TALENT D’ACTEUR : GREGORI BAQUET


Photos d’Elodie Daguin pour Paulette Magazine
 
Pour beaucoup d’entre vous, Grégori Baquet évoque la comédie musicale Roméo et Juliette, dans laquelle il jouait Benvolio aux côté de Damien Sargue et Cécilia Cara. Pour d’autres, ce sont des images d’Extrème Limite qui refont surface, série diffusée dans les années 90 où il campait le rôle de Matthieu.
Or, depuis quelques années, le comédien est revenu à ses premières amours, le théâtre, et vient justement de recevoir le Molière de la révélation masculine il y a quelques semaines pour la pièce “Un obus dans le coeur” de Wajdi Mouawad. L’occasion pour nous de le rencontrer, de revenir sur sa carrière et d’évoquer ses prochains projets.
 
Paulette : Tu viens de recevoir un Molière pour une pièce que tu n’as joué qu’un mois et demi, pardonne moi l’expression mais c’est assez dingue non ?
Grégori Baquet : La pièce s’est effectivement jouée très vite et je pense que j’ai eu un prix car le métier voulait me récompenser de toutes ces dernières années, ce n’était pas forcément pour cette pièce précisément, même s’il y a eu d’excellentes critiques et que les retours ont été très bons. J’ai commencé ce métier à 15 ans, aujourd’hui j’en ai 43, cela fait donc 28 ans que je suis comédien. Je tends à croire que ma patience a payé. Mon père me disait toujours “Il faut être patient dans ce métier”. J’ai donc essayé d’être le plus patient possible et ça a porté ses fruits.
 
On t’a vu débuter sur le petit écran, que tu as depuis complètement déserté, est-ce un choix délibéré, stratégique ?
Malheureusement on est dans un pays où multiplier les casquettes n’est pas forcément vu d’un très bon oeil. Dès que je suis passé d’un corps de métier à un autre, j’ai souvent eu droit à la soupe à la grimace du métier que je quittais…
Après avoir fait quelques années de théâtre j’ai été casté pour un rôle dans “Lycée alpin” une série pas très connue diffusée en 1990 sur Antenne 2. La suite de cette série c’était “Extrème Limite” (réécoutez le générique ici), que j’ai pris du plaisir à jouer aux côtés d’Astrid Veillon et Tonya Kinzinger -et que je fréquente toujours-  mais je ne voulais pas m’enfermer dans ce rôle. Alors quand on m’a proposé de jouer dans “Sous le soleil”, “une sorte d’Extrème Limite mais sans le sport” j’ai dit non et je suis entré dans la troupe de Roger Louret pour jouer les comédies musicales “Les années Twist”, “les Z’années Zazous”... Là, la télé a fait grise mine en me disant “Maintenant tu n’es plus comédien, tu es chanteur”. Aujourd’hui on me recontacte pour des projets à la télévision, pour des comédies musicales mais je refuse, je me concentre sur le théâtre, j’ai envie de montrer et de prouver que je suis comédien.
J’ai d’ailleurs eu la chance de jouer dans de très belles pièces avec de nombreux monologues, comme “le K” de Dino Buzzati, “Colombe” de Jean Anouilh ou encore “L’Echange” de Paul Claudel et récemment “Colorature, Mrs Jenkins et son pianiste”. C’est l’histoire d’une milliardaire fan de musique classique et de chant lyrique qui chante comme une casserole mais persuadée qu’elle chante bien. Et comme elle est riche elle se paie des salles de spectacle qu’elle remplit pendant 12 ans, et elle finit par devenir un vrai phénomène. C’est d’ailleurs elle qui a inspiré un des personnages de Citizen Kane à Orson Welles et la Castafiore à Hergé. J’ai déjà fait 250 représentations de cette pièce et je pars en tournée en France pendant 4 mois. Je me concentre vraiment sur le théâtre et j’aimerais également faire du cinéma même si pour le moment les portes me sont fermées…


 
Tu veux dire qu’il est aujourd’hui impossible pour toi de faire du cinéma ?
Oui, je ne passe même pas de casting, je sais d’avance que c’est perdu, à mon grand regret. Aux Etats-Unis tous les comédiens chantent, dansent, font du théâtre, du cinéma, de la TV, des comédies musicales… Ici c’est cloisonné. Peut être devrais-je aller vivre aux Etats-Unis (rires). D’ailleurs ça me fait penser qu’à la sortie de la Cérémonie des Molière, Jean Dujardin est venu me féliciter pour mon Molière. En rigolant je lui ai dit “La prochaine fois j’aurais un Oscar, comme toi”. Et il m’a répondu “Oui, tu l’auras !”. Voilà, il ne me reste qu’à aller bosser Outre-Atlantique (rires).
 
Regrettes-tu la période “Roméo et Juliette”, penses tu que ton parcours aurait été différent sans cette comédie musicale ?
(Il se met à fredonner “Aimer, c’est plus fort que tout…”).
 
Ah non, je préfère “Les Rois du monde”, quitte à ce que tu chantes…
(Rires). Non mais je la déteste cette chanson maintenant, je ne peux plus l’entendre ! Pendant le casting, on m’a fait chanter “Les rois du monde” sur une version enregistrée à partir du synthé de Gérard Presgurvic, ça me faisait penser à Rondo Veneziano. L’enfer. J’ai passé l’audition en espérant ne jamais avoir à la chanter… Raté ! Et puis de toute façon il faut dire qu’au bout de 4 ans, tu n’en peux plus de toutes les chansons ! Malgré tout Roméo et Juliette ce fut une expérience incroyable ! On a fait le Palais des Congrés pendant 6 mois, une tournée dans toute l’Europe, on est passé au Hit Machine, on a fait 4 fois Drucker, on a été 17 semaines numéro 1 au Top 50... Si j’avais pu être l’auteur compositeur d’ “Aimer” je ne serai pas avec toi aujourd’hui Paulette mais peinard sur une île déserte (rires).
 
Tu disais précédemment qu’on continuait de te contacter pour des comédies musicales…
Oui récemment on m’a demandé de jouer dans “Monte Cristo”, sur une musique de Kyo... (Rires). J’ai bien évidemment refusé.
 
“Aujourd’hui je rêve d’entrer à la Comédie Française”.
 
Compte tenu de ton parcours atypique, recevoir un Molière après avoir joué dans des sitcom et des comédies musicales populaires, c’est une sorte de revanche pour toi ?
Non je ne suis pas revanchard. Je suis simplement très heureux d’avoir reçu une telle récompense, surtout de la part de Denis Podalydes, que j’admire beaucoup. A l’image de la chanteuse lyrique dont j’ai parlé, grâce à cette reconnaissance, j’ai aujourd’hui une foi sans nom et je fais d’ailleurs du lobbying -mais du lobbying gentil (rires) - pour entrer à la Comédie Française. C’est un rêve qui deviendrait réalité.
 
“Jérôme Kerviel a le droit à une seconde chance”
 
On t’a vu aux côtés du Père Gourrier lors de la marche en soutien à Jérôme Kerviel dans le Sud de la France.  Est-ce que l’on peut en savoir un peu plus sur les raisons de ta présence à ses côtés ?
Jérôme est un ami, j’étais à ses côtés pendant sa marche car je voulais le voir avant qu’il ne parte en prison. C’est un ami en commun qui me l’a présenté en 2010. Il m’a dit “J’ai rencontré quelqu’un de super, il faut que tu le rencontres”. Quand je suis arrivé j’ai vu un mec assis sur le canap’ avec un visage ravagé, tout blanc, les traits creusés, les yeux rivés sur son téléphone… Lui m’avait vu à la télévision, moi aux journaux télévisés, on se connaissait sans se connaître… Puis on a commencé à discuter, de 22h à 6h du matin.
J’ai rencontré une personne à qui la vie ne faisait pas de cadeau et je pense que quand quelqu’un se bat il faut l’aider. Au fil des années on est devenus très proches, je connais son avocat, ses amis, ses frères, sa mère, cela fait 3 ans que je passe des étés chez lui...Une vraie amitié est née. Cette histoire est une innommable fumisterie montée par la Banque. Je ne rentrerai pas dans les détails mais Jérôme est mon ami et je le soutiens. Je le sais victime d’une erreur et même s’il a fait des bêtises, il le dit lui même, il était dans un système qui le débecte aujourd’hui et je pense qu’il a le droit à une seconde chance.
 
Le réalisateur Christophe Barratier prépare d’ailleurs un film sur Jérôme Kerviel, vas-tu jouer dedans ?
Avec Christophe on a fait notre service militaire au même endroit, il y a longtemps que l’on se connaît.  Je devrais effectivement avoir un rôle dans son film mais pas celui de Jérôme, même si j’aurais adoré. Il s’agit de la jeunesse de Jérôme, avant que l’affaire n’éclate, c’est Arthur Dupont qui interprétera son personnage, il est parfait dans le rôle.

 
Un petit quizz pour conclure cette interview :

Qu’est-ce que tu aimes le plus au monde ? Les gens.
Qu’est-ce qui te fait rire ? La bêtise.
Ce qui t’exaspère ? L’ignorance.
Si tu devais écrire un bouquin, quel en serait le titre ? “Y a que l’amour qui m'intéresse.”
Mais en parlant de bouquin, je suis d’ailleurs en train d’enregistrer le nouveau roman de Grégoire Delacourt en audiolivre. Il devrait sortir dans pas longtemps...
Une expression que tu détestes ?Au jour d’aujourd’hui.”
Le plat que tu réussis à tous les coups ? Une omelette. Je peux en faire de 1000 façons différentes !
Où peut-on te croiser un vendredi soir ? Au théâtre. Ou chez moi…
Paulette ça te fait penser à quoi ? A mon père, comédien, Maurice Baquet. Il a joué dans un film de Claude Confortès qui s’appelait “Paulette, la pauvre petite milliardaire”.
Un mot pour les lectrices ? Je souhaiterais parler de l’association dont je suis le parrain depuis plus de 10 ans “Tous en scène” et avec laquelle j’organise des concerts dont les bénéfices sont reversés à la recherche contre la sclerose en plaques. En espérant voir des Paulette au prochain concert !
Justine Pinaud

Justine Pinaud

> https://twitter.com/justinepinaud

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