L’HOMME DE NOS RÊVES : MOULOUD ACHOUR

OKLM, chez Mouloud.


Journaliste que l’on ne présente plus et surtout premier homme à prendre la rédaction en chef de Paulette, Mouloud Achour s’est particulièrement impliqué dans notre numéro actuellement en kiosque, « La vie de rêve », en signant l’édito et en choisissant la plupart des articles, mais également en rédigeant un abécédaire hilarant. Celui dont la plume est aussi inspirée que ses mots sont inspirants, et qui tend davantage le micro plutôt qu’il ne le reçoit, nous en dit plus sur son parcours, ses expériences, ses passions, ses projets. Bref, on a fait parler celui qui fait habituellement parler les autres !

Propos recueillis par Juliette Minel



Extrait de l’abécédaire de Mouloud !


Juliette : Tu es un touche à tout : où en es-tu aujourd’hui ?

Mouloud : Je suis actuellement producteur de l’émission Clique Dimanche sur Canal +, j’ai aussi une société de production qui s’appelle Première Fois Production, qui anime le média que l’on a créé : clique.tv. En fait, aujourd’hui, la plupart de mes activités sont liées à Clique.

Pourquoi as-tu accepté de jouer les rédacteurs en chef invités pour Paulette ? Tu es d’ailleurs le premier rédacteur en chef de sexe masculin !

Parce qu’on me l’a demandé gentiment, tout simplement ! J’aime bien l’esprit d’indépendance de Paulette. Vous me faites penser à Clique, parce que vous êtes une clique vous aussi, une clique de talents qui se sont réunis, qui ont envie des mêmes choses et qui se battent pour que le média existe. C’est un combat, Paulette, ce n’est pas acquis. Et je trouve que quand on est uni et qu’on va ensemble dans la bonne direction, c’est bien que toutes les cliques, même si elles sont dans des secteurs différents, se réunissent pour faire des choses. Moi, je l’ai plus vu comme une collab’ Clique x Paulette.

« La vie de rêve » : peux-tu nous parler du thème du numéro actuellement en kiosque ?

« La vie de rêve », c’est une expression que j’affectionne. C’est quelque chose que l’on fabrique au quotidien. Il y a une différence entre rêver sa vie et vivre ses rêves ! Moi, je préfère me battre pour vivre des rêves. C’est d’ailleurs une toute petite nuance qui définit bien l’esprit de Clique : on sait que la vie est très dure, on sait que c’est très compliqué, mais on sait aussi que les rêves ne sont pas inaccessibles, donc on va se battre avec toutes ces données-là et tous les bâtons qu’on nous met dans les roues pour que nos rêves se réalisent.

Là, tu vis la vie de rêve ? Ou tu la touches du doigt ?

Non. Là, je travaille vraiment beaucoup pour justement vivre la vie de rêve un jour. En réalité, je fais ce que j’aime, donc c’est déjà un rêve. Ce n’est pas donné à tout le monde de faire ce qu’il aime dans la vie ! À chaque fois que j’ai un petit coup de blues, je me dis : « Mec, t’es pas à l’usine, t’es pas en train de porter des cartons, t’es en liberté et tu fais ce que tu aimes faire ! »


Pic by @the_yellow_kid

Comme tu aimes la musique, on a axé ce numéro sur cet art. En interviews, on a Jorja Smith, Mai Lan, Ibeyi et Chilla notamment. Elles te parlent, ces femmes ?

Mai Lan, surtout ! Jorja Smith et Ibeyi aussi. Chilla, un peu moins, c’est un choix de Paulette. Et c’est ça qui est intéressant, quand les deux univers se rencontrent. J’espère que je vais la découvrir grâce à vous ! Mai Lan, je l’adore, elle fait partie de ma clique, elle fait même partie de la famille. C’est quelqu’un qui se réinvente à chaque album, voire à chaque titre. Quand on l’écoute, il y a un univers par morceau et aujourd’hui, rares sont les artistes qui s’affranchissent du marketing ou des codes. Je trouve qu’elle est une artiste totale. Elle danse, elle peint, elle chante, elle écrit divinement bien, elle est incroyable ! Je pense qu’elle est encore au début de ce qu’elle va nous offrir.

On a aussi Anna Calvi. Tu connaissais ?

Je connaissais, ouais ! C’est super prometteur ! Elle a de bonnes ondes.

Tu n’es pas du tout réfracteur à la scène rock, alors ?

Pas du tout ! Au contraire. Ce serait triste d’écouter toujours la même chose. Je suis venu à la musique par le rap, mais le rap m’a fait découvrir la musique, le rock, le jazz, le blues, la soul, parce que les rappeurs samplent beaucoup de musique. Moi, je suis un petit geek, je suis toujours allé fouiller en me demandant : « Qu’est-ce qui a été samplé par untel ? » C’est comme ça que j’ai élargi ma culture. Je ne peux donc pas concevoir la musique toujours avec le même bpm. Ce serait triste. La musique correspond toujours à des émotions, donc il y une telle palette de notes, d’instruments et de combinaisons possibles qu’on ne va pas se limiter à un genre, sinon on serait vraiment bêtes (Rires).

Comment es-tu venu à la musique ? Tu en as fait quand tu étais enfant ?

Non, c’est juste que j’en ai écouté beaucoup ! C’était un objet de transmission culturelle. Ça a commencé avec la musique d’origine kabyle, la funk, j’ai ensuite découvert le rap à travers des trucs un peu commerciaux à la radio, puis j’ai commencé à aller chercher par moi-même la musique que j’aimais. Mon premier gros choc musical a été avec Dr. Dre, avec The chronic. C’est comme si j’avais découvert Star Wars (Rires) : il avait un univers, il fallait que je le connaisse.

Elle est là, ta vie de rêve : tu as fait la couv des Inrock avec Dr. Dre !

C’est fou, j’arrive toujours pas à réaliser (Rires) ! J’ai rencontré Dr. Dre !

Si tu devais citer un jeune talent aujourd’hui, ce serait qui ? Tu mises sur qui en ce moment ?

Paradoxalement, je ne mise pas spécialement sur un artiste, mais sur les mecs et les nanas qui ont 14-15 ans, et qui sont les prochains gros managers et producteurs de musique. Celles et ceux qui ont compris qu’on aura peut-être plus besoin du même système pour faire parler des artistes. Je mise vraiment sur quelqu’un de cet âge, qui est dans sa chambre, qui regarde des tutos, et qui montra lui-même son armée de talents.

Dans ce numéro, quel est l’article ou l’interview qui t’a le plus marqué ?

Romain Gavras ! Son film, Le monde est à toi, est la concrétisation d’une aventure amicale très forte entre lui, mes amis qui ont produit le film et toute notre bande. Ce film, c’est quinze ans d’histoires au grand écran, de délires qu’on a partagés et que Romain a intégrés. Surtout, Romain et Noé Debré (celui avec qui il a écrit le film, ndlr), c’est une combinaison totalement inédite. Noé a plutôt bossé avec Audiard, le fait que Romain le confronte à toute la fantaisie visuelle qu’il y avait dans ses clips et le génie qu’il y avait dans son premier film l’a rendu accessible au grand public. C’est la première fois que Romain fait un film grand public, et je trouve ça super. 

On dirait qu’il y a une véritable alchimie entre ces deux-là !

C’est vrai, il y a une alchimie entre un grand scénariste et un grand réalisateur.

Pour la toute première fois, on a deux couvs. Quelle est ta préf ?

J’étais partagé. La photo dans l’eau, c’est Joanne, une nana que j’adore, on se connaît d’amis d’amis ! Elle est super cool, alors je me suis dit : « Priorité à la couv où Joanne apparaît » ! Mais l’autre, je la trouve iconique, haut de gamme. Je me dis qu’elle restera. C’est tellement une image qu’on ne voit pas dans les kiosques qu’elle donne un ton très puissant pour l’été. Même si elle est très pointue, je la trouve très commerciale. Elle raconte un truc, elle envoie un message fort.

On t’imagine surtout « journaliste oral », à la télé et à la radio. Mais en fait, tu écris.

À la base, je viens de la presse écrite ! Je me suis occupé du journal Radical, j’avais écrit aussi dans Technikart, dans la version papier de Vice, dans The Source, ça m’arrive aussi de faire des papiers de temps en temps quand on me sollicite. Je suis même plus à l’aise à l’écrit qu’à l’oral (Rires) !

On a quand même l’impression de moins te lire que t’écouter, mais finalement tu manies très bien la plume ! Où as-tu appris à écrire ?

C’est bizarre, mais j'ai toujours su que j’avais envie d’écrire, comme un instinct de survie. La musique était ma passion, donc j’ai eu envie d’écrire sur la musique. En fait, quand j’ai dit que je voulais être journaliste au lycée, on m’a dirigé vers du droit avant d’aller dans une école de journalisme. On m’a même mis dans une fac à deux heures de transport de chez moi. J’ai compris qu’on m’avait envoyé dans une voie de garage et je n’y croyais pas. À l’époque, il n’y avait pas Internet, alors j'ai écrit des papiers, je les ai envoyés à la presse et certains ont été publiés. J’ai appris à écrire en écrivant finalement ! J’ai appris sur le terrain, j’ai vécu des bouclages hyper intenses, j’ai su très tôt ce qu’était un chemin de fer. Je voyais souvent que les gens issus d’école de journalisme avaient des réflexes un peu plus laborieux, j’ai rencontré peu de passionnés qui venaient de là. Par contre, les passionnés qui ont fait ces écoles sont incroyables : ils sont à la fois la technique et la passion. Mais malheureusement, j’ai l’impression que les métiers de passion ne s’apprennent pas. Ils sont perfectibles, mais ils ne s’apprennent pas.

Un mot pour la fin ?

Bienvenue dans ma clique, les Paulette !


Le numéro « La vie de rêve » est actuellement en kiosque et il est disponible à l’achat ici.

@mouloudachour

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