JENNA THIAM, L'INDOMPTÉE



Photos : Sébastien Vincent
Merci au Café sans nom, Paris 20ème


C’est dans un café parisien que l’on retrouve Jenna Thiam, venue en vélo jusqu’à nous. Sa longue chevelure bouclée et sa naturelle beauté nous rappellent son rôle clé dans Les Revenants, la série qui l’a découverte. Dans L’Indomptée, aux côtés de Clotilde Hesme, Jenna joue Axèle, une photographe mystérieuse en pleine résidence d’artistes à Rome. Ce mystère et ce charisme ne laissent présager qu’une longue carrière à cette jeune actrice très talentueuse.


Paulette : J’ai lu sur internet que tu as commencé à jouer alors que tu n’avais que 4 ans... Si jeune et déjà comédienne ?

Jenna Thiam : En fait, il y a deux choses à savoir. Comme mon père est musicien, il m’a montré très jeune ce qu’était la scène. Et lors d’une tournée de son groupe, les Négresses Vertes, quand j’avais 4 ans, j’ai eu une véritable envie : celle d’être là, en backstage et sur scène, comme les artistes. La seconde chose, c’est que j’étais une enfant très timide. Du coup, on a parlé à ma mère de cours de théâtre dans mon école. J’ai commencé ces cours à 4 ans, c’était une sorte d’éveil.


Ton prénom, Jenna, est très original, mais ne sonne pas belge, ton pays de naissance...

Oui, ma mère est belge, moi aussi, et il se trouve que je m’appelle Jenna pour des raisons tout à fait banales (Rires)... Ma mère était fan d’une surfeuse qui s’appelait Jenna de Rosnay, elle a tout de suite pensé à ce prénom. Et puis mon père, à cette époque, travaillait avec Johnny Clegg, sa femme s’appelait Jennifer, la nounou de ses enfants aussi, l’une était surnommée Jenny et l’autre Jenna. Ça a fait tilt. Et a posteriori, ça veut aussi dire « paradis » en arabe, enfin « Jannah » pour être précis.


« J’avais envie d’apprendre d’autres choses que le théâtre. Ça m’a permis d’avoir un autre mode de pensée. »


Tu as déjà une solide carrière au cinéma et dans Les Revenants, mais tu as décidé de continuer tes études en parallèle...

Quand j’étais au lycée, je suis allée aux États-Unis pour faire des stages, l’été, dans les Universités. À Paris, j’ai fait les cours Florent, puis le Conservatoire, et j’ai décidé ensuite de m’inscrire à la fac parce que j’en avais besoin ! J’avais envie d’apprendre encore des choses, d’avoir un vrai bagage. Je trouve que c’est génial en France de pouvoir quasiment étudier gratuitement. Alors j’avais envie d’apprendre d’autres choses que le théâtre. Ça m’a permis d’avoir un autre mode de pensée. En littératures générale et comparée, j’ai découvert des penseurs que je ne connaissais pas : Barthes, Foucault, Guyotat, etc. Je suis d’ailleurs en train de finir mon Master 2 à Saint-Denis, Paris 8 !


Ces penseurs t’inspirent-ils quand tu joues ?

Non, heureusement (Rires) ! Ça nourrit l’imaginaire, et c’est sûr qu’après avoir lu les Mythologies de Roland Barthes, le monde change quelque part. C’est plus une histoire de quotidien mais je ne vais pas me référer aux écrits des penseurs pour jouer une pièce ! Ça serait complexe... En revanche, ça ouvre un champ des possibles !


En plus du cinéma et de la télévision, tu as fait pas mal de théâtre, n’est-ce pas ?

En école, oui. Mais j’ai l’impression d’avoir finalement assez peu fait de théâtre. Cela dit, je joue en février au théâtre de la Bastille à Paris, une pièce qui s’appelle La Mort de Danton, que l’on a déjà créée à Bobigny en octobre. C’est la première vraie pièce professionnelle dans laquelle je suis engagée. J’avais très envie d’aller plus vers le théâtre. Vraiment.


Tu as joué Léna dans la série à succès Les Revenants, un rôle fort. Comment l’as-tu décroché ?

Fabrice Gobert, le réalisateur et créateur de la série, avait vu Yara Pilartz pour des essais. Il avait essayé plein de trucs différents, comme trouver de vraies jumelles, par exemple. Mais il a eu un coup de cœur pour cette actrice et il cherchait quelqu’un qui lui ressemblait. Au final, ça s’est vraiment bien passé avec Yara lors de mes essais. Pour moi, c’était génial comme première expérience. Ça m’a plu tout de suite. Au début, je ne comprenais pas grand chose, et puis ça m’a fasciné le nombre de personnes mobilisées pour deux minutes de film ! J’adore les tournages, et même si parfois l’attente est longue, on profite énormément. Une trentaine de personnes à chaque fois étaient tendues vers un même but. C’était incroyable.


Dans un autre registre, tu joues dans le film de Caroline Deruas, L’Indomptée, et cette indomptée, c’est toi ! Comment la réalisatrice t’a-t-elle proposé ce rôle ?

J’ai accepté tout de suite le rôle. Caroline cherchait une comédienne, et elle connaissait Anne Consigny. Anne tournait avec moi dans Les Revenants, et elle m’a dit : « Tu fais quelque chose cet été ? ». J’ai répondu que je ne savais pas. Et en fait, elle a filé mon numéro à l’une de ses amies : Caroline Deruas. On s’est vues dans un café, on a parlé un peu, puis elle m’a laissé le scénario. Je l’ai lu dans la foulée et j’ai accepté sans hésiter. On a fait des essais, avec Clotilde Hesme, pour voir si ça marchait. Après, on a fait des répétitions, et voilà !


« Un long-métrage, c’est une longue gestation, et parfois un très long accouchement ! »


Il y a quelque chose de très féminin dans L’indomptée. Cet univers de femmes te plaisait-il ?

Je vais avoir l’air con, mais j’ai mis longtemps à comprendre ça, à comprendre qu’il y avait un vrai point de vue sur les femmes artistes dans L’Indomptée : la première femme qui entre à la Villa Médicis (le lieu de l’action du film, ndlr), le couple qui se déchire car la femme n’a pas de place pour créer... Après, dès que j’ai vu le film pour la première fois, j’ai compris, comme si j’avais eu un blocage au moment du tournage. Mon personnage est plus aérien, sans attache concrète. C’est peut-être pour cela... Mais elle est dans cette lutte-là Caroline, la réalisatrice, comme une manière de se libérer, de faire ce premier film. Un long-métrage, c’est une longue gestation, et parfois un très long accouchement (Rires) !


Ça te plairait un jour de réaliser ?

Oui, je pense. J’ai déjà réalisé un tout petit film de 3 minutes, en super 8, sur un texte d’une poétesse. Et ça m’a beaucoup plu. Je crois que j’en ai très envie et qu’il faut que j’arrête de me dire non... Et puis il faut avoir des choses à dire surtout !


Quel rôle aimerais-tu que l’on te propose au cinéma ? Ou avec qui aimerais-tu travailler comme réalisateurs ?

Pour l’instant, je n’en sais rien, j’en suis encore au tout début de peut-être quelque chose... Je crois davantage aux films dans leur entièreté que des rôles seuls. Mais si je devais donner les noms de quelques réalisateur… Comme ça, je dirais Abdellatif Kechiche, Apichatpong Weerasethakul – même si je sais que je n’ai aucune chance ! – Wong Kar-wai, Miguel Gomes et Bertrand Bonello. Et comme réalisatrice, Claire Denis.


Quelle parisienne es-tu ?

Déjà, je vis à Paris depuis toujours. J’ai grandi dans le XVIIIe arrondissement, puis dans le XIXe et j’habite dans le XXe, alors on peut dire que je suis une parisienne du Nord ! J’adore cette ville malgré sa violence, ses tensions sociales fortes, ce qui ne me déplaît pas. Malheureusement, c’est une ville de plus en plus élitiste, c’est difficile de vivre dans Paris. C’est la logique capitaliste, libérale, qui j’espère, va exploser un jour ! En vrai, il y a de la place dans Paris, regardez le XVIe ! Mais je suis sûre que ça va se faire, on est nombreux à dire la même chose. Surtout quand on est jeune dans Paris, ça devient mission impossible de trouver un appartement.


« Je fais partie d’une association étudiante qui aide les enfants déscolarisés dans les quartiers dits « difficiles » de Paris. »


Qu’est-ce que l’on peut te souhaiter pour les mois à venir ?

Mon Master 2, mon permis de conduire... Non, je blague. Je souhaite surtout que la Présidentielle ne soit pas trop catastrophique. Je vais aller voter, je suis assez engagée depuis que je suis à la fac. À Paris 8, on croise des gens que l’on ne doit pas socialement rencontré normalement, et ça, j’adore. Je fais partie d’une association étudiante qui aide les enfants déscolarisés dans les quartiers dits « difficiles » de Paris.


Si je te dis Paulette, tu penses à...

J’ai deux très bonnes amies qui s’appellent Pauline, j’en appelle une Paulin et l’autre Paulette ! Donc ça me fait penser à elles.



L’Indomptée, de Caroline Deruas

Au cinéma le 15 février 2017


Synopsis : Axèle est photographe, Camille, écrivain. Elles partent pour un an en résidence à la Villa Médicis à Rome. Camille est accompagnée de son mari, l’écrivain réputé Marc Landré. Alors qu’une étrange rivalité s’installe entre eux, Camille se lie à Axèle. Mais qui est vraiment Axèle ? Une artiste complète, sans concession, qui se confond avec son œuvre ? Ou le fantôme des lieux ? De cette année à la Villa Médicis, où les corps et les esprits se libéreront, personne n’en sortira indemne...

 
Stéphanie Chermont

Stéphanie, Journaliste culture, 30 ans, Paris
Une lubie ? Les petits carnets
Une chanson ? How soon is now, The Smiths
Un aliment ? L'avocat
Un endroit ? Une salle obscure
Une devise ? Let's Dance !
>https://twitter.com/StephChermont

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