ALB, DE LA MUSIQUE À L’IMAGE


Photos d’Elodie Daguin pour Paulette Magazine

Clément Daquin vit dans le monde parallèle de la French Touch. Dans son studio de musique à Amour-Les-Bains, il conçoit des objets sonores et visuels lo-fi grâce à des machines à tubes vintage. Yuksek l’a embarqué sur sa dernière tournée internationale. The Shoes ont fait les choeurs sur son titre-phare Golden Chains qui a été utilisé en synchro d’une publicité automobile en 2012. Une de ses chansons fait partie de la BO du film 20 ans d’écart et cette année, pour la sortie de son EP, c’est Alex Gopher et Jean-Benoît Dunckel (Air, Tomorrow’s World, Darkel) qui se sont attaqués à Whispers Under the Moonlight et Golden Chains. L’album de ALB sortira fin mars 2014. On peut déjà vous dire confier une chose : « Champagne ! »

 
Paulette : Raconte-nous ton parcours.
ALB : J’ai passé un Bac Arts appliqués, puis fait les Beaux-Arts de Reims. Je faisais de la musique depuis mon adolescence, mais c’est seulement en 2004 que j’ai quitté mon job de designer, avec l’aval mon patron, pour monter ALB. J’ai eu plusieurs groupes en même temps, dont Klanguage avec Yuksek.


Qu’est-ce que les Beaux-Arts t’ont apporté ?
Une réflexion sur l’objet. Je ne sais pas si c’est vraiment lié aux Beaux-Arts ou si j’ai toujours aimé les pochettes un peu chiadées, avec quelque chose qui va plus loin que la musique qu’elles contiennent.

Ce côté anti scolaire des Beaux-Arts. Tu te retrouves face à toi-même, tu as des cours qui ne sont pas vraiment des cours, des profs qui sont pas vraiment des profs mais des designers. Quand tu sors du lycée, ce rapport est déstabilisant. Je déteste le mot ‘concept’, mais c’est cette manière d’aller plus loin que ce que tu as à proposer, ce côté jusqu’au-boutiste, un peu.
 
Que préfères-tu dans ton travail de musicien ?
J’ai adoré tourner avec Yuksek. Je l’avais déjà fait avec Kim, mais dans une proportion différente. C’est un autre rôle. Tu es au service de morceaux qui ne sont pas les tiens. Du coup, sur scène, tu es un peu en retrait, tu as moins de pression ; c’est vachement agréable.  Après, quelle que soit ma position, c’est un tout. Le live n’est pas juste une formalité : après avoir sorti un album, il faut faire quelques concerts. Mes morceaux sont faits pour être joués devant un public.
 
Le morceau se construit sous tes mains,
c’est quelque chose d’assez gratifiant quand tu travailles tout seul.
 
Tu fais partie de la scène underground française. Qu’est-ce qui a changé depuis 2007 et la sortie de ton premier album Mange-disque ?
La scène rémoise est devenue une scène rémoise, ce qui n’était pas le cas avant. J’ai fait partie des pionniers. (rires) C’est dû au hasard et aux rencontres. Cela peut s’expliquer par l’ennui, le peu de choses à faire, qui poussent à monter son propre truc. A l’époque, à Reims, il n’y avait pas de salle de concert. L’Usine, une petite salle de concerts de 600 places, avait fermé en 2001. Toute une scène s’est retrouvée sans endroit pour se produire, sans vie musicale, et ça a commencé à jouer dans les bars. D’un coup, vers 2005, il y a eu la Cartonnerie, des studios de répétition et des salles pour faire des résidences sont apparus. Et les quelques groupes qui étaient assez motivés et avaient déjà pris pas mal d’initiatives ont trouvé des conditions de travail plus professionnelles. On n’est pas une bande de potes qui se sont dit : on va tous monter des projets !

 
Que préfères-tu dans le vintage ?
L’âme : il se passe quelque chose dans les machines, elles ont un côté humain. Même quand je ne me sers pas de toutes mes machines dans le studio, je les allume quand même. J’adore voir toutes les petites loupiotes qui clignotent. Je suis dans un entre-deux générationnel, où j’aime ce qui est vintage, et en même temps les ordinateurs, je trouve ça cool.
 
Le choix d’utiliser des claviers et boîte à rythme analogiques n’a pas été fait par hasard. Tu voulais produire un son ‘80s/’90s par nostalgie ?
Ma référence, c’est tout ce qui s’est passé entre 1968 et 1984. Je choisis définitivement des sons par nostalgie. J’aime tel son de guitare ou de synthé parce qu’il me rappelle, par exemple, la série Le Tour du monde en quatre-vingts jours, que je regardais quand j’avais 8 ans. Chaque son est choisi pour sa connotation émotionnelle et est référencé dans une idée de ce que je veux qu’il évoque : une flûte à bec, ça rappelle le primaire, etc.
 
Te laisses-tu influencer par les musiciens contemporains ?
J’écoute plus de musique électronique que de pop. Ma marotte c’est l’italo disco plutôt que la proto-house. Je suis inspiré par plus la production que le style de musique. Ça m’étonnerait qu’on me dise que je fais une musique à la mode.
 

 
Est-ce que la musique est un job rentable ?
Quand tu es pluridisciplinaire, il y a plusieurs façons de gagner ta vie. En faisant de la musique à l’image ou en multipliant les groupes dans lesquels tu joues. Rares sont ceux qui arrivent à vivre de leurs projets originels uniquement, c’est-à-dire en sortant la musique et en faisant des concerts associés à l’album que tu as sorti.
Ça passe toujours mieux avec une synchro, un plan commercial rémunéré tant, qui va payer les 5 dates qui ne sont pas rentables. Je n’ai aucun problème avec ça, tant que je donne mon accord. On ne vend plus de disques, c’est fini.
 
Tu partages ta cave studio avec Yuksek. Comment se passe la coloc ?
On ne se voit plus beaucoup depuis la tournée. Il est reparti pour le grand chelem de tout ce qu’on s’était fait pendant 2 ans, mais tout seul, pour des DJ sets… On se croise au studio, on s’entend bien, on collabore bien ; ça fait à peu près 10 ans qu’on se connaît et qu’on partage cette passion du synthétiseur vintage. On fait la compét’ de la collec’. On se parle beaucoup avec les instruments. C’est quelqu’un d’assez réservé. Mais dès qu’on est ensemble dans le studio et qu’il y a des machines allumées, on communique. C’est cool.

 
Ton meilleur souvenir de concert ?
C’était en Australie, au Festival Splendour In The Grass, à Byron Bay. Ni Pierre (-Alexandre Busson, aka Yuksek, ndlr) ni moi nous attendions à ce qu’il soit aussi connu en Australie. C’était vers la fin de la tournée, il ne restait plus que 4 dates sur une centaine. C’était le moment où j’arrêtais d’aller voir la scène avant d’y rentrer tout seul en premier l’heure du concert venue, vu qu’on avait des roadies pour installer le matos. On ne savait pas que c’était sur la grosse scène. On s’est retrouvé devant 15 – 20 000 personnes au taquet qui chantaient les refrains de toutes les chansons de Yuksek, ce qui est très peu arrivé en 2 ans de tournée, mis à part sur « On a Train » et « Tonight ». Après, on est bien resté un quart d’heure derrière la scène tous les 3 en se demandant si ça allait, si on avait bien joué, si on réalisait le truc. C’était un grand moment.
 
ALB
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Twitter > @alb_music
Pour voir Whispers, son tout nouveau clip interactif, ça se passe par ici > www.albwhispers.com
 

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