NON, LA MOTO N’EST PAS RÉSERVÉE QU’AUX HOMMES


Photos de Kiss'n Vroom

Il est bien loin le temps des clichés sur le monde de la moto. Désormais, des conductrices d'un nouveau genre sillonnent les routes. À l'occasion de la troisième édition du Café Racer Festival, nous avons rencontré Claire et Camille, les deux fondatrices de Kiss'n Vroom. Un blog qui fait la part belle aux reines du bitume mais pas seulement...
 
Paulette : Comment est née l'aventure Kiss'n Vroom ?
Claire : Nous nous sommes rencontrées en septembre dernier à l'occasion de la Distinguished Gentlemans Ride, un rassemblement pour une œuvre caritative contre le cancer de la prostate. Camille était sur le point de passer son permis, moi j'avais envie d'écrire. Nous avons partagé nos envies par rapport à la moto et tout s'est fait assez vite. En février dernier, le site était lancé. On se connaissait très peu avant de commencer ce projet : ça a été un véritable coup de cœur amical !
 
Camille : Je n'ai trouvé aucun vêtement de femmes qui allaient quand j'ai passé mon permis. L'offre d'équipement n'était pas terrible et je me suis dit que le féminin manquait dans l'univers de la moto, que ce soit pour l'habillement, la présence féminine, les articles écrits par des femmes... On tombe vite dans des clichés : soit celui de la bimbo pin-up potiche soit celui de la fille un peu bonhomme et masculine.
 
      “Ni l'une ni l'autre n'est née dans cet univers mais nous  nous sommes toutes seules donné l'envie de rouler en moto.”


© Guillermo ANIEL-QUIROGA
 
Pourquoi Kiss'n Vroom ?
 
Camille : Le nom est une référence au kiss'n go ou kiss'n fly de l'avion. Ce côté liberté : on prend sa moto et tout est possible. On voulait quand même quelque chose de féminin pour qu'on sache de quoi on parle avec le glamour du kiss. Le vroom donne cette note dynamique, cartoon presque.
 
Claire : Pour le logo, nous l'avons dessiné ensemble. Il y a le petit cœur girly pour rester dans notre univers de filles mais sans être gnan-gnan. On veut apporter des choses pertinentes même si on ne connaît pas tout de la mécanique. On a envie que les gens nous prennent au sérieux avec cette innocence qu'on peut avoir.


Kiss n Vroom

D'où vous vient à toutes les deux cette passion pour la moto ?
 
Camille : Via mon copain (il y a 4 ans). Il en faisait déjà depuis quelques années et j'en ai eu marre d'être passagère. Ça avait l'air tellement amusant que je me suis dit “pourquoi pas moi ?”. C'est rigolo parce qu'il m'a fallu un petit temps pour réaliser que moi aussi je pouvais passer le permis. J'adore depuis toujours le deux-roues et la moto était l'étape logique.
 
Claire : Il y a 4-5 ans, je roulais en scooter dans le sud et je me sentais un peu limitée en terme de vitesse. Je remarquais qu'il y avait cette communauté de bikers, qu'ils se disaient tout le temps bonjour et c'est ça qui me plaisait. Je leur faisais des coucous avec mon scooter mais bien évidemment ils ne me répondaient jamais (rires).


Kiss'n Vroom

Vous pensez qu'en tant que femmes vous aviez encore plus à prouver ?
 
Claire : Oui, c'est certain ! Au début certains devaient se dire : “ah elles sont gentilles”. Maintenant que des marques nous contactent pour essayer des motos ils doivent penser que finalement, même si notre regard n'est pas forcément très descriptif, mécanique ou rationnel, c'est un regard particulier. Il laisse place au ressenti, aux émotions : à toute la part féminine qui est la nôtre.
 
Nous n'avons pas du tout une démarche féministe et nous ne sommes pas là pour dire que les femmes sont les meilleures ou l'égal des hommes. Pour déplacer une moto par exemple, on va tout de suite demander à des hommes. Il ne faut pas être avare de “jouer les filles” et reconnaître qu'il y aura toujours certaines choses qu'on ne pourra pas faire.
 
Être une motarde, qu'est-ce que cela signifie aujourd’hui ?
 
Camille : Mon instructeur m'a dit un jour “c'est fou parce que vous les filles vous écoutez tout ce qu'on vous dit, vous retenez les conseils et vous les appliquez”.
 
Claire : Il ne faut pas être peureuse, aimer se lancer des défis et avoir du caractère. La moto renforce cette confiance en soi. On se sent un peu puissante parce qu'on est fière, que le regard des autres est assez admiratif et bienveillant (même si ça peut parfois être un regard macho). Avec une moto il n'y a pas d'erreur de pilotage possible, ce n'est pas comme une voiture. Elle répond au doigt et à l'œil, la carrosserie c'est notre corps. Il y a plein d'éléments risqués qui rentrent en jeu. Il faut avoir du courage.


Kiss'n Vroom

Quel est le leitmotiv du blog ?
 
Claire : Jusqu’à présent, il n'y avait pas vraiment de blogs comme le nôtre. Il y a des communautés de filles qui partagent des émotions par des photos mais par les écrits, c'est plus rare. Pour l'instant nous avons plutôt un bon accueil, que ce soit des hommes comme des femmes. On interprète un certain nombre de choses, notamment dans la rubrique des billets d'humeurs et on s'intéresse aussi à la diversité des motos. On ne veut surtout pas rentrer dans les petites bagarres inter-marques. Des Harley, des Royal Enfield, des sportives...  il y a quelque chose d'intéressant à tirer dans chaque moto.
 
Camille : Il y a des initiatives de filles en Australie, aux États-Unis mais qui parlent d'elles tandis que nous voulions nous tourner vers les gens. Quand tu sais que quelqu'un est motard, ça crée un petit quelque chose, une complicité parce qu'il y a toujours un sujet de connivence. C'est aussi grâce  au permis moto, ce fameux sésame qu'on a tous eu.
 
Quels sont les projets pour le blog ?
 
Claire : On aime bien jouer les journalistes en allant interviewer les gens qui font évoluer l'univers de la moto et qui jouent un rôle important dans le paysage motocycliste français ou en tous les cas parisien. Avec les vacances qui arrivent, on espère pouvoir cueillir plus de gens dans la rue et que le street portrait prenne tout son sens.
 
Camille : Pour l'instant on reste avec des gens facilement atteignables en deux-roues. Nous avons mis un pied au Japon en rencontrant le président du Paul Smart Japan Club. Il va y avoir une véritable saga avec une série d'articles qui coïncident avec mon voyage dont le fil rouge était la moto. C'était le premier Street Portrait International et pas le dernier...


kiss n vroom

Avant mises à l'arrière, ce sont désormais elles qui prennent les commandes. Après l'interview, sur le circuit de Monthléry, genoux à terre, Claire chevauche la kiss'n vroomette (un modèle Royal Enfield Continental GT) et s’engage gracilement dans les virages. Maintenant que les engins ne sont plus sous le joug masculin, elles sont de plus en plus nombreuses à sauter le pas. Ça vous a donné envie de partir tracer la route cheveux au vent ? Plein gaz les Paulettes !


© Guillermo ANIEL-QUIROGA
 
Le blog Kiss'n Vroom :http://kissnvroom.com/
 
 
 
Capucine Michelet

Capucine, Rédactrice, 22 ans, Paris
Une lubie ? Toujours avoir des carnets à portée de main pour noter mes idées.
Un plat ? Le chocolat, sous toutes ses formes !
Une chanson ? Cat Power, The Greatest
Un endroit ? Le jardin des Tuileries
Une fringue ? La petite veste de blazer noire
Une devise ? Le malheur est le père du bonheur de demain, Albert Cohen

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