MARIO, OU BROKEBACK MOUNTAIN AU PAYS DES FOOTEUX

 
 Crédit : Mario - Marcel Gisler
                                          
Marre du foot après un (long) mois de Coupe du monde ? Ne zappez pas pour autant le film Mario qui sort le 1er août sur nos écrans. Au même titre que Magic Mike, de Soderbergh, n’est pas un film sur le strip-tease, Mario n’est pas un film sur le foot.

Réalisé par le suisse Marcel Gisler (F.est un salaud, Electroboy), Mario brosse le portrait d’un footballeur suisse qui n’a qu’un rêve : devenir professionnel de football. Sur le chemin de la gloire, le jeune homme tombe follement amoureux de son nouveau coéquipier allemand, Léon. Des rumeurs de vestiaires vont bon train et des maîtres-chanteurs mettront en danger ses plans de carrière. L’amour sera-t-il plus fort que le foot ? Réponse le 1er août. 

Quand une « bromance » devient romance. Mario est un joueur de football secrètement gay. Malgré un certain refoulement, le jeune Suisse connaît déjà sa préférence sexuelle. Ici, la question n’est pas tellement de s’accepter soi-même, mais plutôt d’accepter de se conformer au milieu dans lequel on évolue. Plus vrai, plus amoureux, Léon, son ami-amant refusera d’entrer dans le « moule » afin de poursuivre son rêve. 

Crédit : Épicentre Film 

On est loin de la révolution LGBTQI dans le monde du football, mais c’est une première incursion notable dans ce milieu ouvertement fermé, où l’image publique est aussi précieuse qu’un but en pleine lucarne. Peut-on être gay et avoir des chances de réussir dans le foot ? La question est implicitement posée dans le film.

Avec comme décor les Alpes bernoises enneigées, on assiste à la naissance de l’idylle fulgurante entre Mario et Léon, deux antithèses parfaites. La froideur de Mario entre en contact presque chimique avec la chaleur dégagée par Super Léon. Plus sauvage et rebelle, le prodige allemand est beau comme un dieu grec et fera monter la température en ce mois d’août.

Passée la gêne des premières étreintes, leur rapprochement se voudra brûlant, passionnel et charnel. Et puisqu’un bonheur n’arrive jamais seul, leur proximité dérangeante pour leurs coéquipiers sera accompagnée de choix douloureux, de mensonges et de dénégations.

Crédit : Épicentre Film 

Leur relation s’avère difficilement compatible avec le milieu encore stéréotypé du football où vie publique et vie privée sont intimement liées. Le sujet est d’autant plus intéressant que les coming-out sont extrêmement rares ou simplement tus dans la sphère footballistique. Dans le film, il est perceptible qu’il est inconcevable d’aimer un autre homme, qui plus est son partenaire de club. Les cadres du milieu seront toujours là pour le rappeler aux jeunes étoiles. Sous haute pression (merci Papa, les agents et les recruteurs), Mario va jouer un jeu de dupe à la limite du tragi-comique pour cacher sa relation aux yeux de tous. Ce maquillage atteint son paroxysme quand sa meilleure amie jouera les femmes de footballeur. Et puis, Mario sait bien que sur et en dehors des terrains, une simulation mérite un avertissement.

Crédit : Épicentre Film 

Même si les femmes sont peu présentes dans le film, elles tirent leur épingle du jeu en étant la cause « censée » de l’anti-héros. La mère et la meilleure amie de Mario respectent sa relation, mais doutent de la manière dont il gère sa carrière. Avec moins de détachement par rapport au football, les hommes sont, à titre de comparaison, sans scrupules et sans considération aucune pour les sentiments que portent un joueur à un autre joueur. Le foot reste un jeu et on ne badine pas avec l’amour. Musset 1. Mario 0.

 Crédit : Épicentre Film 

Après The Captain-L’Usurpateur (sorti en mars dernier), Max Hubacher s’impose comme une valeur montante du cinéma helvétique. Avec son regard azur à la Daniel Craig, le comédien de 25 ans est la révélation du film. Dans le rôle de Léon, l’acteur allemand d’origine croate, Aaron Altaras, n’est pas en reste pour autant et offre de très belles scènes avec son collègue blondinet.

Crédit : Mario - Marcel Gisler

On peut reprocher le manque de prise de risques et un certain classicisme. Par son scénario, sa mise en scène et son ampleur, le film est loin de venir chatouiller des films « gays qui comptent » comme Brokeback Mountain, Carol ou plus récemment Call Me By Your Name. Mais le récit et les personnages sonnent juste et vrai. Le but est atteint, aussi efficace qu’un plat du pied dans le petit filet adverse. Verdict : il n’y pas que le foot dans la vie, il y a le cinéma aussi !
 


> Article de Loïs Mangin

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