UN CENTRE DÉDIÉ AUX FEMMES ET ENFANTS RÉFUGIÉS DE GRANDE-SYNTHE MENACÉ DE FERMETURE

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Au sein du Women’s Center, des bénévoles distribuent chaque jour des produits destinés aux femmes et aux enfants.

Dans le Nord-Pas-de-Calais, le camp de réfugiés de Grande-Synthe accueille 87 femmes, 112 enfants et 665 hommes. Pour leur venir en aide, depuis l’ouverture du site en mars 2016, des bénévoles de l’association “Utopia 56” animent ce que l’on appelle le Women’s Center. Là, elles écoutent, aident et distribuent des produits dédiés aux réfugiées et leurs enfants. Mais l’association est forcée de bientôt quitter les lieux… Rencontre, au coeur du camp, avec des membres d’Utopia 56 pour mieux comprendre les enjeux.

Au Women’s center, une mère de famille sort de la cabine d’essayage et observe son reflet dans le miroir. “Beautiful !”, lui lance Léa, bénévole suisse de 23 ans. D’abord dubitative, la trentenaire kurde lâche un sourire et embarque le chemisier rose fraîchement essayé. “Elle vient tous les jours pour voir si on a reçu de nouveaux dons”, raconte Léa. Toute la matinée, d’autres réfugiées se rendent au shop du Women’s Center à la recherche de vêtements. Une centaine de femmes et soixante-dix enfants vivent au camp de la Linière de Grande-Synthe (Nord), contre 950 hommes (chiffres Utopia 56).

Le Women’s Center trône au milieu du camp de la Linière depuis l’ouverture de ce dernier en mars 2016. Des bénévoles de l’association Utopia 56 s’y relaient. Certaines sont présentes une semaine, d’autres plusieurs mois. Frances, étudiante anglaise de 21 ans, est chargée du site depuis plus d’un mois. “Je suis inquiète”, confie-t-elle en jetant un œil sur les dons de maquillage. Officiellement, Utopia 56 a quitté le camp le 1er septembre, l’Etat étant responsable du camp et confiant désormais sa gestion à de nouvelles associations. Mais aucune n’a prévu de poursuivre l’action du Women’s Center. “Le centre a besoin d’associatifs prêts à s’engager sur le long terme pour soutenir ces femmes. Nous voulons être certaines que ce lieu perdure.”

> De nombreuses réfugiées sont enceintes et tentent chaque nuit de monter dans des camions pour rejoindre l’Angleterre.

Dans la pièce principale du Women’s Center, les murs sont colorés et de grands draps masquent les plaques en plastique du toit. Maryline, assistante sociale venue de Los Angeles, veille au bien-être des femmes, particulièrement à celui des futures mamans. De nombreuses réfugiées sont enceintes et tentent chaque nuit de monter dans des camions pour rejoindre l’Angleterre. “Les en empêcher n’est pas notre rôle, rappelle Frances. Je leur dis d’être prudentes mais nous sommes avant tout là pour leur apporter un peu de normalité.”

Le Women’s Center plonge les réfugiées et les bénévoles dans une bulle. Un sentiment partagé par Sarah : “C’est seulement quand je sors du centre que je me rappelle où je suis.” La Bretonne boucle son deuxième séjour de bénévole au camp. Avant son départ, elle se démène pour trouver des associations prêtes à poursuivre le Women’s Center ou de nouveaux donateurs. “En ce moment on manque de couches et de lait. Je ne sais pas comment cela va se passer quand on partira.” Tous les après-midis, deux bénévoles tiennent un free shop au sein du centre. Les réfugiées y trouvent de l’alimentation pour leurs enfants et des produits d’hygiène.

Nawel, réfugiée kurde, est une fidèle du Women’s Center. Elle se dirige vers Frances, les deux jeunes femmes se prennent dans les bras. La bénévole réconforte Nawel, cette dernière lui masse les épaules pour la remercier. La jeune Kurde est enceinte de trois mois, son mari est passé en Angleterre et la solitude est pesante. “Elle passe ses journées avec nous”, raconte Sarah. La matinée avance, d’autres femmes entrent dans le centre et attendent l’ouverture du free shop. Les enfants chahutent, dessinent. Ici, les hommes sont interdits, ce qui a pu provoquer des tensions comme le rapporte Sarah. “Des époux se demandaient ce que les femmes faisaient. Mais maintenant, quand un mari veut voir sa femme, il attend devant la porte et crie son prénom.”

Sarah a le sens du contact. Elle traverse le camp, des réfugiés lui proposent un thé ou une cigarette. Les femmes sont moins nombreuses et visibles que les hommes. Le Women’s Center leur permet de faire des choses se rapprochant d’une réalité : se coiffer, se maquiller, cuisiner mais aussi se soutenir. “Ce sont des moments forts”, confie Frances. Dans ce cocon, certaines se livrent sur leur vie d’avant. “Des réfugiées montrent des photos d’elles prisent un an plus tôt, pour prouver qu’elles portaient de jolies robes et se maquillaient.” Les mois d’exil et de fuite ont marqué les corps et les visages. “Mais elles doivent pouvoir posséder un lieu leur permettant de conserver une certaine dignité et un respect d’elle-même. C’est ce qui les maintient.”


Si vous souhaitez vous engager comme bénévole au sein du camp de La Linière de Grande-Synthe, contactez Sarah par mail : sarah.benabou@hotmail.fr.
Utopia 56 recherche également des bénévoles de tout profil pour l'association. Renseignements : www.utopia56.com


 




Sarah, bénévole Bretonne termine son deuxième séjour au camp de la Linière. Elle se démène pour qu’une association poursuive l’action du Women’s Center après le départ d’Utopia 56.  La mairie de Grande-Synthe travaille actuellement sur la mise en place d'une plateforme sur son site internet. Elle permettra aux particulier de s'inscrire et s'investir comme bénévole sur le camp.



Léa, bénévole venue de Suisse, trie les dons de vêtements destinés aux enfants et aux femmes.



Frances, bénévole anglaise est présente sur le camp depuis plusieurs semaines. Les réfugiées la connaissant bien. 




Maryline est assistante sociale à Los Angeles. Avec son mari, ils ont décidé de passer plusieurs jours au sein de camp.



 



Le camp de réfugiés de Grande-Synthe a été fondé par les associations Médecins Sans frontières et Utopia 56 en mars 2016.




 

Scène de vie au cœur du camp. Des enfants jouent et un père, réfugié kurde, apprend à son fils à faire du vélo sans les petites roues.


Dans le Women’s Center, les femmes patientent avant l’ouverture quotidienne du shop. Elles y récupèrent des couches, du lait pour bébé et des produits d’hygiène qu’elles ne trouvent pas ailleurs sur le camp.

> Par Amélie Laroze

 
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