12 MAMANS NOUS DÉCRIVENT LE PREMIER MOMENT OÙ ELLES SE SONT SENTIES « MÈRES »

Pendant la grossesse, à l'accouchement, après la naissance, lors des premières interactions : douze femmes nous confient ces instants qui leur ont fait prendre conscience de leur tout nouveau rôle.

La maternité est aussi complexe et plurielle, qu’épanouissante et éprouvante. Pour tenter de décrire les sentiments multiples qui y sont associés, on a demandé à une dizaine de femmes de nous parler de ce moment (ou pour certaines, des moments) où le terme « mère » a pris un sens tout particulier. Parfois une construction, parfois une révélation, parfois un émerveillement, parfois l’impression d’être envahie par la peur ou de découvrir l’ampleur d’une responsabilité bouleversante : autant de récits authentiques qui, en cette fête des mères, célèbrent des sensations comparables à aucune autre.

© Unsplash - Bruno Nascimento

Sarah, 30 ans, 1 enfant : "C’est un amour inexplicable"

Je ne me suis pas sentie mère pendant la grossesse. Lors de l’accouchement, j’étais émue, c’était un grand moment, mais j’attendais plus d’émotion. Là où je pense que j’ai ressenti que j’étais maman, et que je le ressens à chaque fois, c’est quand je vois d’autres enfants souffrir. 

C’est un peu étrange, mais que ce soit dans un film, dans un livre ou à la télé, dès qu’il s’agit d’enfants, de bébés qui souffrent, je me dis : « ça peut être ma fille ». Et là, je ressens un amour extrêmement fort. Le sentiment de devoir absolument la protéger, de devoir tout faire pour elle. C’est toujours difficile de voir un enfant souffrir, mais depuis que je suis mère, c’est devenu insupportable. Même dans une fiction, je ne peux pas, je pense directement à ma fille et je me dis que je dois tout faire pour que ça ne lui arrive jamais. C’est un amour inexplicable, je donnerais ma vie pour elle. 

L’autre chose, c’est quand elle va me choisir, moi. Elle passe plus de temps avec sa grand-mère qu’avec moi, car elle la garde quand je travaille. Avec ma sœur, aussi. Seulement, quand elle n’est pas bien, c’est sa maman qu’elle veut. Et quand elle se calme dans mes bras rien qu’à moi, c’est magique. C’est indescriptible comme sentiment. Elle sait que je suis sa maman, c’est dans les gènes, elle sait que c’est son petit coeur à elle et mon petit coeur à moi. Et elle est tout pour moi.

Christelle, 36 ans, 2 enfants : "J’ai eu un trop-plein d’émotions"

Pour mon fils qui a 4 ans et demi aujourd’hui, je me suis sentie mère quand mon ventre a commencé à s’arrondir, que je le voyais de semaine en semaine. Quand j’ai commencé à sentir mon bébé bouger. Je me suis dit : « là, il va falloir tout donner, tu vas être maman, t’es maman ». Ensuite, c’est quand je l’ai vu pour la première fois, quand on me l’a mis dans les bras après avoir eu une césarienne d’urgence – qui s’est très bien passée. J’ai eu un trop-plein d’émotions. Je me suis dit : « il est là et je suis sa maman pour la vie ». J’étais aux anges et en même temps, sous le choc de ce que je venais de vivre.

Angie, 30 ans, 1 enfant : "J’ai commencé à lui parler et elle s’est arrêtée de pleurer"

Je ne me sentais pas du tout « maman » enceinte. Je pense que je ne me rendais pas compte de ce qui se passait. J’ai eu une grossesse très facile donc c’était assez facile aussi de ne pas y penser. C’est plutôt au moment de la délivrance que le mot a pris son sens. J’ai eu du mal à la sortir, donc on a dû me faire une césarienne. Quand elle est née, je l’ai entendue pleurer, alors ils l’ont posée à côté de ma tête. J’ai commencé à lui parler et elle s’est arrêtée de pleurer. Et je me suis dit : « ouh la ! elle reconnait ma voix, je suis vraiment sa maman, c’est parti ». Et c’est soudainement devenu assez évident que j’étais responsable de ce petit être.

Binta, 28 ans, 1 enfant : "J’en ai rêvé, il est là, mais qu’est-ce que j’ai peur"

Il y a plusieurs moments mais celui qui m’a marquée le plus c’est lorsque je suis rentrée à la maison après 3 jours à la maternité. J’étais sur mon canapé et je regardais ce petit être à qui je venais de donner la vie. J’avais cette sensation de plénitude, et je me disais : c’est ce petit être qui est là, qui bouge, qui est dépendant de moi. [Être maman], c’est ressentir tout cet amour, toute cette plénitude.

Et puis, dix secondes après, j’étais complètement prise d’un sentiment jusqu’ici inconnu. La responsabilité s’est transformée en angoisse. Je me suis dit : j’en ai rêvé, il est là, mais qu’est-ce que j’ai peur. Qu’est-ce que j’ai peur de ce nouveau rôle. Est-ce que je serai à la hauteur ? Qu’est-ce que j’ai peur de ne pas réussir à lui donner tout ce que je rêve de lui donner, de mal faire, et surtout, qu’il lui arrive quoi que ce soit. Avant, quand j’avais peur de quelque chose, c’était par rapport à moi, à mon conjoint, à ma famille. Mais un enfant à qui on a donné la vie, ce n’est plus la même angoisse. On est prête à lui donner le monde, et prête à lui donner sa propre vie. 

© Unsplash - Larry Crayton

Clémentine, 30 ans, 2 enfants : "La première fois où j’ai projeté mon enfant dans l’avenir"

Ça a été une découverte un petit peu tardive. Pour ma fille, il s’agissait d’une grossesse surprise. J’étais à un mois de mon mariage, je ne me rendais pas trop compte de tout ça. Le jour de la cérémonie, on l’a annoncé à toute la famille, donc c’est devenu plus concret. Puis, au fur et à mesure que le ventre est sorti, j’ai pris conscience du rôle de maman. Est ensuite venu le moment où j’ai senti le bébé bouger, où j’ai écouté ses sollicitations. Ce sont les premières vraies actions de mamans, où l’on prend soin de soi pour prendre soin de son enfant. 

Malgré tout, toute la dimension du mot « mère » est arrivée avec l’accouchement, quand on a posé ma fille sur mon torse, pour faire du peau à peau. Ma première pensée a été de me dire que si un jour ma fille voulait un enfant, je pourrais partager avec elle mon expérience. Lui dire que l’accouchement peut aussi être merveilleux, comme celui que j’ai vécu, que ce n’est pas qu’un moment de douleur. Je me suis dit que j’espérais qu’elle pourrait vivre ça si elle le souhaitait. Et c’est la première fois où j’ai projeté mon enfant dans l’avenir. 

Jusqu’ici, j’imaginais surtout la première rencontre, et quand je l’ai eue, que j’ai vu que c’était une fille, je me suis dit qu’on vivrait peut-être des expériences similaires et que je pourrais partager ça. C’est à ce moment-là que la dimension du mot « maman », et tout ce que ça implique, est venue.

Lorelei, 36 ans, 1 enfant : "Une construction en corrélation avec le sentiment de responsabilité"

Pour moi, le fait de devenir mère s’est traduit par une évolution tout au long de la grossesse et dans les premiers moments après la naissance, et non pas par un moment-clé. La notion de maternité s’est construite au fur et à mesure, comme un chemin, et a aussi été beaucoup en corrélation avec le sentiment de responsabilité. 

Pour étayer un peu, dans les premiers temps d’une grossesse, il y a tous les dépistages habituels, et assez vite, il y a cette responsabilité de savoir ce que tu manges, comment tu prends soin de ton bébé en prenant soin de toi-même. De mon côté, j’ai eu d’autres dépistages d’une maladie orpheline que mes frères avaient, et ce sont des moments où tu te sens responsable, encore une fois, de ce que tu peux transmettre. 

Dans les instants après l’accouchement, je me suis dit que je venais de lui donner la vie, mais qu’en même temps, je venais de lui donner la mort. Car dans la vie, il va surement souffrir, parce que c’est comme ça, et j’en suis responsable car égoïstement, je voulais un enfant. Bien sûr, quand il est né, mon bébé était le plus beau (rires) mais ce n’était pas le plus beau jour de ma vie. Pourtant, j’ai toujours entendu dire que ce serait le cas. Alors que c’est un jour où l’on est éprouvée par tout un tas de choses. La fatigue, la douleur. C’est très sacralisé, très idéalisé et je pense que certaines peuvent se sentir déçues au moment de la rencontre, de ne pas éprouver ce coup de foudre.

Je dirais que moi, c’était plutôt une découverte qu’un coup de foudre. Pas de « love at first sight », mais tout un tas de moments différents qui s’ajoutent. Il est là, j’apprends à le connaître, à le découvrir. La première nuit aussi est un moment très clé. Quand arrive le soir et que le papa, le co-parent s’en va, t’es face à ton bébé, c’est à toi de comprendre pourquoi il pleure, comment prendre soin de lui. En fait, c’est parce qu’on l’aime et qu’on s’en sent responsable, qu’on s’en occupe de ce bébé. Devenir maman, c’est une construction, et je me dis que ce n’est pas pour rien qu’on porte l’enfant 8 à 9 mois : cela permet de s’attacher. 

© Unsplash - Jenna Norman

Annabelle, 33 ans, 1 enfant : "Je n’ai pas eu de conte de fées"

Quand j’ai accouché, alors que j’étais en pleine poussée, le gynéco m’a dit « j’ai quelque chose pour vous ! » Je me suis demandé de quoi il parlait et il m’a mis un bébé sur la poitrine, et j’étais tout à fait étonnée. C’est quand même violent comme transition : d’une seconde à l’autre, on est femme enceinte, et d’un coup, on devient maman. Il est en vie, moi aussi et par la même occasion, je crée un papa. C’était très surprenant pour moi, mais ça ne m’a pas du tout fait réaliser ce qu’il se passait. 

J’ai l’impression qu’on raconte toujours des histoires de conte de fées sur la naissance, et moi je ne suis pas une fée : je n’ai pas eu cette histoire. Je ne l’ai pas aimé tout de suite. C’était un petit quelqu’un, un petit bout de moi que je voulais absolument protéger, mais je n’ai pas eu cette folie hormonale qui fait qu’on le trouve incroyable. J’étais fascinée par ce bébé, j’avais de l’affection car j’avais envie d’en prendre soin, mais je n’avais pas d’amour. Et ça, je n’y étais pas préparée. Mais les premiers mois on a mal, donc on ne s’épanche pas sur ses sentiments pendant des heures. 

Ensuite, il est rentré dans notre vie et il est devenu le centre de toutes les préoccupations : on veut qu’il soit en bonne santé, qu’il se développe comme il faut. J’ai eu ce sentiment très fort de devoir le protéger, de devoir en prendre soin, et de n’absolument pas supporter qu’il soit dans un inconfort ou dans une douleur. Quand il pleurait, je pleurais, je ne voulais pas qu’il ait même un frisson, je voulais qu’il soit toujours au mieux. On a partagé plein d’étapes de sa vie, au quotidien. Un jour, il se retourne sur le ventre, il fait des sourires, des éclats de rire, il attrape des objets, il commence à ramper. Et assister à ces moments et à cet émerveillement, c’est ce qui m’a sûrement rendue parent. C’est ce qui construit beaucoup la relation. 

Ça nous rappelle aussi cette naïveté face au monde, à la fois fragile et flippante. Ça nous fait revivre notre propre histoire. Je pense que c’est ça, le regard qu’un parent, qu’une mère, porte sur son enfant. D’espérer qu’il garde cette naïveté face au monde, et s’arme aussi pour se construire avec bonheur. On va découvrir un bébé, un être, qui est une partie de soi, qui est aussi une partie du monde, on va revivre ce qu’est la vie. Je crois que c’est ce qui fait que c’est assez fou, comme expérience, et assez violent d’une seconde à l’autre. Et qu’on se découvre maman.

Josépha, 27 ans, 1 enfant : "Je savais que c’étaient les pleurs de mon bébé" 

Le moment où le mot mère a pris un sens pour moi c’est le lendemain de mon accouchement. Ma fille était en soins intensifs dans un autre service que le mien et lorsque je suis allée la voir j’ai dû sonner à un interphone et m’annoncer. J’ai prononcé pour la première fois les mots « Bonjour, c’est la maman de Paloma » et c’est à ce moment-là que j’ai réalisé. Je l’ai entendue pleurer en marchant dans le couloir pour aller à sa chambre et je savais que c’étaient les pleurs de mon bébé. J’ai compris ce même jour que j’étais devenue une mère et toute la magie et l’amour fou qu’il y avait autour de ce terme.

Meghann, 33 ans, 2 enfants : "On m’a dit qu’il fallait que je donne tout, et j’ai tout donné"

Je me suis sentie maman dès sa naissance quand j’ai eu mon fils dans mes bras, que ses yeux se sont plongés dans les miens, que j’ai touché ses petites mains et qu’il était en bonne santé. Même peut-être avant, pendant l’accouchement, car il a eu de la bradycardie (une maladie qui se caractérise par un rythme cardiaque trop lent, ndlr) et on m’a dit que c’était maintenant, qu’il fallait que je donne tout et j’ai tout donné pour lui.

J’ai toujours voulu avoir un enfant et je m’en sentais prête depuis un moment, même si le jour où c’est devenu concret et qu’on s’est dit « allez, on se lance », j’ai fait une petite crise d’ado et j’ai pris peur. Mais le mot « mère » a pris tout son sens lors de ses premiers maux. Arthur avait des coliques énormes et je m’inquiétais, j’étais soucieuse de le soulager – et là, je me suis dit que toutes mes angoisses d’avant étaient tellement dérisoires vis à vis de ce petit être, que je mettrai tout en œuvre pour son bien être, pour que son sourire soit éternel et ce, toute ma vie.

© Unsplash - Paul Hanaoka

Kat, 29 ans, 1 enfant : "Quand j’ai enfin pu le câliner"

La première fois que je me suis sentie mère, c’est quand la sage-femme m’a passé mon bébé dans la piscine de naissance et que j’ai enfin pu le câliner (il avait 10 jours de retard, alors je n’en pouvais plus d’attendre). Le suivant, c’est quand je suis allée à son premier rendez-vous à l’hôpital (il avait 2 jours) et que j’ai dû m’enregistrer à la réception en disant « Je suis ici pour le rendez-vous de mon fils ». Ça me fait encore chaud au cœur chaque fois que je dis ça ! « Mon fils ». 

Aurélie, 31 ans, 1 enfant : "Je me suis sentie riche d'amour"

J’ai réalisé que ma fille était hors de moi à sa naissance, mais que j’étais sa mère un peu plus tard. À un mois et demi ! Mademoiselle était déjà bien éveillée et je l’avais emmenée avec moi chez la sage-femme pour ma rééducation du périnée. Si elle n’était pas sur moi, Joy faisait comprendre son mécontentement… J’ai compris en la prenant sur moi, en rigolant et en la câlinant, que j’étais maman, sa maman, celle qui avait le pouvoir de la rassurer, d’être son abris et tout ce qu’il y a de plus rassurant pour elle. En faisant les exercices de rééducation avec elle posée sur moi, je me sentais riche d’amour et responsable de son bonheur.
Un moment intense et que je n’oublierai jamais.

Florence, 61 ans, 3 enfants : "Un vertige et une nouvelle aventure"

Le souvenir le plus marquant, c’est d’abord lorsque ma première fille a été déposée sur mon ventre. Ensuite, c’est un mois après. Tout d’un coup, j’ai réalisé que quelqu’un dépendait de moi, une petite personne. C’était la perte de l’insouciance, ça m’a fait à la fois comme un vertige et en même temps, une nouvelle aventure. On prend conscience qu’on ne peut pas revenir en arrière. C’est également comme si la vie d’avant n’existait plus : je ne pouvais plus imaginer ce que c’était quand mes enfants n’étaient pas là. 

Encore aujourd’hui d’ailleurs, quand il y a un orage, je les appelle toujours pour savoir s’ils sont à l’abri. Quand ils traversent un moment difficile, j’aimerais être à leur place, prendre leur douleur. Il y a quelque chose de l’ordre de l’attachement très fort, je souffre avec eux. Et puis, il y a surtout des joies qu’on ne rencontre nulle part ailleurs, qu’on ne ressent qu’avec ses propres enfants. Je me suis sentie « maman » aux premiers sourires, aux premiers mots, au premier « maman », à la première fois qu’on tend les bras et qu’ils marchent. C’est unique et c’est ça, se sentir mère. Un grand mélange de tout, et beaucoup d’émerveillement.

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