TIN-TIN : “ON EST TATOUEUR, PAS PSY !”



Tin-Tin aime les femmes et les jolies voitures. Il a même un chien, mais pas un fox-terrier... Avec ses 30 ans de carrière, c’est un peu LA légende du tatouage. C’est aussi le président du S.N.A.T (Syndicat National des Artistes Tatoueurs), le conseiller artistique de l’expo “Tatoueurs Tatoués” au Musée du Quai Branly et l’organisateur du Mondial du Tatouage, rien que (tout) ça. Une envie de tatoo ? Soyez patient, l’artiste est booké 6 mois voire 1 an à l’avance, et puis il lui arrive de refuser. Julien Doré, Jean-Paul Gaultier ou Joey Starr sont même déjà passés sous son aiguille. Rencontre en toute simplicité avec un personnage, un blagueur et surtout, un Georges au grand cœur.
 
Paulette : Vous avez fait votre premier tatouage à 16 ans, qu'est-ce qui vous a donné envie de sauter le pas ?
Tin-tin : C’est quelque chose qu’on a d'encrer en nous, c’est dans nos gènes, dans notre mémoire reptilienne ! Ça existe depuis la nuit des temps, et ça touche toutes les civilisations, toutes les cultures, tous les êtres humains possibles. C’est un besoin primaire de marquer son corps, comme les décorations corporelles,  les maquillages, les peintures de guerre... Le tatouage c’est la même chose, sauf que c’est indélébile. Il y a tellement de raisons de se faire tatouer que la mienne n’est pas très importante, c’était juste naturel.
 
Et pourquoi vous être ensuite lancé là-dedans, vous étiez prédestiné ?
C’est ce que m’ont dit certains tatoueurs, après j’ai assez de mal à avoir du recul sur ma propre carrière. Je serais bien prétentieux de dire “je suis ci, je suis ça”, c’est dur de s’analyser. Et puis, je ne me suis jamais posé la question. Ça m’a toujours fasciné, dès que je voyais une machine j’avais envie de la prendre et de m’occuper de son sort ! Je savais même que je ferais ça toute ma vie, ça fait 31 ans maintenant.
 
Beaucoup disent que vous êtes le meilleur. Mais dans ce cas-là, qui vous a tatoué ? Vous pensez que la relève est assurée ?
Le meilleur, ça ne veut pas dire grand chose. C’est comme si on parlait du meilleur peintre, Renoir, Van Gogh ou Monet ? Donc un des meilleurs, je l’ai été peut-être il y a très longtemps, aujourd’hui les très bons s’équilibrent et il y en a de plus en plus autour de moi. D’ailleurs il y en aura 350 au Mondial du Tatouage. Tout ça pour dire qu’il y a des techniques artistiques et picturales différentes, après ce sont les goûts qui rentrent en ligne de compte.
 


Vous avez un style, une patte qu’on reconnaît facilement. Finalement et vous vous battez pour ça, le tatoueur est un artiste ?
Oui, mais peut-être pas tous ! Tous les photographes ne sont pas des artistes, pourtant ceux qui réussissent à vivre de leurs photos sont considérés comme tels par l’Etat. Tous les peintres ne sont pas des artistes non plus, il y a plein de peintres du dimanche, il ne suffit pas d’acheter des tubes de peinture, des pinceaux et une toile pour le devenir. Le tatouage c’est pareil !
 
Alors comment exceller dans le domaine ? Est-ce qu’il y a des techniques particulières, des écoles spécialisées ?
Ça s’apprend auprès d’un maître, en apprentissage, un peu comme dans la peinture. Toujours ce parallèle avec la peinture parce que c’est la même chose, on est dans l’art à part entière. Ceux qui travaillent au Musée d’Orsay au patrimoine culturel n’apprennent pas dans des écoles, mais dans des ateliers d’artistes, avec des maîtres. Il n’y a pas d’école de tatoueurs, ou alors la majorité sont des escrocs !
 
Les gens vous confient leur corps, vous font confiance. Vous n’aviez pas la pression au début ?
Les premiers tatouages, pas vraiment. On est jeune et un peu inconscient ! Et puis à l’époque où j’ai démarré, j’ai atteint les sommets à une vitesse fulgurante. Parce qu’il y a 30 ans, il y avait des tatoueurs tous plus médiocres les uns que les autres. Alors c’était facile de sortir du lot, surtout si on était passionné et qu’on travaillait beaucoup.
 
Combien de personnes avez vous tatouées dans votre vie ?
Absolument aucune idée, je n’en sais rien du tout. Quand j’ai commencé, il y avait des jours où je tatouais 10 personnes, là, c’est plutôt une, que je vais revoir plusieurs fois car ce sont de grosses pièces. Tout ce que je peux dire, c’est que ça fait 31 ans que je suis tatoueur, et j’ai tatoué énormément de gens. Je n’ai jamais cherché à le calculer, ce sont des stats qui n’apportent pas grand chose, et je m’en fous !
 
“Il n’y a rien de plus antinomique que mode et tatouage !”
 
Côté stats justement, on sait qu’à peu près 1 personne sur 10 est tatouée en France. Comment expliquez vous cette tendance depuis quelques années ?
Cette question de tendances, je l’entends depuis 30 ans ! La mode n’est pas censée durer plus d’un an, par définition c’est éphémère alors que le tatouage, lui est permanent. Donc il n’y a rien de plus antinomique que mode et tatouage !
Alors ce qui est à la mode ce sont les motifs. La “tendance”, c’est le dernier tatouage de Rihanna, du coup tout le monde se fait le même. Il y a aussi les petites étoiles de Gisèle Bundchen, les plumes... Longtemps les gens ont fait comme Angelina Joli aussi. Et combien de personnes sont venues se faire le même tribal que Clooney dans “Une Nuit en Enfer”...Dans les années 90, il y avait le bracelet tribal du chanteur des Red Hot Chili Peppers, et pour les filles, le fil de fer barbelé comme Pamela Anderson. Dans les années 80, c’étaient les têtes d’indien et les petits dauphins... Mais il faut dire qu’il y a eu Le Grand Bleu et Danse avec les Loups ! Et puis les signes chinois, le tribal dans le bas des reins comme Christina Aguilera… plus personne ne fait ça maintenant ! Il y a beaucoup de tendances qui viennent du show business, et souvent, les filles sont les plus influencées. Ça dédouane des personnes qui ne se seraient peut-être pas fait tatouer, qui se disent “ah, tien, pourquoi pas”. C’est un peu dommage de faire la même chose que son chanteur préféré mais c’est comme ça, la mode, la musique, les uns influencent les autres !
 
Il faut vraiment réfléchir avant de se faire tatouer ?
Y réfléchir, ou pas. Y trouver une signification, ou pas ! Quand on voit les tatouages des Ch’tis à Mykonos on se dit “oulala, c’est vulgaire !”. De la même manière que si tu mettais du rouge à lèvres de façon vulgaire, pourtant toutes les femmes qui en portent ne le sont pas. Il y a une manière de faire les choses, comme pour s’habiller, on le fait avec goût, ou pas. Il y a des gens qui se font tatouer parce qu’ils sont bourrés ou que leur copine a fait pareil. Et puis il y a ceux qui font ça pour les raisons les plus intelligentes de la terre. Tout dépend qui tu es.
 
Ça vous arrive souvent de refuser des demandes ?
Oui sans arrêt ! Déjà, je n’ai que deux mains et plus d’an de rendez-vous d’avance. C’est ce qui différencie un artiste d’un truc manufacturé qu’on pourrait vendre par millions, je suis limité dans le temps. Et forcément je refuse des choses parce que ce n’est pas mon style, ou alors quand la personne ne me plaît pas. Parfois je me dis “je le sens pas celui-la”, ça arrive à tout le monde, c’est super aléatoire, c’est au feeling. Tu vas choisir la personne gentille et agréable, pas celle qui pue de la gueule et qui te parle comme une merde !
 
Et quand la personne n’est pas sûre de son choix, vous avez votre mot à dire ?
Oui bien sûr, mais les gens ont tous l’air “sûrs” quand ils viennent te voir, qu’ils versent une certaine somme et sont prêts à attendre 6 mois.
Dire que 100% des personnes sont satisfaites et n’ont pas regretté je n’en sais rien, j’espère qu’il y en a peu ! Je ne suis pas médium non plus, je ne peux pas rentrer dans la tête de chaque personne !
J’ai l’impression qu’avec la télé réalité, on rentre dans le patos, du genre “j’ai perdu mon chien et j’aimais ma grand-mère”. Alors beaucoup pensent qu’il faut une signification. Il y en a qui me racontent leur vie, d’autres pas du tout. À partir d’un moment on est tatoueur, pas psy. On a un rôle de conseil, c’est certain que si un jeune de 18 ans veut se faire un signe politique sur le front, je lui dirais non. Mais il y aura toujours un tatoueur avec moins de travail ou moins de conscience pour lui faire. Si la personne veut vraiment ça, quoi que je dise, elle l’aura !
 
“Se faire tatouer la même chose que tout le monde, voilà ce qui est vraiment fou.”
 
Quelle est la demande la plus folle ou la plus impressionnante qu’on vous ait faite ?
Joker ! J’en ai des centaines des anecdotes, je ne peux pas n’en citer qu’une. Et puis il y a des choses que certains vont trouver folles, d’autres non. Franchement, se faire tatouer comme Rihanna, moi je trouve ça fou ! Et pourtant c’est ce que fait la majorité. Se faire tatouer la même chose que tout le monde, voilà ce qui est vraiment fou. Tout le monde veut la même chose, et artistiquement ça ne m’intéresse pas.  Où est la vraie folie, où est la raison, je ne me pose pas en juge. J’essaye de ne stigmatiser personne, de ne pas mettre des gens dans des cases.
 
Et la chose que vous, vous ne vous feriez jamais tatouer ?
Le blanc de l’œil, je ne ferais jamais ça, même sur quelqu’un. Ce sont des techniques extrêmes. Après il y a des gens qui vont dire que c’est extrême de se faire tatouer les bras comme moi ! Les yeux je trouve que c’est dégueu, ça me fait peur, mais ce sont mes goûts et je ne vais pas juger.
 
Vous êtes booké 6 mois, voire 1 an à l’avance. Tatoueur finalement, c’est un métier qui ne connaît pas la crise ?
Je pense que oui, pour certains... peut être pas pour moi ! (rires)
Le jour où les gens n’auront plus à manger et qu’on connaîtra une guerre civile ou mondiale, ils auront d’autres priorités, et là ce sera peut-être la crise du tatouage ! Ça peut vite se retourner contre nous, ce n’est pas une nécessité vitale.
 


Vous organisez le Mondial du Tatouage, vous présidez le SNAT, conseillez l’expo Tatoueurs Tatoués au Musée du Quai Branly. Vous avez vraiment encore le temps de tatouer ?
Malgré tout oui ! C’est d’ailleurs pour ça que ça marche autant, je suis avant tout un tatoueur et je privilégie l’authenticité. Et même si j’ai plusieurs casquettes, je ne me suis jamais arrêté, c’est ma passion et je vis dedans. C’est ce qui plaît aussi dans Le Mondial du Tatouage, tout le monde s’y retrouve. C’est la grand-messe de la profession, tous les tatoueurs du monde seront là mais c’est aussi pour le public, les néophytes. La porte est grande ouverte, personne ne juge personne. Il y aura de la bonne musique, de supers dj, on peut y boire un coup. J’espère faire un évènement qui fait briller les yeux, parce que j’aime les beaux évènements, m’éclater dans de chouettes fêtes et conventions !
 
Le Mondial du Tatouage se déroule ce week-end, un message à faire passer via cet évènement ?
Je l’ai fait en 1999 et en 2000, et j’ai attendu 13 ans pour faire les 3 suivantes. J’ai laissé le marché ouvert à tous ceux qui voulaient faire des conventions, et il n‘y a rien eu entre temps. Il y a une expression qui dit “Back by Popular Demand”, et certaines demandes populaires font chaud au cœur, ça veut dire que ce que je fais à un sens pour la cause, ce n’est pas anodin. Les deux premières éditions restent les meilleures du monde dans la mémoire collective, on me disait “allez quand est-ce que tu en refais ?”. Avant c’était au Bataclan et au Trianon dans une ambiance plus théâtrale et confinée. Aujourd’hui, avec l’explosion planétaire du tatouage, c’est à la Villette et on a battu le record d’affluence tous évents confondus. C’est plutôt flatteur !
 
Un dernier mot pour les Paulette ?
Et bien Paulette tu es la reine des paupiettes et notre amour ne serait pas si beau si tu n’avais pas tes paupiettes de veau... (rires) Je ne peux pas m’en empêcher, je suis un grand fan de Gérard Rinaldi !
Non allez, il faut un truc plus intelligent... Tiens, le fusil par exemple, il se porte “à l’épaulette”. “Allez Paulette” ! Bon, c’était nul aussi (rires)
 
> Vous aurez peut-être la chance de croiser Tin-Tin au Mondial du Tatouage ce week-end les 6,7 et 8 mars 2015



BONUS
Paulette vous offre 2 places pour assister au Mondial du tatouage le jour de votre choix ! Le gagnant sera tiré au sort parmi les réponses à la question suivante. Merci de commenter ci dessous. Quel est le tatouage que Rihanna a tatoué dans la nuque ?
 
Margaux Steinmyller

Margaux, responsable des ambassadrices, 21 ans, Lille
Une lubie ? Les sneakers de toutes les couleurs
Un dessert ? Des cookies choco-spéculoos
Une chanson ? RY X – Berlin
Un endroit ? La Grand Place à Lille
Ton rêve ? Nager avec des dauphins, être miss France et arrêter les guerres dans le monde (lowl) >https://twitter.com/MXStein

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