POLO & PAN : DE LA GÉNÉRATION BISOUNOURS


Photos : Barrère et Simon

Après une poignée d’EP lâchés au compte-goutte depuis trois ans, Polo & Pan sort aujourd’hui un album tropical et coloré. Paul-Armand Delille et Alexandre Grynszpan sont les explorateurs candides d’une pop ludique et romantique qui célèbre la douceur de vivre et l’hédonisme. Naïf diront certains. Décryptage avec le duo de producteurs et DJ.

Paul et Alex sont installés à la table Pac-Man. Autour d’eux, des bornes d’arcade pour jouer à Street Fighter entre deux interviews. On est bien dans le temple de la régression post-adolescente, réservé aux adolescents et autres amateurs de retrogaming dans le 10e arrondissement de Paris. Ce lieu n’a pas été choisi au hasard. D’abord parce qu’ils sont deux grands-enfants attachés à leurs souvenirs bénis – auxquels ils rendent hommage dans leur premier album. Aussi parce qu’il s’agit d’un squat de la clique du Baron où ils ont débuté aux platines. « Notre studio ressemble à une cabane d’indiens remplie de jouets », résument-ils. Ils bricolent leur son à Asnières dans une ancienne usine-imprimerie, la SIRA, transformée en atelier d’artistes. Un endroit qui les a vus grandir et poser les bases du projet Polo & Pan loin du monde adulte et de ses manipulations. « On a créé nos codes en répondant simplement à des pulsions enfantines de création », ajoutent-ils.


Le duo revendique son attachement à la naïveté et l’insouciance. Il reproche le manque d’optimisme de nos sociétés modernes, et cherche à sauvegarder les valeurs chères à l’enfance comme la gentillesse, la pureté et la bienveillance. Quitte à faire l’objet de « lumino bashing » ! « On est de cette génération Bisounours, post-communiste, qui a baigné dans l’amour et la douceur, expliquent-ils. Et même si on est conscients de la réalité des choses, on est avant tout de grands romantiques. Puisque l’obscurantisme frappe à nos portes, chacun se doit d’apporter une dose de soleil. C’est presque devenu punk et rebelle d’être gentil aujourd’hui (rires). » Le romantisme, en tout cas dans l’art, est souvent associé au spleen. Il faut s’ouvrir les veines pour créer. Ravel, Debussy, Rimbaud l’ont bien compris mais Polo & Pan font tout l’inverse. « La société nous dicte qu’en tant qu’artiste il faut souffrir pour être de l’ordre du génie. Que la musique respire quelque chose de parfois cru, âpre. On reproche à l’optimisme que ce soit trop souvent creux. Nous, ça nous tient à cœur même si ce n’est pas du goût de tout le monde. » Ils qualifient leur état d’esprit de nostalgie positive, de celle que l’on retrouve dans la bossa nova, « une musique sublime mais toujours un peu triste ». Son expression la plus pure, c’est « Plage isolée », écrit après les attentats de Paris. « On était loin de chez nous à la campagne. On a eu comme une envie soudaine de s’isoler de ce monde qu’on trouvait bien triste. La plage, c’est la vision onirique qui nous ait parvenue. »

> Rêves et chimères

Polo tente de cacher une sensibilité exacerbée quand Pan fanfaronne avec ses lunettes de soleil. De son enfance, le premier garde un sourire espiègle, les yeux plissés. Le second chérit un manque de pudeur sur la piste de danse. Alex a grandi dans l’univers de la psychanalyse. Ses parents, tous deux psychologues, lui ont transmis la culture de l’ennui. « Ils m’envoyaient à la campagne le week-end et quand je leur disais que je m’ennuyais, ils me disaient « bravo ». Je ne comprenais pas à l’époque. Mais de là est né mon attachement à la nature et la créativité. Ça manque cruellement aujourd’hui. On a peur du vide. Ce vide qui est pourtant essentiel. » Paul partage la même expérience – une conscience nouvelle. Il a grandi dans une ferme en Normandie jusqu’à ce que ses parents divorcent et qu’il s’installe avec sa mère dans une grande ville. Il vit les allers-retours à la campagne comme une punition. Lui aussi, il s’ennuie ferme. « Ça a été beaucoup de moments forcés. J’avais des vrais moments de flottement où je rêvassais beaucoup, où j’étais seul dans ma tête. Ça a duré très longtemps mais c’est sans doute ce qui m’a aidé à me construire. »



Cet hommage à l’enfance réside aussi dans leur envie de rattraper le temps perdu. « Cette époque qu’on associe à l’ennui nous fait dire que le temps passe vite et qu’on n’a plein de choses à accomplir », ajoutent-ils.A deux, ça va plus vite ! Après s’être exercés en solo – Paul au Maroc avec les Gnawas, Alex avec l’appli « radiooooo ! », ils rêvent de s’évader. Ce projet est leur exutoire. La caravelle, leur moyen de transport, épinglé jusque sur leurs vestes. Alex et Paul nous emmène en voyage dans des contrées lointaines, réelles ou imaginaires, et déroulent le fil de leurs fantasmes et destinations rêvées. « On ouvre l’album dans les abysses des fond-marins. On voyage en Amérique Latine, au Mexique. On s’envole  dans la Canopée au cœur de la forêt vierge où chacun peut aller s’il a des ailes. On va en Afrique, le berceau de l’humanité. Et puis, on traverse des paysages plus oniriques comme le pays imaginaire, notre terminus. » La contemplation pour seul guide, ils choisissent leurs destinations au coup de cœur dans les films fantastiques, la mythologie, les dessins animés ou la peinture. « On assouvit nos fantasmes artistiques tout simplement », précisent-ils.Musicalement, comme dans les contes pour enfant, c’est parfois terrifiant, avec des choses plus obscures, métalliques ou industrielles, mais le réveil est toujours rassurant. Happy ending !

POLO & PAN : Caravelle (Hamburger Records/Ekler’O’Shock/Caroline)
Sortie le 19 mai 2017

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Alexandra Dumont

Alexandra Dumont, 30 ans, Paris
Une lubie ? Des ananas en pagaille
Un plat ? La timbale de pâtes, une recette de famille
Une chanson ? Sinkane, Runnin'
Un endroit ? Saint-Louis (Sénégal)
Une fringue ? Un crop top
Une devise ? "On lit dans ses chagrins les regrets des plaisirs"

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