TALENTS DE REALISATEURS : LOLA BESSIS ET RUBEN AMAR


Photos de Sébastien Vincent pour Paulette Magazine

Pour Swim Little Fish Swim , Lola Bessis et Ruben Amar ont travaillé dur et ils ont cumulé avec talent et douceur toutes les images atypiques d’un New York qu’ils connaissent bien. Pour ce premier long-métrage, c’est ensemble qu’ils ont écrit l’histoire d’un couple dont le père est artiste, la mère rêveuse, l’hôte française en plein bouleversement sur son avenir, l’enfant adorable. Avec fraîcheur, originalité et intelligence, ils ont réussi le pari fou de faire du cinéma. Pour Lola, c’est un passage radieux devant la caméra aussi. On adore et on en parle avec eux lors d’une rencontre dans leur appartement à Paris.
 
Paulette : Lola et Ruben, Swim Little Fish Swim est votre premier long-métrage, tourné à New York alors que vous êtes Français. Pourquoi là-bas ?
Lola Bessis : Ruben a fait deux courts métrages là-bas et il rêvait d’y retourner. Quand on s’est rencontrés, il m’a tanné pour qu’on y aille, je ne connaissais pas très bien à l’époque, j’y étais allée une fois 3 jours quand j’étais adolescente. J’étudiais la littérature et le cinéma mais de manière très théorique, avec des analyses de films, et du coup, j’ai toujours voulu passer à la pratique et devenir réalisatrice. Je cherchais à faire des études plus techniques, Ruben m’a conseillé de venir à New York pour un cursus intensif d’apprentissage, il m’a convaincu. On s’est installés ensemble.
Ruben Amar : À cette époque, j’écrivais un long-métrage, j’en avais un peu marre, Lola finissait ses études, on avait une dead line pour rentrer en France au mois de septembre. On était en février, on s’est dit qu’avec tout ce que l’on était en train de voir ici à New York, tout le cinéma indépendant que l’on vit, tous les festivals aux États-Unis où on a été grâce à la réalisation de notre premier court métrage “Checkpoint”, allons-y pour un film ! Ça nous a donné envie.
 
Vous êtes en couple derrière la caméra et à la ville, comment vous êtes-vous rencontrés?
Ruben : Moi j’étais entre New York et Paris, Lola était à Londres...
Lola : Quand on s’est rencontrés, Ruben venait tout juste de rentrer de New York, il venait de terminer ses courts métrages. On s’est rencontrés en Tunisie, en vacances...
 
Comment pourrait-on raconter Swim Little Fish Swim, de quoi ça parle ?
Lola : Le pitch, c’est toujours un exercice difficile mais je me lance. C’est une jeune française qui emménage à New York où elle essaie d’accomplir son rêve, devenir artiste vidéaste. Elle fait des vidéos expérimentales en super 8. Quand elle arrive là-bas, elle est perdue dans la ville, elle emménage chez un couple qui bat de l’aile et qui a une petite fille de 3 ans, Rainbow ou Maggie selon les parents, pas encore d’accord sur son prénom. Le père est musicien, marginal, incompris par sa femme. Les deux artistes, leur passion commune et leur rencontre vont les aider chacun de leur côté à accomplir leur rêve et aller de l’avant.

 
Tu disais que New York vous a inspiré pour ce film, en quoi on peut le voir dans la réalisation ? Ce couple, c’est un peu une manière de vivre à l’américaine ?
Ruben : Le film découle d’un journal intime filmé que l’on avait commencé à New York ensemble. C’est un hasard car on trouvait toutes les situations assez folles, on croisait beaucoup d’histoires atypiques sur notre chemin.
Lola : Naturellement, avec nos téléphones portables, on collectionnait des images de New York. Des petits éléments du quotidien nous paraissaient dingues, anodins pour certains mais nous, ça nous émerveillait.
Ruben : On captait des moments forts, par exemple, un chien qui courrait sur un tapis de sport dans une salle de gym pour animaux...
Lola : ... Ou un vieux monsieur qui nourrissait des pigeons pendant 15 minutes, qui partait, qui revenait. C’était comme des petites scènes, on avait envie de les remettre dans un film, on n’a pas forcément tout mis mais c’est de là qu’est née l’envie de faire un long-métrage en capturant New York, avant même le scénario. De là, on s’est dit : « Il faut que l’on fasse un film », on n’a que 5 mois devant nous ! On a acheté un Canon 7D, faut l’utiliser. C’est cette inconscience qui nous a mené à faire Swim Little Fish Swim... Un film simple, pas trop compliqué où tout nous inspirait.
 
Vous avez autoproduit le film, c’est vraiment un projet que vous portez à 100%...
Ruben : C’est compliqué d’avoir des financements sur un film pareil, sur un pitch qui était assez léger à la base, qui s’est étoffé après. On avait une dead line trop courte, on l’a écrit en seulement 3 semaines. On est vite passés aux répétitions. On s’est dit, faisons un hold-up ! On sait que c’est dur d’arracher le financement d’un film alors on a pris un raccourci. Ça se ressent maintenant, on est reçus différemment car on a fait un film.
 
On parle pas mal ensemble de cinéma indépendant américain, est-ce que vous auriez pu faire votre film en France ?
Lola : Le système français, c’est l’un des meilleurs au monde en culture, pour les aides. Mais c’est aussi un cadeau empoisonné, on ne va pas s’en plaindre, mais pour un premier film, c’est dur de se lancer. Les gens ont tendance à attendre que les financements viennent, parfois ils ne viennent jamais. Ça ne bouge pas tellement. À New York, vu qu’il n’y a pas d’argent, tout le monde se bat, il y a une dynamique, il y a une vraie communauté d’entraide aussi, les uns bossent sur les films des autres, et vice et versa.
 
Lola, pourquoi as-tu décidé d’être derrière et devant la caméra, pourquoi es-tu devenue l’actrice de ton film ?
Lola : C’est la manière dont s’est fait le film. Initialement, on voulait faire un film que tous les deux, sans autre équipe, sans autres acteur. Du coup, on devait faire tout nous même, se passer la caméra. L’idée de base, c’était juste une française à New York qui n’a pas de visa et qui se bat par tous les moyens pour rester. On voulait interagir avec le réel et filmer de vraies rencontres avec des gens pour pouvoir espérer faire un mariage blanc, ou des situations comme ça. Mais ça nous a pas satisfait, on voulait un scénario plus complexe. Cette intrigue de la française est restée, moi aussi pour l’occasion. J’ai toujours voulu jouer, j’avais pris des cours de théâtre plus jeune, je m’étais essayé aussi dans des courts métrages. Là, c’est arrivé tout d’un coup, je n’ai pas réalisé avant de le faire.
 
D’où viens-tu Lola, tu as commencé par le théâtre, c’est ça ?
Lola : Je prenais quelques cours au lycée, j’ai fait une option théâtre au bac, puis j’ai arrêté à cause de mes études qui me prenaient beaucoup de temps, hypokhâgne et khâgne. Mais pendant la deuxième année, j’ai réussi à prendre une option cinéma. ensuite, je suis partie en Erasmus à Londres où j’ai continué à étudier la littérature et le cinéma. mais c’était toujours très théorique, j’ai arrêté le théâtre car je ne me voyais pas en faire à Londres, en anglais. Et c’est en allant à New York, à la New School que j’ai commencé à réaliser pas mal de projets vidéos, et en parallèle, j’étais élève en théâtre chez Stella Adler. À la méthode américaine !
 
Quel autre lien vous avez avec le cinéma ? Est-ce que vos parents sont dans ce secteur ?
Lola : Non, mon père est avocat, dans l’audiovisuel. Ma mère (ndlr : Daniela Lumbroso) travaille en télévision mais pas en cinéma.

 
Dans le film, il y a un rapport particulier entre toi – Lilas que tu incarnes, et sa mère – jouée par l’excellente actrice Anne Consigny. C’est inventé ou calqué sur la réalité ?
Lola : Non ça a été totalement inventé ! J’ai de très bons rapports avec ma mère.
Ruben : Oui, il faut tout de suite démystifier ça…(Rires)
Lola : En plus, ma mère a beau être dans le milieu audiovisuel, elle est tout sauf artiste ! (Rires). On s’est inspirés d’une amie d’amie dont le père est artiste contemporain. À l’origine, quand on a écrit le scénario, c’était un père dans le film et non une mère. Petit à petit, inconsciemment ou non, on s’est dit que le rapport mère et fille était plus tendu, plus fort.
 
Une grande place est faite à la musique dans le film. Qu’est-ce que vous écoutez en ce moment ?
Ruben : Au gré des voyages, on aime bien se laisser surprendre. À l’époque, on écoutait pas mal la scène musicale de Brooklyn, on allait de concert en concert.
Lola : Par exemple, Penn Sultan avec qui on a travaillé pour le film, est dans un groupe qui s’appelle Last Good Tooth (http://lastgoodtooth.bandcamp.com), on écoutait pas mal sa musique. Il a un univers très country, folk, avec des paroles très drôles, ça on adore. Sinon tous les groupes du film, on aime vraiment ce genre de musique, The Toys and Tiny Instruments, Candace Lee, Devendra Banhart...
 
L’atmosphère du film est douce, rêveuse, enfantine, est-ce que ça résume bien votre quotidien aussi ?
Lola : Oui, vraiment. J’ai toujours été fascinée par ce qui est mystique et onirique. Quand j’étais petite, je voulais absolument comprendre ce qu’était la franc-maçonnerie, les voir, les rencontrer ! J’aimais les trucs magiques. Après, je pense que pour faire du cinéma, il faut rester de grands enfants. Tant que l’on fera du cinéma, on restera des enfants. On a voulu aussi que tous les personnages gardent leur âme d’enfant, même Marie, elle garde son rêve d’enfant pour avoir une maison. Pour Leeward, c’est évident. Lilas, elle est entre l’enfant et l’adulte. Alors finalement, la petite fille est peut-être la plus mature ! Rires.
 
Quels sont vos projets ?
Ruben : On a beaucoup écrit, on a quasiment 10 histoires écrites... L’idée, c’est de continuer à bosser ensemble mais pas en coréalisant, en donnant son avis sur le projet de l’un et de l’autre.
Lola : On a eu le temps d’avoir plein d’idées que l’on a pas encore développées. On a un catalogue d’idées, on s’y remet. On aimerait tourner en France. Je vais continuer à être actrice, j’ai quelques projets dont un long-métrage français dont j’ai le rôle principal, ça va se tourner à la rentrée.
 
Qu’est-ce que Paulette vous évoque ? Quel personnage voyez-vous avec ce nom ?
Lola : Moi Paulette, ça m’évoque une chanson, celle d’Yves Montand, ”À bicyclette”. Je l’ai souvent dans la tête en plus, je l’écoutais beaucoup quand j’étais petite. J’aime vraiment bien ce prénom, ça a un côté vintage. Aux États-Unis, il y a plein de petites filles qui s’appellent Colette, Paulette, ils adorent les prénoms en –ette.
Ruben : Paulette, ça sonne bien avec Ponette (ndlr : de Jacques Doillon) et j’adore ce film ! Sinon, le mot de la fin, bah c’était bien... chez Paulette !
 
>L’info en plus :
Le mardi 3 juin 2014 - Rendez-vous musical à ne pas manquer. Un concert avec les musiciens du film, The toys and Tiny Instruments. Les musiciens de la BO, venus directement de New York, viennent jusqu’aux Parisiens avec leur bonne humeur et leurs instruments atypiques.
Lieu : le Square du temple / Parvis de la Mairie du 3ème de 16h00 à 18h30



Swim little fish swim
Sortie en salles le 4 juin

>Voir la bande annonce

Stéphanie Chermont

Stéphanie, Journaliste culture, 30 ans, Paris
Une lubie ? Les petits carnets
Une chanson ? How soon is now, The Smiths
Un aliment ? L'avocat
Un endroit ? Une salle obscure
Une devise ? Let's Dance !
>https://twitter.com/StephChermont

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