LES FILLES SUR LE RING

Et si on parlait de ces filles combattantes ? Au sens littéral comme au figuré, celles qui n’hésitent pas à donner et à recevoir des coups. Focus sur Lola, Alexandra et Juliette, qui n’ont pas peur de se servir de leurs poings.


Photo : Naïm Ben Salah

Paulette : Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Lola : Je m'appelle Lola, j'ai bientôt 21 ans et je suis en 3ème année de droit à Lyon 3 ! J'habite à Lyon pour mes études depuis environ 3 ans et j'envisage l'histoire de l'art pour la suite. Je suis aussi nounou de 4 enfants, que je vois tous les jours depuis la rentrée !

Alexandra : Je m’appelle Alexandra, et j’ai 27 ans. Speed, volontaire et engagée, j'aime les défis et je m'en pose régulièrement. Ne jamais me dire “c'est impossible, tu ne pourras pas” : je ferai tout pour vous prouver le contraire ! C'est d'ailleurs de cette façon que je me trouve aujourd'hui être championne du monde et sous peu avocate.

Juliette : Je m'appelle Juliette, j'ai 36 ans. J'habite à Paris, je suis traductrice freelance et je travaille de chez moi. Je suis célibataire et je n'ai pas d'enfants.

Tu nous parle un peu de ton sport et de ta pratique ?
Lola : J'ai commencé le krav maga assez récemment, il y a environ 5 mois dans un club convivial à Villeurbanne, Le Samouraï. Il y a des cours deux fois par semaine de 1h30, j'essaie d'aller aux deux mais c'est parfois compliqué.
Le krav est un sport israélien au départ, c'est un sport de combat où "tout est permis" parce le but principal est de mettre hors d'état de nuire l'agresseur pour avoir le temps de partir ensuite. Ce n'est en aucun cas se battre pour se battre !
Le cours commence toujours par un échauffement. On court pendant 20 min, parfois plus, puis il y a des séries de pompes, d'abdos, de gainage, de gigoules (roulades sautées) et de squats. Après les étirements et les préparations physiques des articulations et du cou pour éviter de se faire mal, l’entraînement commence réellement. Les exercices changent en fonction des jours, du monde présent au cours ou encore des instructeurs, mais on travaille principalement par enchaînements, pour acquérir des réflexes en cas d'agressions, par exemple en cas d'étranglement, ou d'agression au couteau.
Personnellement, j'ai du mal à frapper pour de vrai, je suis toujours dans la retenue et je ne fais pas les mouvements en plein, ce qui est un très gros défaut. Je pense que le déclic n'est pas encore arrivé mais je travaille dessus. Je n'arrive pas à me dire qu'il faut que je m'entraîne sur des personnes tout à fait sympathiques pour le cas où j'aurais à vraiment me défendre dans une situation réelle.

Alexandra : Mon sport, le karaté, c'est presque toute ma vie. J'ai commencé à l'âge de 5 ans et je n'ai jamais décroché. J'ai rapidement pris goût à la compétition. Le karaté, je le dis souvent, c’est l'école de la vie, en tous cas ça l'a été pour moi. Il inculque de nombreuses valeurs sociales aux enfants : respect, partage, humilité, honneur, générosité. Le karaté a de nombreux avantages, dont la performance sportive et l’entretien physique. Sans oublier que ce sport fédère des personnes issues de tous milieux ! On a tous un kimono et une ceinture, fini les classes sociales apparentes. Personnellement je le pratique chaque jour, accompagné d'un peu de course et de musculation pour avoir une préparation physique complète.

Juliette : Je fais de la boxe anglaise dans un club de la banlieue parisienne. J'ai commencé en septembre 2011, d'abord dans la section loisir pendant un an, puis en compétition dans les catégories 48 et 51 kg depuis septembre 2012. J'ai fait 18 combats, dont 3 en pré-combat, et 15 en amateurs. J'ai remporté les championnats de France en pré-combat et j’ai également participé à plusieurs galas et compétitions officielles, dont les championnats régionaux, pré-nationaux, les championnats de France et le Ladies Boxing Tour, une compétition uniquement féminine organisée depuis quelques années qui permet aux boxeuses de tous âges et de tous niveaux de monter sur le ring et d'engranger de l'expérience.
Je m'entraîne 3 à 4 fois par semaine dans mon club : le lundi est réservé au travail cardio sur piste d'athlétisme, les mardis et jeudis aux mises de gants (sparring) et le vendredi au travail technique ou aux circuits training. Je m'entraîne également beaucoup de mon côté en faisant des footings, du fractionné en course à pied et de la musculation.

Pourquoi avoir choisi un sport de combat ?
Lola : Il y a environ 6 mois, j’ai vécu un incident dans la rue alors que j'étais avec ma meilleure amie. Rien de grave, mais j'ai quand même reçu un coup dans la poitrine et je l'ai tellement mal vécu que je me suis dit qu'il fallait que je sache me défendre.
En plus c'est vraiment complet comme sport, on travaille la souplesse, la force, la vitesse, la mémoire, la précision et la technique, qui est super important pour passer les ceintures ! Je suis très souple naturellement, c'est donc le seul petit avantage que j'ai !

Alexandra : C'est plutôt le karaté qui m'a choisie ! A dire vrai je ne me laisse pas marcher sur les pieds et je n'ai jamais eu peur d'aller à l'affrontement, même contre des garçons. Ayant toujours été la plus petite, j’étais fréquemment embêtée et mes parents souhaitaient que je fasse un sport de combat. Cela cadrait d’ailleurs très bien avec mon état d'esprit, même toute petite j'étais très compétitrice et j'aimais l'opposition directe. Le karaté allait de soi !

Juliette : Je ne saurais pas vraiment dire. J'ai toujours été attirée par le combat : les scènes de combat à mains nues dans les films me fascinent ! Cette sensation ambivalente de force, de puissance et d’humilité. De puissance, parce qu’on se rend vite compte, en encaissant et en rendant des coups, que le corps peut résister à la douleur et à l’épuisement. 2 minutes -la durée des rounds en boxe féminine- c’est long quand on est sur le ring ! Et d'humilité parce qu’on prend vite conscience de ses limites et du fait qu’on n’est pas invincible lorsque l’on est sur le ring. Prendre des coups ça fait mal, et sous le stress on perd beaucoup de ses moyens.


Photo de Denis Boulanger - FFKDA


Après un entraînement, tu te sens comment ?
Lola : Crevée et rêvant d'une douche ! Je me sens bien, j'ai la satisfaction d'avoir bien travaillé et j'ai de moins en moins de courbatures. J'essaie le plus possible de refaire les enchaînements appris dans ma tête pour que ça reste, mais ce n'est pas toujours facile quand personne n'est en face, mes mouvements viennent bien plus instinctivement quand on est attaqué "pour de vrai".

Alexandra : Je me sens euphorique et j'ai la pêche ! Parfois, je suis même fière de ce que j'ai réalisé car j'essaie constamment de dépasser mes limites techniques et physiques, je vais au bout de moi-même et c'est une grosse satisfaction en fin de séance d'avoir réalisé ce qu'on s'était fixé. En spécifique karaté, cela ne m'arrive pas souvent de ressentir de la satisfaction car je suis plus exigeante avec moi-même. La rigueur c'est bien, mais j'ai parfois conscience que des fois j’en attends trop de moi-même et que ma séance était finalement très bonne.

Juliette : Ça dépend ! Si je suis contente de ce que j'ai fait pendant la mise de gants, je ressors heureuse et satisfaite, mais si je n'ai pas réussi à faire ce que je voulais je peux être très frustrée. Je ne fais pas ce sport dans une optique fitness, mais vraiment pour la compétition. Du coup, le côté "défouloir" dont parlent beaucoup de gens, je ne le ressens pas vraiment. Je ne suis pas là pour évacuer mon stress mais pour progresser, tant en technique qu'en physique, et le plaisir et la sensation de bien-être que je ressens après un entraînement dépendent beaucoup de mes performances durant celui-ci. Cela dit, finir la séance avec le t-shirt trempé, le souffle court et la sensation d'avoir tout donné est toujours extrêmement satisfaisant !

Qu’est-ce que ça t’apporte personnellement ?
Lola : En tant qu'étudiante détestant courir, le krav est mon sport hebdomadaire. J'ai remarqué que je suis plus sculptée, et que j'ai plus d'endurance au niveau du souffle.
Quand il faut enchaîner les abdos et les pompes, on doit se dépasser, repousser ses limites et quand j'arrive à bien suivre le rythme et à faire toutes les séries je suis fière de moi !
Je dirais aussi que ça donne de la confiance en soi de savoir qu'on peut se défendre, ou du moins avoir un réflexe qui va surprendre un hypothétique agresseur et qui va permettre de se sortir d'une mauvaise situation. Après, j'ai bien conscience que ce n'est pas avec 5 mois de sport de combat que je vais faire la différence !

Alexandra : De la joie, des satisfactions, des victoires, de la fierté, des sensations fortes, des larmes de bonheur partagées avec mes proches, mes amis et mes fans, le sentiment du devoir accompli… Et j'en passe ! A haut niveau il y a également le doute, les remises en questions, les défaites, les peurs et les échecs. Mais le positif est tellement plus gratifiant que l'on oublie tout le reste. Une fois sur la plus haute marche, on repense à tout cela et on se dit que tout valait la peine !

Juliette : Énormément ! Surtout aujourd'hui, après 4 ans de pratique en compétition. J'ai enfin atteint un niveau où je prends beaucoup de plaisir à boxer, tant en sparring qu'en compétition, même si en compète le stress est énorme lorsque je monte sur le ring ! J'ai commencé le sport à 26 ans, avant, je ne faisais rien du tout ! Du coup les débuts ont été difficiles. Si j'avais déjà une bonne condition physique, apportée par un an et demi de boxe thaï et pas mal de course à pied, j'avais l'impression de ne pas progresser. Je me suis améliorée techniquement et j'ai désormais plus confiance en moi et en mes capacités, même s'il reste beaucoup de travail de ce côté-là car j'ai une fâcheuse tendance à me dévaloriser et à manquer de confiance en moi ! Je ressens d'ailleurs une véritable fierté à chaque fois que je monte sur le ring pour un combat… Enfin plutôt lorsque j'en descends, une fois le combat terminé ! Avant chaque combat c’est différent, je me demande ce que je fais là et pourquoi je m'inflige ça, tellement le stress est grand. Mais ensuite, je suis souvent extatique d'avoir réussi à surmonter ce stress ! J'ai également acquis une excellente condition physique. Je ne m'en rends pas forcément compte quand je suis au club car je suis entourée de compétiteurs, mais je le vois dans la vie de tous les jours : j'ai récemment arpenté certains sentiers de randonnée des parcs de l'Ouest américain et j’ai constaté avec bonheur que les rudes montées ne me posaient aucun problème !
Enfin, j'ai trouvé dans mon club, le Boxing Beats d'Aubervilliers, une véritable famille. C'est un plaisir d'aller aux entraînements, de retrouver les autres boxeuses et boxeurs. Tout le monde se soutient et s'encourage. Cette dimension sociale est très importante pour moi !



Qu’est-ce que tu entends le plus souvent sur les filles qui font des sports de combat ?
Lola : Je n'ai jamais entendu d'idées reçues, pas d'à priori négatif du moins. Après, ce sont des sports où il y a une majorité d'hommes, il faut en vouloir et ne pas se laisser faire ! On est plusieurs filles dans mon cours, environ 5, et tout le monde se demande pourquoi il n'y en a pas plus ! Avec tout ce qu'on entend sur les agressions, dans les transports en commun ou dans la rue, et tous ces témoignages qui circulent sur internet notamment, le nombre de filles dans les cours de self défense est relativement bas.

Alexandra : Alors là je n'ai vraiment aucun vécu à ce sujet. Je pense qu'aujourd'hui il n'y a plus d'idées reçues sur les femmes qui pratiquent des sports de combat. Cela s'est largement démocratisé. Il faut vivre avec son temps et je pense sincèrement qu'aujourd'hui une femme peut tout faire, n'importe quel sport, n'importe quel métier. L'important est d'être en adéquation avec soi-même et avec sa ligne de conduite. Ce que j'entends le plus souvent ? Les karatékates sont jolies et féminines. Et oui, on reste des femmes avant tout !


Juliette : Que ce n'est pas un sport très féminin, et ça m'énerve au plus haut point. Il n'y a pas de sport féminin ou masculin. Il n'y a que différentes disciplines qu'on apprécie ou pas, qu'on soit un homme ou une femme.
Parfois, les gens s'étonnent que je n'aie pas le visage amoché. En 4 ans de pratique compétitive, je n'ai eu qu'un seul cocard. En combat chez les féminines comme en sparring à l'entraînement, on porte un casque qui descend sur le front et permet d'éviter les blessures superficielles comme les coupures, notamment à l'arcade. Il existe même des casques qui protègent le nez. Quant au nez cassé que beaucoup redoutent, ça arrive, mais c'est quand même très rare. Je me suis moi-même pris un bon paquet de patates sur le nez, mais il n'a jamais été cassé. Au pire, il est un peu rouge ! Aussi, on me dit souvent que c'est un sport violent. Ce n'est pas vrai. Il y a des coups, certes, mais pas de violence. Pour moi, la violence est quelque chose de subi. Il y a un agresseur et une victime, un fort et un faible. Là, les deux adversaires sont à égalité en termes de genre, de catégorie d'âge et de poids, ils sont là de leur plein gré, se sont entraînés dur, et le combat est réglementé. C'est un jeu de stratégie.

Un mot pour encourager les filles à se lancer ?
Lola : Pratiquer un sport de combat vous servira toujours ! C'est en vogue il me semble, mais au-delà de ça, c'est un bon moyen de rencontrer des personnes, de se dépenser. Il y a du challenge, ça fait du bien de se défouler et de mettre des coups de pieds et de poings dans un sac de sable ! Pour faire court, mon frère qui me maîtrisait depuis bien longtemps a un peu plus de mal à le faire depuis que je fais du krav !

Alexandra : Si vous voulez botter les fesses de votre petit copain ou juste avoir un physique de rêve, n'hésitez plus !

Juliette : Si vous en avez envie, foncez. Je ne connais que la boxe anglaise et la boxe thaï, mais ce sont tous les deux des sports passionnants et dans lesquels on ne peut pas s'ennuyer car on n'a jamais fini de progresser !
PAULINE ALLIONE

Pauline, Assistante de rédaction web, 20 ans, Lyon
Une lubie ? Faire des plans sur la comète
Un plat ? Les pâtes au pesto, carbo , bolo...
Une chanson ? Oops!... I did it again de Britney Spears
Un endroit ? La rivière, en Ardèche
Une fringue ? Un jean taille haute
Une devise ? Fries before guys
> https://twitter.com/paulinaspp

VOUS AIMEREZ AUSSI

Utilisation des cookies

Découvrez comment fonctionnent les cookies et comment changer vos paramètres. Si vous continuez à utiliser notre site sans changer vos paramètres, vous consentez à l’utilisation de cookies sur notre site.