TÉMOIGNAGE : J’AI TENU 10 JOURS SANS PARLER

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10 jours sans parler, cap ou pas cap ? Lors d’un séjour de quatre mois en Inde, j’ai fait l’expérience de médiation Vipassana. Fondée par Bouddha, la méthode s’apprend lors d’un séjour de 10 jours sans parler, et sans aucune distraction. Le but est de purifier le mental.

Même pas peur (faux).

J-1 arivée au centre Jaipur au Rajasthan : nous sommes une centaines d’inscrites, le cours est réservé aux femmes, je repère une poignée d’occidentales. On laisse nos affaires interdites au lobby (livres, cahier, stylo, nourriture, MP3, portable...) mais on ne sait jamais, je cache un stylo et des amandes dans mes poches. Je découvre ma chambre et c’est vraiment pas ragoutant, les dizaines de crottes présentent me confirme que je vais devoir cohabiter avec mes amis les lézards.
La première soirée comporte une introduction à toutes les règles de conduite à suivre pendant les 10 jours : levé à 4h du matin, 10h de méditation par jour, entrecoupées de pauses repas. La règle d’or : Surtout ne pas parler !

J1
Il fait 43 degrés, et à peu près autant dans ma chambre, on pourrait faire cuire des œufs sur les murs (s’ils étaient à l’horizontale bien sûr). Quasi impossible de dormir. Levée à 4h, la salle de méditation est une fournaise et cela n’aide pas à la concentration. J’en ai déjà marre.

J2
Je passe la plus grande partie de ma journée à tenir de longues conversations avec moi même, puisque je suis la seule personne avec qui je peux communiquer. Sur 10h de méditation je pense avoir médité 10 minutes, c’est un bon ratio je trouve.

J3
J’ai mal à des muscles dont je ne soupçonnais même pas l’existence, mais la douleur fait partie de la méthode et la chaleur est une souffrance supplémentaire. A la cantine j’ai l’impression d’être dans un centre pour dépressives suicidaires, personne ne sourit, personne ne parle, tout le monde a l’air triste.

J4
Et dire que je suis ici de mon plein gré, si au moins on m’avait forcée... Si c’était un jeu de télé réalité et que j’allais gagner de l’argent ou alors pouvoir enregistrer un single à la fin de l’aventure…

J5
J’ai mal partout et en bonus je tombe malade : mal à la tête, fièvre, diarrhée, courbatures. C’est sûrement psychologique, la pire journée du séjour, et personne à qui se plaindre. Selon les préceptes qu’on nous enseigne, ma contrariété ne fera qu’empirer mon état et me mettre dans une colère inutile. Heureusement que même les jours les plus longs ne durent que 24 heures.

J6
J’essaie de lâcher prise. Je n’ai aucun contrôle sur la maladie ni sur la météo. J’ai déjà fait la moitié du séjour et cela me donne un peu de courage. La méditation permet de se détacher de la douleur, je suis positive et j’ai enfin l’impression que j’apprends quelque chose.

J7
Je me ferais bien une tartine de Nutella, mais à la place j’aurai du porridge, comme chaque matin, midi et soir. Bref un jour normal à Zombiland

J8
Pendant certaines méditations, on a le droit à des chants bouddhiste en Sanskrit. Le guru qui chante me fait penser à un gars bourré qui chanterait du Francis Lalanne au karaoké. Je rigole toute seule en pensant à ma blague.

J9
Je suis encore très faible physiquement mais c’est bientôt la fin, demain on aura le droit de parler.

J10
One again a bistoufly, discussions avec les filles pour comparer nos expériences. La parole, cela change tout, la vie reprend sa place. C’est chouette de pouvoir partager, toutes s’accordent à dire que c’était vraiment difficile.

J11
"Libérée, délivrée" Enfin je sors ! Je prends le train pour Udaipur et me dis que j’en ai bavé, sans être sûre d’en avoir tiré un bénéfice concret. Puis dans le train une sensation me prend. Une sorte de joie profonde et paisible jamais ressentie. Je ne sais pas ce que c’est mais quelque chose s’est passé durant ces 10 jours. Chacun vit son séjour différemment mais même des mois après, cette expérience reste en fait toujours forte et m’a vraiment apportée plus de calme intérieur. Je suis fière d’avoir tenue le coup et je me dis que si j’en ai été capable, je saurai relever d’autres défis.

> Article d'Elsa Thomasson
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