demi encastré dans la pare-brise d’une voiture (Li Wei falls to the car, 2003), en lévitation au-dessus de la ville… Le photographe prend de la hauteur dans des milieux urbains pour dénoncer la mondialisation, l’enclavement des villes et la politique de son gouvernement. Dans un esprit provocateur mêlé d’humour, Li Wei marque son désir de fuite vers la liberté et l’émancipation.

Maia Chozas, Refugio (Refuge), 2019
Maia Chozas, Refugio (Refuge), 2019

Dans les œuvres de Maia Chozas, les lignes entre le rêve et la réalité sont brouillées au rythme des superpositions d’images oniriques et des variations de couleurs, de formes et d’opacité. Les collages surréalistes de l’artiste argentine se composent de détails imbriqués et dissimulés, si bien que ses œuvres ne se dévoilent pas au premier regard mais exigent souvent qu’on s’y plonge longuement, comme pour des énigmes à déchiffrer. Ces compositions mystiques et spirituelles, quasi-hallucinatoires, révèlent une nature omniprésente où minéraux et végétaux s’assemblent au moyen de la peinture, de la photographie et de montages numériques.

Hell'O Collective, Untitled, 2016
Hell'O Collective, Untitled, 2016

Influencé par leur pratique du graff, le duo belge composé de Jérôme Meynen et d’Antoine Detaille s’est tourné vers la peinture, le dessin à l’encre et l’installation pour créer Hell’O Collective. L’univers graphique et coloré des deux artistes donne naissance à des compositions surréalistes dans lesquelles les éléments sont tantôt superposés dans un bric-à-brac visuel, tantôt compartimentés sans lien apparent pour les unir. À travers des formes ludiques, des aplats de couleurs et des variations de textures, des petites créatures étranges et des animaux fantastiques rappellent l’univers des contes.

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Un article d’Audrey Couppé de Kermadec