ANNA TOUMAZOFF : « JE ME SUIS TOUJOURS SENTIE FÉMINISTE »

Anna Toumazoff est activiste féministe sur Instagram. Son but ? Vulgariser cette cause, afin de sensibiliser un maximum de personnes. Retour sur son parcours inspirant.

Anna Toumazoff - © @frnck_abr

Le mois dernier, nous avons sorti l’interview vidéo d’Anna Toumazoff. Dans celle-ci, on discute de la place du rire dans le militantisme et de l’importance de vulgariser le féminisme. Et on ne s’en lasse pas. Mais ce jour-là, en face à face, elle s’est aussi livrée sur son parcours et l’origine de son féminisme. Et on ne voulait surtout pas vous faire rater ça. Interview, suite et fin…

 

Aujourd’hui, tu tiens trois comptes sur Instagram : ton compte perso, @memespourcoolkidsfeministes et @cequeveulentlesfemmes. Comment en es-tu arrivée là ? Peux-tu nous raconter ton parcours ? 

J’ai fait le bac interdit, un bac littéraire. Après, j’ai fait une licence de droit, puis je suis partie dans ce que j’avais vraiment envie de faire depuis longtemps : les sciences politiques. Mais au lieu d’étudier toutes les théories – parce que comme c’est toujours le cas aujourd’hui, ça me gavait un peu – j’ai étudié la gouvernance des relations internationales. Du coup, j’ai vu ce qu’il se passait, comment changer les opinions et changer les choses depuis l’intérieur. Et j’ai trouvé ça super intéressant. Par la suite, je suis partie à Bruxelles faire un stage au Lobby Européen des Femmes et ça m’a grave intéressée. Je suis restée à Bruxelles, parce que c’était une ville qui me plaisait. Et de là-bas, il y a un peu moins de deux ans, j’ai lancé mes pages Instagram @memespourcoolkidsfeministes et @cequeveulentlesfemmes.

 

Le féminisme, ça a toujours fait partie de toi ? Comment et pour quelles raisons es-tu devenue militante ?

Je ne sais même plus à quel moment je suis devenue militante. Je me suis toujours sentie féministe, en fait. J’ai toujours été très proche de mes grands-mères… Il y en a une qui est très soixante-huitarde, toujours très revendicative, et l’autre qui met plus de temps à comprendre pourquoi on fait ça. Mais tout, même au cœur de sa vie à elle, me rappelle pourquoi on est féministes et pourquoi on se bat. Donc, je pense que tout ça, ça m’a pas mal influencé.

Ensuite, comme pas mal de gens·tes, j’ai commencé à en parler sur les réseaux sociaux… Puis, j’ai monté une association avec d’autres filles de SciencePo Toulouse. C’était juste avant #BalanceTonPorc et #MeToo. Et après mon stage au Lobby Européen des Femmes, j’ai continué ce que je faisais en ligne et je me suis finalement dit : « Vas-y, monte ton truc. Ça peut être intéressant. » J’ai eu envie de sortir une voix hyper cool et pas du tout sérieuse, pour justement intéresser les gens·tes à ça… Un peu comme tu le ferais en soirée. Voilà, c’était ça l’idée : parler de féminisme en ligne, comme on en parlerait à un pote de pote en apéro.

 

C’est toi qui as notamment lancé les deux mouvements récents #UberCestOver et #Scienceporcs. Qu’est-ce que ça fait, d’être porte-parole de ce genre de sujets ? 

Il y a un côté stressant à porter des trucs aussi durs. Parce que quand on est dans ce qu’on appelle des séquences médiatiques – et ce n’est pas un truc dont on parle souvent –, où d’un coup on est demandé·e·s par la presse, etc… On a envie d’en faire toujours plus, parce qu’on sait que le sujet va être porté de plus en plus loin, mais tu as toujours peur de dire LA connerie, parce que tu sais aussi que l’opposition attend un peu ton faux pas. Deuxième chose, il y a un côté un peu vertigineux, un peu grisant, où tu te dis : « Okay, là j’ai de la force ». Parce que quand je balance une story, la force de l’audience fait que je peux foutre un bordel sans nom. Et ça, c’est super important. Toute personne activiste a envie de lancer des énormes polémiques qui vont faire changer les choses. Alors, il y a ce côté grisant. Après, il faut faire attention à ce que ça n’aille pas dans un délire égotique.

Troisième chose, il y a quelque chose d’un peu troublant, à mon sens. C’est qu’on se retrouve en tant que personne, seul·e, à incarner des hashtags. Alors que dans ceux-ci, il y a des centaines de milliers de victimes, de personnes survivantes. Bien sûr, tu n’as pas envie de les envoyer dans la lumière, parce que c’est déjà assez difficile pour une personne qui n’a pas toujours vécu directement ce qu’iels racontent… Donc, pour une personne qui a été victime, ça peut rappeler trop de traumatismes et tout. Mais en même temps, pour que les médias s’intéressent à quelque chose, il faut absolument qu’il y ait une jeune fille – et dans les standards, en plus, évidemment – qui viennent incarner ça. Et je trouve ça assez étrange et rageant, finalement, que pour intéresser les médias, il faille autant personnifier les choses.

Anna Toumazoff - © Emma PICQ

À ton sens, pourquoi c’est important d’être féministe, aujourd’hui ?

Ce n’est pas seulement important d’être féministe, c’est capital ! C’est la honte, de ne pas être féministe aujourd’hui. Tu ramènes ça à d’autres luttes, comme la lutte LGBTQIA+ ou anti-raciste… Personne ne va jamais te dire : « Je suis raciste » ou « Je suis homophobe ». Ou en tout cas, iels ne vont jamais le dire directement, parce qu’évidemment il y en a beaucoup. Par contre, les gens·tes peuvent te dire sereinement : « Je suis anti-féministe ». Attend, mais quoi ? T’es en train de nous dire que tu es sexiste, et tu l’admets, en plus ? Moi je pense – et c’est pour ça que je fais ça aussi –, qu’il faut que le mot se diffuse au maximum. Parce que ce n’est pas parce tu as entendu un discours qui ne t’a pas plu que tu n’es pas féministe ! Le féminisme, c’est simplement vouloir que les femmes et les hommes soient égalaux en droit. Dans la théorie, mais aussi dans les faits et en pratique : qu’on soit libre de se déplacer comme on veut, qu’on soit libre de ne pas se faire violer quand on va en soirée, etc. Ça me semble assez compliqué et assez bizarre de ne pas se dire féministe de nos jours.

 

Et si tu pouvais parler à tous·tes ces gens·tes, qui se revendiquent justement « anti-féministes », que leur dirais-tu ?

Je leur dirais d’abord que je les comprends et que je suis derrière iels. Parce que pour certain·e, ne pas vouloir se dire féministe, c’est aussi ne pas vouloir ouvrir les yeux sur une certaine réalité, sur ce qu’on a vécu. Ça peut être un mécanisme de défense. Parce que le jour où tu reconnais la réalité, par exemple la récurrence des agressions sexuelles, tu commences à reconnaître que tu en as surement déjà été victime. Parce que, malheureusement, aujourd’hui tu as de très gros risque d’avoir déjà été victime – voire plusieurs fois.

Deuxième chose, je leur dirais : « Viens, on est ensemble. C’est cool, d’être féministe » Car on sait aussi que certain·e ont peur de paraître moins attrayant·e ou désirable… Troisième chose, parce qu’on ne va tout de même pas être toujours douce : réfléchissez avec vos têtes. Parce qu’il suffit d’un·e pour dire sur Internet : « Moi, je ne suis pas féministe » pour donner une bonne raison aux détracteurs·rices de continuer. Tu vas anéantir le travail de 100 personnes. Tu as le droit de ne pas avoir d’avis, mais ne va pas nous décrédibiliser.

Merci Anna, et à très vite !

Anna Toumazoff - © Emma PICQ

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