ALICE ON THE ROOF : DREAM BIG !

Ne vous fiez pas à son regard d’ange, sa voix douce et ses cheveux teints en rose, Alice Dutoit, 20 ans, n’est plus la petite fille innocente que vous avez découverte dans la saison 3 de The Voice Belgique. Consciente des affres du métier, elle est prête à se battre pour défendre ses idées. Après un EP, porté par le tube estival Easy Come Easy Go, elle sortira son premier album dans quelques mois en France. Une belle surprise ! On découvre plus de profondeur dans les textes, plus de relief dans les arrangements et une jolie fragilité sur les morceaux plus dépouillés. Rencontre avec une jeune artiste au style plus affirmé, bluffante de maturité.

Paulette : Ton premier album sort mi-mars. Tu pars en tournée à partir du mois de février. Qu’est-ce qui t’impressionne le plus ?
Alice : De laisser le disque s’envoler et ne plus m’appartenir. C’est à la fois excitant et émouvant. Ça fait un an que je travaille dessus donc c’est un peu spécial de se dire qu’il va vivre sa vie. Je vais commencer la tournée en Belgique. J’ai fait beaucoup de premières parties, mais là ce sera différent, les gens viendront pour moi. En France, le public ne me connaît pas, donc il va falloir que je me mouille un peu plus pour que les gens accrochent. J’appréhende un peu mais ça peut être que chouette.

Comment as-tu évolué depuis ton passage dans The Voice ?
Enormément. A The Voice, j’étais une petite brebis égarée et la prod a amplifié mon côté petite fille sage, un peu naïve. Au sortir de cette émission, j’avais envie qu’on me prenne au sérieux donc j’ai pris une autre direction musicale et j’ai fait ce que moi j’avais envie de faire. Je suis fan des groupes scandinaves, donc j’avais envie de retrouver ce côté aérien dans mon album. Et puis au niveau des textes, j’ai exercé ma plume. Maintenant, je trouve plus facilement les mots pour m’exprimer parce que je me connais mieux. La chanson On The Roof est celle qui me parle le plus. Je me livre davantage et je partage un peu de cette fragilité à laquelle je tiens vraiment. Je trouve plus intéressant de se pencher sur ses imperfections que de se présenter comme une machine !

Que cherches-tu à exprimer dans tes chansons ?
Dans la vie, je suis plutôt quelqu’un de positif. Mais à la moitié de la réalisation de l’album, je me suis rendu compte que toutes mes chansons étaient assez nostalgiques, mélancoliques. Je me suis demandé pourquoi ? Quand j’étais ado, j’étais très introverti, j’avais envie de faire plaisir à tout le monde et je me suis fort laissé marcher sur les pieds. C’est ces frustrations, ces petites blessures qui avaient besoin d’être exprimées et qui sont sorties via la musique. Mais j’avais aussi envie de mettre un peu de lumière dans l’album, donc il y a des titres qui sont là pour vous faire danser.

A 17 ans, tu décides de recommencer ta dernière année de lycée dans l’Oregon. C’est LE point de départ de ce projet. Raconte-nous ?
C’était l’expérience de ma vie. En sortant du lycée, je ne savais pas quoi faire alors j’ai décidé de partir en Amérique en Erasmus et on m’a envoyé en Oregon. Je suis restée dans une famille d’accueil pendant un an. Partir loin de sa famille, ce n’est pas évident alors on se solidifie, on se fait une carapace. J’avais un cours de chorale pendant une heure chaque jour. De 5 à 17 ans, j’avais déjà fait cette expérience, mais là c’était différent. Y avait un esprit d’équipe énorme, comme pour une équipe de basket. Petit à petit, j’ai fait des solos et j’ai pris conscience de ma profonde envie de chanter – ils pensaient que j’étais déjà une star en Belgique (sourire). C’est aussi là-bas que j’ai trouvé mon nom de scène. C’était le surnom que m’avait donné ma famille. Comme j’aimais vraiment la personne que j’étais en Amérique, ça avait un côté rassurant de conserver ce nom.

Qu’as-tu appris sur toi-même ?
Ils m’ont vraiment refilé ce côté « positive attitude ». Aux Etats-Unis, les gens sont super confiants dans tout ce qu’ils entreprennent, ils dégagent beaucoup d’assurance, alors que chez nous, on est beaucoup plus pudiques. En Amérique, si tu apprends à jouer du piano, tu seras capable de faire un concert deux semaines plus tard. Nous, on oserait pas. Après, ils sont souvent positifs à l’excès et ça cache quelque chose mais ça n’empêche qu’ils ont de l’énergie à revendre. Je suis rentrée avec cette philosophie : Tu n’as qu’une vie alors profite ! Mets-toi en danger et sors de ta zone de confort, c’est comme ça qu’on évolue et qu’on grandit. Je l’ai fait via la musique.

« Mets-toi en danger et sors de ta zone de confort »

Eliminée en demi-finale de The Voice, l’un des jurés, Suarez (qui n’était pas ton coach), te prend sous son aile et décide de produire ton album sur son tout jeune label.
Accepter si tôt une proposition, au sortir d’un télé-crochet, peut s’avérer dangereux. Comment as-tu pris la décision de travailler avec lui ?

Je le sentais bien alors j’ai foncé. Avant mon élimination, il m’a donné son numéro de téléphone comme s’il le sentait. C’était une porte ouverte, une invitation, je ne pouvais pas refuser. Et puis on vient de la même région et on est allés dans la même école secondaire, ça a dû jouer. Tout s’est fait très rapidement, sans réfléchir, et il est sorti ça. On forme une bonne équipe !

N’avais-tu pas peur du formatage ?
A 18 ans, je n’avais pas conscience de ça. Maintenant, je le suis. Je regarde la télé différemment. Je suis arrivée innocente et pure, sans trop comprendre ce qui m’arrivait. Mais c’est vrai qu’il faut faire très attention. Souvent dans ce genre de programmes, ce n’est pas évident pour le gagnant de réussir par la suite. Tout doit aller très vite, il faut sortir un single, un album, la personne n’a pas le temps de se développer un univers et ça se ressent. Quand on participe à ce genre d’émission, il faut déjà avoir en tête une direction musicale, sinon on peut vite se laisser manipuler.

Suarez met en musique tes textes, avec son complice Dada. Comment s’est passée cette collaboration ?
On a commencé par faire une reprise du groupe belge Oscar & The Wolf (Princes, ndlr). C’était une sorte de test et ça a super bien fonctionné. Le matin, on arrive à 8h au studio, chacun avec une bribe d’idées : mélodie, refrain, son, rythme, et pour moi une thématique à explorer. Et ensuite, tout se fait en même temps, le texte et la musique. Ils ont eu l’intelligence de me faire participer à la partie compos, parce qu’il savait que je porterais mieux la chanson si je me l’appropriais. De mon côté, je pars souvent de la sonorité d’un mot et je vois ce que ça m’inspire. A ce moment-là, je suis à fleur de peau, je me replonge dans mes émotions, mes expériences. C’est assez personnel au fond, même si j’essaie de rester assez abstraite pour laisser à l’auditeur la liberté d’interprétation.

C’est toi qui décide de faire appel au producteur-mixeur de London Grammar, Tim Bran. Gonflé ! Qu’est-ce qui t’a conduite vers lui ?
C’était un gros coup de culot. Je suis fan de London Grammar, donc j’ai cherché à savoir avec qui ils avaient travaillé. J’ai trouvé son adresse mail sur Internet et ça a marché. Je trouve que dans tous les sons qu’il produit, on retrouve sa patte. Il utilise beaucoup de claviers analogiques et rejoue plusieurs parties de la chanson pour apporter une autre dynamique. Il a donné aux chansons qui auraient pu être très pop un côté plus sophistiqué dont avait besoin cet album.

« Je suis un peu bipolaire, j’ai ce côté fonceur et en même temps, je suis timide »

On pourrait croire que ce qui t’arrive est un joli conte de fées, mais je crois surtout que tu as su faire les bons choix depuis toute jeune. Qu’est-ce qui a forgé ton caractère ?
J’ai du mal à l’expliquer. Je suis un peu bipolaire. J’ai ce côté fonceur. Et en même temps, je suis assez timide, je me demande ce qu’on pense de moi. Je dois toujours jongler avec les deux et ce n’est pas toujours évident. Sur scène, je ne suis pas Beyoncé, j’ai un côté très maladroit, qu’on me fait souvent remarquer d’ailleurs et ça m’emmerde (rires)… mais ça fait partie de moi. En Belgique, pour mes premiers concerts, j’ai eu la chance de faire de très belles scènes, mais c’était très vite très gros. Je n’assumais pas avec mes frêles épaules, mais à partir du moment où tu es en représentation publique, il faut réussir d’une manière ou d’une autre à te dépasser.

Comment as-tu pris sur toi ?
Avec l’expérience, en prenant du recul, en tenant compte du retour de mes équipes. Ce que je fais aussi et qui m’aide énormément, dans les moments de doute, c’est d’imaginer ce que feraient mes chanteuses préférés à ma place. Ça m’aide à prendre des décisions. Donc j’ai trois chanteuses modèles : les chanteuses norvégienne Aurora et Emilie Nicolas, et la Danoise Oh Land. Aujourd’hui, chanter fait partie de ma zone de conforts, parce que je chante toujours les mêmes chansons ; c’est une routine rassurante. Du coup, je vais essayer de danser ! (rires)

Tu chantes en anglais, mais ce n’est pas ta langue maternelle. Qu’est-ce que tu ne pouvais pas exprimer dans une autre langue ?
Feel Tonight par exemple est une chanson très sensuelle. Si elle était écrite en français, je n’oserais jamais la chanter. Mais comme elle est en anglais, c’est comme si j’ajoutais un voile, une distance et donc je m’affirme plus. C’est un peu comme un déguisement.

Tu es très lucide, consciente de la difficulté de ce métier, le succès qui peut parfois être éphémère. C’est pour cette raison que tu poursuis tes études pour devenir institutrice ?
Je le vis vraiment comme un énorme paquet bonus. Et je dois le dire, je me prends au jeu évidemment. Plus je fais des scènes, plus j’ai envie d’en faire, plus j’adore ça. J’ai vite fait le tour de la Belgique donc j’ai envie d’aller ailleurs. J’ai beaucoup de chance d’avoir l’entourage qui faut pour garder mes repères. Je vis ça avec assez de recul et je prends le bon. Je continue mes études parce que j’adore, et ça me permet de garder un pied dans la vie normale !

Une dédicace aux Paulette ?
Si vous avez un coup de blues, regardez Les Demoiselles de Rochefort (écrit et réalisé par Jacques Demy, 1967, ndlr), ça donne du peps !

ALICE ON THE ROOF :: Higher
Jive Epic/Sony Music
Sortie le 18 mars 2016

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Concerts :
17 février : Reflektor, Liège (Belgique)
19 février : La Ferme du Biereau, Louvain La Neuve (Belgique)
20 février : Salle Saint-Ursmer, Binche (Belgique)

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