LA GÉNÉRATION Y LIT ELLE ENCORE DES LIVRES ?




On ne lit plus, du moins c’est ce que les médias nous répètent. La “génération Y” aurait vendu son âme aux emojis et délaissé la littérature au profit des 140 sacro saints caractères. Mais serions nous réellement une génération d'écervelés ou simplement plus sur la même page que les générations antérieures.

En réalité, les jeunes lisent énormément, certes peut être pas d’une manière conventionnelle mais probablement plus régulièrement que leurs aînés. On oublie souvent que le web est une plateforme quasi intégralement écrite et que pour le maîtriser… scoop: il faut lire. Cependant, si la lecture est omniprésente dans notre quotidien, elle n'est plus source de plaisir et d’évasion comme elle a pu l’être pour nos parents. On lit par obligation plus que par envie. Beaucoup ne sont pas prêts à accorder à la lecture la constance et la fidélité qu’elle requiert. On consomme donc la “littérature” autrement, via des adaptations cinématographiques ou des podcasts plus en phase avec nos rythmes de vie non-stop.



Si elle use notre précieux temps il faut aussi admettre que, malheureusement pour elle, la littérature a perdu sa place de choix dans les activités dites “d'excellence”. Les générations Y et Z attachent bien plus d'importance aux autres médias comme le web ou l’audiovisuel. Certains maîtrisent déjà le coding mais peinent encore a déchiffrer un texte. Il faut se rendre à l'évidence; avoir lu tout Balzac n’impressionne plus grand monde (à part peut être votre grande tante qui se fera une joie de débattre sur la peau de chagrin avec vous pendant le déjeuner dominical)

> La lecture, une activité égoïste ?

En effet, pour cette génération extrêmement sociable, la communication est un élément central or la lecture est une activité égoïste. On lui préfère des plateformes d'échange et activités collectives comme les réseaux sociaux, le cinéma ou même les concerts qui permettent de nouer des liens avec des personnes aux intérêts similaires aux nôtres.

“Le rapport à la lecture a complètement changé depuis quelques années. Autrefois, tout le monde ne lisait pas, mais il y avait une légitimité de la lecture.” explique Danièle Sallenave membre de l’académie française et auteur de Nous on n'aime pas lire (Gallimard, 2009). “ Sans cette légitimité, il est très difficile de transmettre le goût de la lecture aux jeunes. Elle est perçue comme une activité difficile, ennuyeuse totalement soumise à cet impératif imposé par les professeurs : “il faut lire”.

> Pourquoi tant de haine ?



A force de zapper d'une page à l'autre, smartphone en main, ordi sur les genoux, notre capacité à nous concentrer en prend un coup. Plutôt que de suivre une lecture linéaire, les yeux balaient l’écran à la recherche d'informations sans pour autant s'attarder sur un élément en particulier. Difficile alors de suivre un récit. Les jeunes sont boulimiques d'information rapide et l'information que leur offre un livre en 200 pages parait trop “diluée”, sans gratification
immédiate. Le résultat? une Lecture des textes en diagonale, sans réel investissement de la part du lecteur qui cherche à tout prix l'info capitale, celle qui fera qu'il n’aura pas “perdu son temps” malheureusement la lecture est une activité exclusive et, il faut l'admettre, assez chronophage trop souvent réservée aux salles d'attente.

Les jeunes dénoncent également des récits trop éloignés de leurs préoccupation actuelles. En effet, si Stendhal est toujours au programme, ses récits ne sont plus exactement au goût du jour (sauf bien sur si votre coeur balance entre l'armée et le clergé auquel cas, Stendhal est votre homme). Se pose alors la question de l'implication du lecteur: La lecture doit elle systématiquement faire écho à notre quotidien pour être intéressante ?

“Si on ne lit que ce qu'on connaît déjà on ne découvrira jamais rien !” s'insurge Danièle Sallenave. “Les jeunes se sentent rebutés par des textes qui ne sont pas de leur époque. Les miracles de la technique ont fait naître l’idée que seule notre époque est intéressante. “

> Le phénomène “Young adult”

Paradoxalement on remarque un engouement phénoménal des jeunes pour les romans “Young adult”. John Green ( Nos étoiles contraires) s'est vu propulsé au rang d'idole des jeunes au même titre que Justin Bieber. Les sagas surmediatisées comme Twilight, Divergente, Hunger Games ou encore Le Trône de Fer déchaînent le foules. En France, La saga de l’américain R.R Martin s’écoule près de trois millions d'exemplaires tous tomes confondus.
Six heures de queue pour rencontrer l'auteur et lui faire signer ce que certains appellent leur“bible”.

Alors pourquoi une telle mobilisation pour ces ouvrages, qui, sois dit en passant abordent des thèmes médiévaux, aux antipodes des préoccupations quotidiennes de jeunes ?

“La lecture n'est plus considérée comme une activité prestigieuse mais dès qu’un roman est mis en avant par les médias ou leurs camarades, il devient un objet désirable.” explique Danièle Sallenave. “Les jeunes ont besoin d’une communauté dans laquelle ils se reconnaissent. C’est le rôle que jouent les best sellers, même médiocres, il faudrait donc les aider à tisser des liens autour de vrais bons livres !”

 

> Alors, la lecture a t-elle signe son arrêt de mort ?

Il faut se faire à l’idée que si la lecture est toujours bien présente, elle n'est plus l'unique garant de la culture. Les nouveaux médias se renouvellent sans cesse et rivalisent d’ingéniosité pour capter l'attention de leur public. Il revient donc aux lecteurs le devoir de partager leurs découvertes et le goût des pages cornées.

> Article de Louise Baxter

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