HYGGE : GROS PLAN SUR LA TENDANCE COCOONING DU MOMENT !

Illustration ALESSANDRA GENUALDO 


Vous avez déjà cocooné sur votre canapé avec un thé bien chaud, un livre et un plaid sur les genoux ? Vous avez déjà pris du bon temps autour d’un savoureux repas avec des amis, un verre de vin à la main ? Dans ce cas, vous avez déjà pratiqué cet art du bonheur à la danoise au nom un peu obscur, le hygge, prononcé [heu-gue]. Petit tour d’horizon de cette pratique venue tout droit du Danemark !

Le hygge est loin d’être une pratique récente, puisque cette philosophie de vie s’est développée au Danemark au tournant du XXe siècle. À cette époque, branle-bas de combat au sein de la société : les Danois rejettent la culture élitiste qu’ils jugent trop superficielle et veulent donner davantage de place à la famille, au confort de la maison, aux loisirs ou à l’authenticité. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le mot « hygge » puise ses origines dans un terme norvégien signifiant « bien-être » ! Louisa Thomsen Brits, dans son ouvrage L’art du bonheur à la danoise, définit le hygge comme « une expérience d’individualité et de communion avec les personnes et les lieux qui nous ancrent et nous affirment, nous donnent du courage et nous consolent». Le hygge est véritablement une invitation à être ensemble, plutôt en petit comité, dans un endroit chaleureux, partageant un sentiment de sécurité, de confort et de protection. C’est une philosophie où être est bien plus important qu’avoir et où l’on donne du sens aux actes les plus banals de la vie de tous les jours. 

Selon l’Enquête sociale européenne, les Danois sont le peuple le plus heureux d’Europe — le niveau de vie élevé, le bon accès aux soins de santé et à l’éducation ainsi que la distribution des richesses contribuent à ce bonheur —, mais sont aussi ceux qui passent le plus de temps avec leurs amis et leur famille. En effet, 78 % des Danois voient leurs proches au moins une fois par semaine, contre 60 % des Européens ! Le temps passé avec les autres permet de créer une atmosphère particulière où l’harmonie, le confort, le plaisir et le sentiment de protection cohabitent.

Cela dit, même si on pratique généralement le hygge en petit groupe, il est également possible de cocooner seul, tant que le sentiment de bien-être est là. Il s’agit surtout de prendre du temps pour soi, de se faire plaisir et d’apprécier les choses simples de la vie. Juliette, 25 ans, chargée de communication, nous le confirme : « J’aime les journées détente où je prends du temps pour moi, où je prends soin de moi et de mon corps. Je fais des masques pour les cheveux ou le visage, je me cuisine un bon petit plat. C’est le moment où je décompresse avec des chaussettes en pilou-pilou en buvant des boissons chaudes devant un film, en lisant un livre ou une bande dessinée. J’aime aussi faire des activités manuelles comme couper des images dans des magazines pour en faire un collage. » Rien de très onéreux dans le hygge, juste de quoi se faire du bien à l’intérieur comme à l’extérieur, tout en ayant un sentiment de sécurité. Il n’y a d’ailleurs rien de plus hyggeligt que de lire un livre au chaud, chez soi, pendant qu’une tempête de neige fait rage à l’extérieur, ou de se réfugier dans un café, en plein été, alors qu’une pluie d’orage s’abat sur son lieu de promenade ! Meik Wiking, dans son ouvrage Le livre du hygge, explique que « la simplicité et la modestie sont essentielles au hygge » et que « plus il y a de bling-bling, moins il y a de hygge. C’est apprécier les plaisirs simples de la vie et vivre sans se ruiner. » Finalement, plus l’activité pratiquée sera « simple et primitive» et « ira à l’encontre de la société de consommation», plus elle sera hyggelig. Allez, troquez votre partie de Sims contre un bon vieux jeu de société, c’est le moment de mettre tous vos hôtels rue de la Paix ! 


Home sweet home

Si le hygge se pratique partout dans le monde, dans quels lieux et quand est-il conseillé de cocooner ? Au premier abord, le hygge semble tout indiqué en période hivernale, quand il fait froid à l’extérieur et chaud à l’intérieur. Noël est LA saison par excellence du hygge et les Danois ne la manqueraient pour rien au monde. Mais si la haute saison du hygge se situe en hiver, d’autres périodes de l’année peuvent également être hyggelige, comme la cueillette des champignons en automne, les randonnées qui se terminent autour d’un bon feu de camp au printemps, ou encore le barbecue entre amis en été. Les idées ne manquent pas !

Il faut savoir que dans le hygge, tout est question de refuge (physique et psychologique). Il faut donc un endroit où l’on se sente entouré et qui soit suffisamment accueillant pour s’y détendre et s’y ressourcer. Le grand gagnant ? Tout simplement notre foyer (au sens large du terme) ! Notre maison est en effet fortement considérée comme le quartier général du hygge, puisqu’elle abrite généralement quantité d’endroits douillets où il est possible de se reposer. Le fauteuil installé devant le foyer, cette fois au sens étymologique du terme, c’est-à-dire la cheminée, dans lequel il est agréable de se lover, ou encore le lit, où l’on aime se blottir sous la couette. Au Danemark, le hyggekrog (le petit coin où l’on peut s’asseoir et passer un moment hyggelig) se trouve souvent dans la cuisine ou le salon, dans le renfoncement d’une fenêtre en saillie. Il est rempli de coussins et de couvertures (surtout pendant les mois d’hiver), ce qui permet de s’y détendre confortablement. Pour que la maison soit accueillante, chaleureuse, et donc parfaitement hyggelig, il est nécessaire de la garnir d’objets qui créent un sentiment de confort : les décorations en bois (ce matériau naturel est très, très, très hyggelig !), les livres (car faire une pause pour lire est une idée clé du hygge), des objets en céramique (vase, théière, tasses... on ne s’interdit rien !) ou encore des éléments de décoration vintage. N’hésitez surtout pas à diffuser de la musique en utilisant des vinyles (bien plus hyggelige que le numérique). Meik Wiking conseille des musiques lentes et douces, comme celle de la célèbre Danoise Agnes Obel — et on approuve à la rédac’ ! 


Des bougies et des hommes

Les objets décoratifs absolument nécessaires à un intérieur hyggelig sont avant tout ceux qui diffusent de la lumière. Meik Wiking nous apprend que les Danois sont « obsédés par la lumière en général», et donc par les lampes, qu’ils choisissent avec soin pour ensuite les placer de manière stratégique afin de créer « des oasis de lumière apaisantes». « La règle générale est la suivante, plus la température de la lumière est basse, plus elle est hygge. » Cela dit, les lampes ne sont pas les sources de lumière préférées des Danois. Non, celles qui font véritablement battre leur cœur sont... les bougies ! Ce sont elles qui font naître instantanément le hygge dans une pièce, puisqu’elles créent un sentiment de confort et de bonheur. Selon les chiffres de l’Association européenne de bougies (si, si, ça existe !), le Danemark bat le record européen de consommation de bougies par habitant, puisque chaque Danois brûle environ six kilos de cire à bougie (naturelle et biologique) par an ! 

 

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Une publication partagée par diptyque (@diptyque) le 25 Avril 2016 à 12 :32 PDT


L’art du hygge se pratique surtout chez soi, mais peut également être transposé à l’extérieur, car c’est finalement un dispositif qui « s’emporte » partout. Le hygge nous aide à créer un foyer n’importe où : dans un bar, dans la cuisine d’un ami, sous une tente en pleine nature, dans un chalet à la montagne ou, plus étonnant, sur son lieu de travail ! 78 % des Danois pensent d’ailleurs que le hygge devrait se pratiquer au bureau. Mais comment rendre les heures de travail plus
hyggelige ? Tout simplement en disposant quelques bougies sur les bureaux, en installant des canapés dans des endroits calmes pour quitter le tumulte de l’open space ou en apportant régulièrement viennoiseries et autres douceurs à partager entre collègues. C’est le cas de Zélie, 27 ans et assistante éditoriale, qui se réjouit du caractère cocooning des bureaux de la célèbre maison d’édition parisienne pour laquelle elle travaille. « Pour ma part, j’ai la chance de travailler avec une équipe soudée. On fait régulièrement des pauses pour discuter autour d’un thé », renchérit Juliette.


Boulot, gâteau, dodo

Vient maintenant la question — ô combien primordiale ! – de savoir ce qu’il est hyggeligt de manger. Piqûre de rappel : plus une chose est associée à l’argent ou au prestige, moins elle est hyggeligt. Si vous voulez du hygge, favorisez donc la part de gâteau plutôt que le toast de foie gras, et la tasse de thé plutôt que la coupe de champagne ! Les boissons chaudes sont d’ailleurs ce que 86 % des Danois associent au hygge : le thé, le chocolat chaud, le vin chaud, et surtout le café — leur boisson préférée.


GIPHY

Hygger, c’est l’occasion de s’offrir une pause dans les exigences d’une vie saine : les sucreries et les gâteaux sont bien plus hyggelige que les bâtonnets de légumes, par exemple. Dans le livre de Meik Wiking, on apprend que « selon la Sugar Confectionery Europe (confiseurs d’Europe), la consommation annuelle de confiseries au Danemark est de 8,2 kg par personne, ce qui place les Danois en deuxième position derrière les Finlandais dans les classements des plus gros mangeurs de bonbons au monde, et représente deux fois plus que la moyenne européenne. »

Pour le hygge, peu importe le nombre de calories ingurgitées à la minute, le plus important étant que le maximum de plats soient faits maison. La pâtisserie est donc une activité particulièrement hyggelig, surtout qu’elle est rustique et qu’elle peut se pratiquer en petit comité, avec des amis ou de la famille. Et savez-vous que les Danois sont des amoureux du levain ? La lenteur du procédé les a complètement conquis ! De manière générale, en cuisine, tout ce qui prend du temps est associé au hygge, car c’est prendre plaisir à préparer, puis à concocter quelque chose de savoureux pendant des heures — un plat mijoté, par exemple, est réconfortant et demande de la patience. Pour les becs sucrés qui ont aussi envie de hygger en cuisinant, rendez-vous page 57 de notre numéro « La Flemme » : avec ses 8 grammes de levure de boulanger et ses treize heures de préparation, cette brioche est parfaitement dans le thème !

Cette philosophie danoise est véritablement à la portée de tous et surtout de toutes les bourses. Il suffit juste de se rendre compte que le sacré se trouve en fait dans le quotidien. Alors, ouvrez les yeux... et hyggez ! 


> Article de Juliette Minel

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