LA DOUCE VIE DE BASILE DI MANSKI



Photos d’Alice Moitié
Auteur d’un premier roman Saint John d’Orange, Basile est compositeur, musicien et écrivain. Il vient de sortir en février dernier son deuxième EP In Camera qui fait suite à un premier opus baptisé 1988 comme son année de naissance. Pour l’occasion, nous l’avons rencontré en toute intimité où il nous a ouvert entre deux chansons les portes de son univers teinté d’érotisme et de doux délire chamanique…



Paulette : La musique semble très tôt entrer dans ta vie, petit comme un calmant contre le mal de mer en voiture et plus tard comme un exutoire sur fond de transe et de vision intérieure et voyage infini. Peux-tu nous en dire davantage ?


Basile : Je crois que je suis né avec une sorte de mal au cœur qu’un certain type de musique peut seul réussir à soulager. Il y a eu la musique que j’écoutais enfant sur les cassettes de mes grands-frères : d’abord la dance music et les boys bands des années 90’, puis Mc Solaar et Doc Gynéco. Je pouvais faire 7 heures de voiture en écoutant Première Consultation sans broncher.
Puis, il y a eu MA musique et là ça a été un bouleversement pour moi parce que peu à peu je suis devenu capable de créer une musique qui me soulageait plus que toutes les autres musiques.
Je passe beaucoup de temps dans ma musique, à l’écouter et surtout à la fabriquer. Au-delà de son côté thérapeutique, si on peut appeler ça comme ça, il se passe quelque chose d’inexplicable au moment où une chanson naît. J’ai parfois des visions dans lesquelles des couleurs et des textures s’animent. Je me mets dans une forme de transe qui ne ressemble à rien d’autre…quand j’entre en mode “chaman”, c’est comme si le verbe être et le verbe faire se mélangeaient. C’est assez intense.



Dans quelles circonstances as-tu décidé de faire de la musique ton métier ?

Le 14 avril 2013, à l’hôpital, après que mon poumon gauche se soit perforé pour la deuxième fois… J’ai eu peur parce que je ne pensais pas que ça pouvait recommencer, d’autant que médecins étaient très alarmistes et que selon eux ma capacité respiratoire irait en diminuant.
Pendant quelques jours, j’ai vu ma vie défiler sous mes yeux. Je me suis alors dit que si je devais mourir plus vite que prévu, je ne pouvais décemment pas laisser 50 chansons inachevées derrière moi, réparties sur trois ordinateurs dont au moins 2 ne s’allumaient plus ! Puis, je me destinais à l’époque à un carrière d’avocat spécialisé en Droit italien et j’ai subitement pris conscience que je ne voulais pas mourir de cette vie-là, mais d’une vie beaucoup plus cool où je serai musicien ! Et c’est tant mieux parce que j’aurais fait un avocat assez moyen. Le genre qui oublie d’envoyer les papiers à temps et qui vous fout grave dedans (rires).

De manière générale, où trouves-tu ton inspiration ?
Je m’inspire de tout ce qui peut entrer en résonnance avec ma musique et stimuler ma créativité : la peinture moderne, la poésie d’Allen Ginsberg, les interviews vintage de Jacques Chancel, le cinéma de Fellini, les filles ou certains beaux rêves que je fais et qui se passent souvent en Italie.
Bien sûr il y a aussi la musique des autres ! Ces derniers jours, j’écoute Lamusa, un Italien qui pousse la musique des années 80 à un stade presque métaphysique. Après, je crois que les tracks qui m’inspirent le plus sont des titres que j’ai écoutés il y a longtemps et sur lesquels j’ai vécu de grands moments, à tel point que je ne sais plus si ce sont les chansons ou les moments en question qui m’inspirent.
Sinon en ce moment, je suis plongé dans un manuel d’Anatomie et de Physiologie et c’est intéressant parce que les schémas qui représentent certaines parties du corps se rapprochent pas mal des visions que je peux avoir de temps en temps en écoutant ou en faisant de la musique quand je suis en mode chaman.

Ton EP In Camera vient de sortir ? Pourquoi ce titre en italien : “dans la chambre” ?
L’EP s’appelle In Camera parce que tout tourne autour de la chambre et de l’intimité : la plupart des chansons ont été enregistrées dans une chambre, j’y parle d’amour (celui qu’on fait dans sa tête et celui qu’on fait ensemble dans la chambre).
Puis, je vois ces chansons elles-mêmes comme des chambres confortables, dans lesquelles on va pour se détendre, rêvasser en fumant de la weed et éventuellement s’assoupir. J’adore l’idée qu’on puisse dormir dans mes chansons. Et j’aime penser à cette intimité qui s’installe loin de moi, entre ma voix et celui qui l’écoute.



D’ailleurs, en parlant de chambre, tu y as passé près de 12h lors du lancement ton EP le 13 février dernier au Pigalle, que retires-tu de cette expérience ?
C’était une expérience très intense. Je ne savais pas si mon corps et ma voix réussiraient à tenir pendant 12h et j’ai été surpris de voir que si ! Au-delà de la performance, je suis content de ce concept parce qu’il me permet de rencontrer mon public et de lui présenter mon univers de manière beaucoup plus personnelle que si on était 200 dans une de ces salles qui ressemblent à des garages et qui sentent la bière et la transpiration. Là encore, c’est une question d’intimité. Quand je joue dans une chambre d’hôtel, l’important n’est pas de “mettre une claque” mais de séduire les gens avec ma musique et mes mots, qu’ils arrivent à comprendre de quoi je parle et qu’on se rencontre.

A ce propos, comment en es-tu arrivé à bosser avec le label Pain Surprises ?
Je crois qu’Etienne et Felix de Pain Surprises ont entendu parler de moi grâce à Sébastien du Tournedisque. Un des tracks de mon premier EP était entré en playlist sur leur site. Ils sont alors venus me voir jouer au 114. Heureusement pour moi c’était un concert assez spécial : il y a avait très peu de monde et ce soir-là pour la première fois, j’ai beaucoup parlé entre les morceaux, un peu comme je le fais aujourd’hui (rires).
Etienne m’a appelé quelques mois plus tard pour que je vienne voir les studios de Pain Surprises à Montreuil. Là-bas, on a discuté tous ensemble, je leur ai dit que j’avais plein de titres en stock. Ils m’ont répondu qu’ils étaient chauds pour qu’on sorte un truc et on a fini par signer.

Le numéro de Paulette actuellement en kiosque porte sur la Dolce Vita, c’est un peu l’esthétique qui ressort du calendrier de ton EP et dont les photos sont signées Alice Moitié, n’est-ce pas ?
Oui, c’est un peu ça. Alice a un univers qui peut être à la fois très kitsch mais qui reste très exigeant. Du coup on s’est bien entendu sur ce calendrier de charme. L’idée de départ était de s’inspirer de la photo érotique des années 1980, comme on peut la voir dans de vieux numéros de Photo Magazine. J’ai préparé une sélection de photos de crooners et il y avait notamment cette photo de Helmut Berger jeune qui pose nu et qui est magnifique : c’est comme ça que je me suis retrouvé nu sur un fond rouge.



Quand pourra-t-on prochainement te voir sur scène ?
Je serai le 13 avril au Pop Up du Label mais c’est exceptionnel. On travaille sur quelque chose d’autre et ça risque d’être vraiment cool. J’en dirai plus d’ici quelques semaines !

Après l’EP, bientôt un album ? Peux-tu nous dévoiler les coulisses de sa préparation ?
Oui, je travaille sur une quinzaine de titres en ce moment. Ce sont encore des démos mais je peux déjà te dire qu’ils ont une énergie très différente de mes tracks précédentes. Les tempos sont plus lents, il y a de belles lignes de basses et beaucoup plus de guitare. Ça sonne plus physique, plus rough et c’est un peu plus dansant du coup.
Quant au processus de création, il est assez simple. Je m’enferme dans une tour avec une batterie, une basse, une guitare, des synthés et quelques machines, puis je cuisine des space cannelés et je fais de longues sessions en solo, surtout de nuit. Hier par exemple, j’ai dansé sur un morceau jusqu’à 4h du matin ! La journée, je reprends les trucs que j’ai fait la veille, je range, je réorganise, j’ajoute, j’efface, j’écris quelques textes et je fais du sport parce qu’il faut quand même prendre soin de son corps (rires).

Une dédicace aux Paulette ?
Oui. Je voudrais leur dire que j’aime beaucoup les femmes d’aujourd’hui…
Je parle de celles qui n’ont pas peur d’être à la fois cool et ambitieuses, sérieuses et drôles, indépendantes mais dévouées, sympas en mode copine et sexy en mode petite copine, celles qui sont polies mais qui disent des saloperies quand elles sont dans les bouchons, celles qui sont des princesses une fois de temps en temps mais qui savent aussi être salopes parce qu’elles se respectent, justement, et que le sexe est une des plus belles choses qu’on ait ; celles qui ont compris qu’il ne faut pas prendre le féminisme au pied de la lettre et qu’avec un bon sens du timing, elles peuvent incarner toutes ces choses-là à la fois. J’aimerais aussi vous dire que nous aussi on est en train de changer et qu’on fait vraiment le maximum pour devenir les hommes du futur.

Concert :
13 avril : Pop-Up du Label



> BONUS !
Paulette vous offre 2 x 2 places pour assister au concert de Basile qui aura lieu le 13 avril  au Pop up du Label. Les gagnants seront tirés au sort parmi les bonnes réponses à la question suivante : Quel animal est représenté la cover du dernier EP de Basile di Manski
Pauline Weber

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