PLOUP, QUI SONT LES ROIS DE LA BULLE ?


Photos d'Elodie Daguin pour Paulette Magazine

Le 23 août, Arte Créative dévoilait sa toute nouvelle web série : Ploup. Imaginée et écrite par Maxime Chamoux et Sylvain Gouverneur, Ploup est un programme court humoristique qui se propose de développer une idée très simple : assister, du point de vue d’un des deux interlocuteurs, à une conversation par chat.

A l’heure où le chat est omniprésent dans notre quotidien (Facebook, sms, Tinder, Twitter, gchat, slack…) chaque épisode  présente un dialogue entre deux personnages (l’ado, la digital mum, le lourdingue, le freak d’âge indeterminé...) dont nous découvrons le caractère et les intentions lors de situations plus ou moins ordinaires comme la drague sur un site de rencontre, la rupture amoureuse, l'annonce d'une grossesse etc.

Rencontre avec les créateurs de cette websérie innovante, tant par le fond que par la forme !

Paulette : Pour commencer, est-ce que vous pouvez vous présenter ?
Maxime : 31 ans, Parisien, Ploup est mon premier projet humouristique. Avant j’étais le rédac chef adjoint de Vox Pop, puis je suis mort à petit feu dans la pub pendant 2 ans et demi et je me suis finalement décidé à quitter mon boulot pour écrire. Ah et je suis aussi musicien dans un groupe de jeunes (Pharaon de Winter, ndlr).
Sylvain : J’ai 40 ans (mon anniversaire était lundi pour être précis), je suis sorti diplômé d’une école d’ingénieur et j’ai été ingénieur réseau pendant 15 ans dans une multi-nationale avec un très bon Comité d’Entreprise. J’avais même des chèques vacances. En parallèle je faisais beaucoup de projets à droite à gauche dans la vidéo, la musique… J’avais très envie d’en faire un boulot à plein temps mais j’avais peur de me lancer dans ce que j’aime. Peur de ne pas être plus heureux, et puis on ne sort pas facilement d’un CDI de 15 ans ! Et finalement, après de longs atermoiements, je me suis lancé.



Comment est née l'idée de Ploup ?

Sylvain : On s'est rencontrés lors d'une soirée organisée par des amis communs, on a beaucoup ri ensemble, Maxime voulait écrire un truc, j'ai trouvé l'idée cool et on a réfléchi pendant 2 mois à un concept.
Maxime : Pour le trouver, on n'a pas tant énuméré des idées mais surtout on s'est imposé des contraintes. Et c'est vrai que l'idée de faire un chat regroupait des critères qui nous arrangeaient beaucoup comme le fait qu'on n'allait pas diriger d’acteurs, car bon on n'a aucune notion dans ce milieu. Et on aurait certainement été nuls (rires).
Sylvain : Au final, on a mis 3 ans à sortir le projet. On pensait aller plus vite mais c'est long, il y a beaucoup d'étapes. Pendant ce temps là, on s'est fait de belles frayeurs car on a vu sortir à la même période des formats similaires comme la pub avec Hello Bank où un client communique avec des sms à son banquier.
Maxime : Oui, on a eu peur. On s'est dit : "On va passer pour des suiveurs !"

Le chat est effectivement omniprésent, il faut dire que c'est une activité générationnelle...
Sylvain : Mais oui ! L'idée de faire un chat s'est justifié assez vite car tout le monde chat tout le temps, tous les jours, c'est universel ! Et puis surtout, le chat permet de réunir les deux ressorts de l’humour à savoir le texte et le rythme. Et surtout, dans un chat on peut parler de tout ce qu'on veut.
Maxime : Bon, pas de tout quand même. La seule concession c'est de ne parler de sexe cru mais sinon on est assez libre. 

Votre producteur Christophe Abric et Arte ne vous brident pas ?
Sylvain : A la base, on voulait juste écrire Ploup, on savait qu'on n'allait pas se charger de la prod. Donc on était prêt à faire des concessions s'il devait y en avoir, c'était le jeu. C'est lors d'une soirée qu'une de nos amies a parlé du projet à Christophe Abric, le co-fondateur de la Blogothèque. Christophe avait ses entrées chez Arte, ensuite tout s’est passé de manière assez fluide.
Maxime : On avait beaucoup d’apriori à bosser avec une chaine de télé mais on a été agréablement surpris, c'était incroyable à quel point ils comprenaient exactement ce qu’on voulait faire ! Ils captaient les références, ils nous faisaient des suggestions d’écriture pertinentes... Pour séduire la chaine, on s'était par exemple forcé à écrire des chutes dans les sketchs, comme  Larry David ou Louis CK mais ils nous ont dit que ce n'était pas forcément utile. Ils voyaient où on voulait aller et ça c'était cool.
Sylvain : Pour le contenu on a eu carte blanche, on est vraiment très libre. Il a juste fallu structurer tout ça avec une courbe de vie. Chaque semaine sont dévoilés 5 épisodes qui suivent le cycle "Débuter", "Se lier", "Travailler"... 

Comment écrivez-vous les épisodes ? Chacun se met dans la peau d'un interlocuteur et vous improvisez ?
Maxime : Non, pas du tout. On écrit les sketchs à deux. En amont, on a décidé ensemble toutes les thématiques, tous les synopsis, tous les épisodes, puis chacun a écrit ses épisodes et au final on les a réécrits à deux pour les uniformiser.
Sylvain : Mais du coup on avait des épisodes un peu bancals, certains duraient jusqu'à 8 minutes, d'autres 5... On a du faire de nombreux aller retour pour les couper car pour que ça marche, il faut des épisodes de 4 minutes maximum. En dehors de l'écriture il y a en effet un énorme travail sur la rythmique. En fonction de si tu ralentis ou accélères le ryhtme, la réaction du spectateur peut être complétement différente ! Si c'est raté, ça tombe vite à plat. On a donc beaucoup bossé les temps de pause.



Et comment avez vous imaginé les personnages récurrents de Ploup ? Ils sont inspirés de votre entourage ? Je pense notamment à la digital mum ou au dragueur trentenaire un peu lourd...

Sylvain : Non, pas vraiment, c'est davantage un effort d'incarnation, on s'est mis dans la peau d'un dragueur relou, d'une chieuse...  Sauf pour le personnage de Michel Vanbeck où on s'est inspiré d'une de nos connaissances qui mélange deux expressions en même temps pour dire la même chose comme "mettre les choses noires sur table", "être à mi cheval sur quelque chose".
Maxime : On a pas mal bossé le personnage du dragueur car on tenait à commencer la série avec un sketch sur lui. Aujourd'hui c'est vraiment la raison numéro 1 du chat. Pas de draguer mais de chercher de l'amour.

"Si aujourd'hui on chat, c'est pour être aimé."

Sylvain : La raison pour laquelle on se parle de plus en ligne c’est parce qu'on a envie et besoin d’être aimé. Il faut bien comprendre ça. Avant les mecs trouvaient une femme, ils avaient 2 ou 3 amis et c’était bon. Aujourd’hui tu peux séduire quelqu’un à distance, partout en France, dans le monde, tu peux avoir des centaines d'amis... On a voulu exploiter ça dans Ploup, montrer notre addiction à la reconnaissance, ce qui n’était pas du tout le cas avant.
Du coup, on a imaginé différents scénarios, avec différents personnages, mais notre but n'est pas du tout de stygmatiser des catégories de gens ou des profils typiques. On essaie de créer des réactions innatendues, des comportements a priori répréhensibles comme celui de Denis Daniel, un personnage candide qui va parler de jihadisme dans le seul but de sociabiliser.
Maxime : Ce qu'on veut dire c'est qu'on a essayé de créer des personnages interessants dans le sens où on ne les catalogue pas. En France les humouristes ont tendance à se moquer et à montrer du doigt leur cible. Nous on a voulu s'inspirer plutôt de la culture américaine où des comédiens comme Larry David ou Louis CK créént des sketchs où les personnages sont susceptibles d’etre rachetés à un moment donné. C'est vraiment la grosse différence aujourd'hui entre l'humour européen et américain, Louis CK va se moquer d'une personne mais il va la sortir du trou et conclure en disant qu'il n'est pas mieux. C'est ça qu'on veut faire nous. 

Quelle cible visez vous ?
Maxime : Et bien comme on n'a pas la volonté de se moquer, je dirais que ça s'adresse à tout le monde. On a fait un sketch entre une ado qui écrit en faisant plein de fautes d'orthographe et une maman un peu perdue qui ne comprend rien au hashtag. On a eu plein de retour à la fois d'ados et de mamans qui disaient s'être reconnus. C'est ce qu'on attendait, c'est agréable de voir que tout le monde peut tirer sur les autres et se moquer aussi de soi même.
Sylvain : Oui, je pense que tout le monde et concerné mais ça s'adresse aussi et surtout à qui fait l’effort de lire du texte à l’écran, ce qui n'est pas commun !

Ploup est accessible sur différents supports (Arte Creative, YT, Whatsapp, Twitter, Snapchat...) c'était une vraie volonté de votre part ? Pour coller aux médium d'aujourd'hui ?

Sylvain : Non c'est plutôt une volonté d'Arte Creative, ils ont fait beaucoup de recherches pour trouver les différents canaux de diffusion possibles. Nous on ne s'était pas vraiment posé la question, on a écrit le programme mais c'est tout, le reste, c'est trop complexe pour nous (rires).

Pour conclure vous auriez une anecdote perso de chat à nous confier?
Sylvain : Ahaha, personnelle c'est difficile... Mais on connait un mec sur Facebook qui drague en alternant des propos d'une extrême crudité avec des propos d'une amabilité exacerbée. C'est perturbant, il va contraster des phrases hyper trash avec d'autres extrêmement polies. Pas certain que ce soit la bonne technique !

Des projets pour la suite ?
Sylvain : Continuer à écrire. Et sinon on compte bien résoudre l’affaire Dupont de Ligonnès.






> Plus d'infos sur http://creative.arte.tv/fr/series/ploup

Justine Pinaud

Justine Pinaud

> https://twitter.com/justinepinaud

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