PARFOIS ÇA CRAINT

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 Je me réveille. Le soleil perce par les fenêtres. Ça sent le café. Le café chaud et fraîchement préparé. L’odeur remplit tout l’appartement. Les draps sont encore froissés de la nuit passée et la lumière passe doucement par les volets encore fermés. Des petites voix passent par l’ouverture de la porte.
J’entends des “Chhht” et ça me fait sourire. J’étire doucement mes bras et mes jambes. Mes muscles se réveillent en même temps que moi. J’ai envie de cette journée comme je n’ai jamais eu envie d’une journée, comme si c’était la toute première, celle pleine de promesses.
 
Je me redresse et pousse les draps. Le miroir face au lit me renvoie l’image d’un homme avec des cheveux poivre et sel, une barbe de quelques jours et grisonnante. Je souris à ce reflet que j’ai appris à accepter avec le temps. On s’y fait au fond. On change et puis on n’est pas tout seul. Les autres nous aident à nous y faire et à accepter que l’on ne soit plus exactement comme à vingt ans. Notre image s’est transformée et ce n’est pas grave. Peut-être même que c’est mieux. On a vécu. C’est bon de se sentir un peu moins paumé qu’à vingt ans et rassurant aussi.
 
J’enfile un de mes vieux jeans posé sur le canapé face au lit et me dirige vers les fenêtres que j’ouvre en grand pour faire rentrer plein d’air. Je vois la plage et l’océan. L’air est doux et salé. Ça sent les vacances, mais c’est ma vie. Au loin des mouettes volent au-dessus du sable en poussant des cris. Je quitte la chambre, mais juste avant de tourner la poignée de porte je me pince pour vérifier que tout est vrai, que je ne rêve pas… Je ferme les yeux. Inspire. Pince. Les rouvre. Les chuchotements sont toujours là, l’odeur du café aussi et même mes cheveux un peu gris. Je souris à nouveau et ris de moi-même.
 
J’ouvre la porte et traverse le couloir jusqu’à voir la table du petit déjeuner en face de moi. Je me stoppe l’espace de quelques instants avant d’entrer et de troubler cette vie. Deux enfants sont attablés devant des morceaux de brioche passés au four. L’un d’eux met de la confiture dessus quand l’autre trempe directement dans son cacao. Elle verse du jus d’orange dans leurs verres. Elle embrasse leurs têtes et respire un peu leurs cheveux. Pas longtemps, juste assez pour sourire. Ses cheveux fous se mêlent légèrement aux leurs. Juste ça. Juste ce moment tout simple je voudrais l’arrêter, le figer pour le garder tout le temps. Les enfants se plaignent gentiment que leur maman les colle un peu trop et rient. Elle aussi. Elle m’aperçoit et je rentre l’embrasser. On prend le temps de se serrer et de coller un peu nos corps l’un contre l’autre. On se sourit et on se regarde. C’est cucul, mais on s’en fout. Je me penche et embrasse nos enfants. “Bonjour papa !”
 
J’ai une crampe dans le bras et il fait froid. Le lit est à moitié défait. Je suis seul. Dehors le soleil est à peine levé. J’ai un goût amer dans la bouche, presque métallique. Je me redresse et le miroir me dit que je suis fatigué. Sur mon bras il y a une marque comme si je m’étais pincé. Je chasse les images de ma tête et pose le pied par terre. Merde quel jour on est ?

> Retrouvez Thibault sur son blog writemotherfucker.blogspot.com
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