GUILLERMO GUIZ A UN BON FOND



Guy Verstraeten, plus communément appelé Guillermo Guiz,
sera un personnage incontournable de l’humour francophone en 2018. Paulette le parie. 

Le roi de la vanne est un outsider. Sa vie, remplie de cas de force majeure, l’a métamorphosé.
Que ce soit dans ses chroniques cash sur France Inter, dans sa drôle de série sur Canal + ou dans son spectacle doux-amer au Point Virgule, celui qui a endossé le maillot n°10 quand il était un jeune espoir du foot belge, fait de lui-même un cas d’étude. 
Il raconte avec moult adverbes son parcours atypique et alcoolisé, constitué de plusieurs métiers-passions, de beaucoup de sexe et de nombreuses questions existentielles. Une chose est sûre : Guillermo Guiz n’a pas démérité.
 
Peux-tu te présenter rapidement ?
Je m’appelle Guillermo Guiz, j’ai 36 ans et je fais des blagues professionnellement.
 
Tu as été joueur de foot, journaliste, puis tenancier de boîte de nuit. Tu es aujourd’hui humoriste. Que s’est-il passé ? 
Cela relève beaucoup de circonstances accablantes. La boîte de nuit a fait faillite. Cela m’a poussé à me réinventer et à chercher quelque chose d’autre à faire professionnellement.
J’ai démarré la scène, parce que cela faisait quelque temps que cela me trottait dans la tête, après avoir vu pas mal de stand up américain. Je me suis lancé et c’est devenu mon métier actuel. Bon, il y a aussi une rupture qui m’a fait oser monter sur scène. Je me suis dit que la souffrance que je vivais pouvait être effacée par le trac
. Mais au début, j’avais à la fois de la souffrance et du trac, ce qui était assez difficile à gérer. (rires)
 
Quel est ton secret pour avoir une peau si parfaite ?
Je pense que je vais vieillir d’un coup. Je bluffe encore pas mal les gens avec mon âge. C’est con, j’aurais du venir en France en disant que j’avais 28 ans, personne n’aurait vérifié, je n’ai pas de Wikipédia. Et quand bien même, j’aurais mis une fausse date de naissance. Ici, Monsieur Poulpe, Yacine Belhousse, Kyan Khojandi donnent l’impression d’avoir toujours été dans la place. On a le même âge, mais vu que je suis arrivé tard dans le game, je suis considéré le petit nouveau
! 
 
Comment prépares-tu ton spectacle ?
Mon spectacle “Guillermo Guiz a un bon fond” n’est pas “spectaculaire”. Il n’y a pas d’effet, je ne cherche pas ça. Je ne me vois pas le mettre à 40€ ; il n’y a pas assez d’effets spéciaux. (rires) Concernant le texte, il a énormément bougé depuis que j’ai lancé le spectacle il y a 2 ans et demi. 80% du texte a changé, mais ça s’est fait progressivement. J’ai besoin d’enlever des trucs, d’injecter du sang neuf, mais je garde toujours le fil rouge du “bon fond” pour donner vie à mes anecdotes. Depuis quelques mois, j’ai trouvé une formule qui me plaît bien. 



Qu’as-tu piqué aux humoristes américains ?

La philosophie générale, l’attitude, la désinvolture sur scène. Je n’ai jamais piqué de vannes, en tout cas pas consciemment. Parfois, je me rends compte qu’il y a des vannes que je digère et que je ressors 2 ans plus tard en pensant que c’est entièrement de moi, sauf que non. Ca m’est arrivé de m’en rendre compte et de l’effacer immédiatement. J’ai peur de ça, c’est pour cela que je ne vais pas voir de spectacles des collègues, sauf si je suis obligé. Je les aime beaucoup, mais c’est risqué. J’essaie de suivre mon sillon.
 
 
 
Comment définirais-tu ton humour ?
Ce que je fais est impudique, ce qui peut être assez déstabilisant. Je pourrais rapidement tomber dans un truc pathétique de déballage morbide, pas cool. Les gens n’ont pas forcément envie d’entendre ça. 
 
Tes propos peuvent être considérés comme ‘’subversifs’’. Qu’en penses-tu ?
Je n’ai pas l’impression d’être un mec subversif. Je ne prends pas de risques dans ce que je fais. En Europe occidentale, en humour, les lignes sont en train de bouger et bien malin celui qui pourra s’adapter à tous ces changements. A un moment donné, je vais déraper, c’est immanquable. Je ne fais pas des blagues sur les plantes vertes, mais sur les humains, donc il y a plus de chances que j’en blesse un. Je mets une distance de sécurité minimum. Le recul, le second degré ou l’absurde permettent de rendre la communication plus efficace. On peut encore rire de tout, mais ça dépend du contexte et des personnes avec qui l’on est. Il faut avoir l’intelligence et la lucidité pour comprendre ça. 
 
Comment travailles-tu ?
Les moments d’inspirations sont des moments d’euphorie. Je peux être déprimé et avoir envie de crever, puis trouver une idée qui me plaît et soudain le monde s’illumine à nouveau. Mais je ne peux pas être tributaire de mon inspiration. La réalité de 2017 est telle que l’on est obligé d’être drôle sur commande. C’est du boulot, je me mets devant un cahier, je prends un sujet et j’écris des vannes. Les gens essaient de trouver des sous-textes philosophico-sentimentalo-psychologisant dans ce que je fais, mais j’écris juste des blagues. Je vais voir une news et essayer de prendre un angle qui va déclencher un rire. Ce n’est pas plus noble que ça.
 
Qu’est-ce qui te plaît dans ton nouveau job ? 
Il y a deux choses que j’aime vraiment bien. Déjà, me surprendre dans l’écriture et me faire rigoler avec des idées que je ne pensais pas avoir. J’aime aussi apprendre à devenir comédien et à mieux jouer mes textes. Chaque jour, j’essaye de redécouvrir mon texte et de trouver un truc pour mieux l’interpréter. Je n’aurais jamais cru que je ferais ça, on ne m’a pas poussé à le faire. 


Es-tu timide?
Oui, mais pas pudique. J’ai des tabous, des terrains sur lesquels je ne peux pas aller parce que cela me fait trop de peine ou que c’est trop intime. Par contre, je vais parler ouvertement de choses dont les gens parlent finalement assez peu. C’est ça qui m’a donné goût au stand up. C’était pour me livrer. Je parle peu, mais je parle beaucoup, paradoxalement. La scène a été un catalyseur pour essayer d’en rigoler.
 
As-tu un rituel avant de monter sur scène ?
Je bois un café, je me brosse les dents, je parle avec un Bic en bouche pour que l’on comprenne ce que je raconte, vu que j’ai une élocution pas dingue. Je mets du beurre de cacao sur les lèvres et j’enclenche l’enregistreur de mon téléphone. Et je monte sur scène. Tous les soirs.
 
Que fais-tu juste après avoir joué ?
Je me rebrosse les dents et je me nettoie pour ne pas trop puer. Puis, je sors du Point Virgule et je fais des selfies avec les 100 personnes qui m’attendent. Ou alors je prends le métro parce que personne ne m’attend. On va dire que c’est plus ça, la réalité. (rires)
 
Comment gères-tu la pression ?
J’essaie le plus souvent possible de me rappeler que dans 50 ans, ce sera comme si tout cela n’avait jamais existé.
Quand je fais une chronique et que je ne suis pas content de moi, je me demande : “Qui va se rappeler de mon texte dans 2 semaines ?” On n’est pas très important, et on ferait mieux d’en avoir rien à branler. 



Si tu étais un animal, que serais-tu ?
Je ne me suis jamais posé cette question. J’aime bien les loutres. Ha non ! Je serais un bonobo. Pour résoudre tous mes conflits ou trouver des solutions, je baiserais. En ce moment, je me pose vraiment la question : “L’homme tient-il plus de son cousin chimpanzé ou de son cousin bonobo ?” Les chimpanzés sont très violents et les bonobos niquent tout le temps. Il y a deux écoles. Je voudrais tenir le plus possible du bonobo. Mon idéal de vie serait d’être réincarné en bonobo. (rires)
 
Tu parles beaucoup de sexe. Mais, est-ce que “c’est celui qui en dit le plus qui en fait le moins ?”
(rires) Tu me prends de court là ! En hiver, j’hiberne sexuellement. J’ai envie de te dire : repose moi la même question en mai.
 
As-tu un casier judiciaire ?
On va dire que je ne suis pas le meilleur pilote de cette génération. Je ne suis pas le mec qui a roulé en étant le plus sobre au monde, en allant le moins vite au monde et en se garant le mieux au monde. J’ai eu des retraits de permis assez fréquents...
 
Ton plus gros moment de honte ?
J’en ai eu tellement. Le dernier, c’est quand je suis rentré de soirée, tellement saoul que je suis tombé sur un panneau de signalisation, un triangle de stationnement. Je me suis étalé de tout mon long. J’étais tout seul dans la rue et j’ai eu honte pour moi-même, malgré l’absence de témoins. 

Qu’est-ce que tu aimes chez toi ?
J’ai le souci de m’améliorer, j’essaie de devenir un mec un peu moins horrible chaque jour.. Il y a des évènements privés dans la vie, où tu te rends compte que tu n’es pas devenu la personne que tu souhaitais être. Chacun fait comme il peut dans cette vie. Cen’est pas toujours un concept évident, exister sur Terre.


Est-ce que le mulet est ta pire faute de goût ?
Non. Ma vie est globalement une faute de goût. (rires) Quand j’ai eu bon goût niveau fringues, c’était soit par accident soit parce que des meufs m’avaient offert des trucs cool ou m’avaient dit “Ne mets pas cette veste en daim ! Oublie ce t-shirt avec un dragon dessus !”. Si tu veux savoir ce qui était à la mode il y a 3 ans, regarde comment je suis habillé aujourd’hui.
 
L’expression que tu emploies souvent ?
“On est complètement sur une base de…”, mais elle s’est généralisée, du coup, je l’entends partout. J’essaie de m’en déshabituer et de garder ma singularité, mais ce n’est pas facile dans un monde où tout le monde me copie. (rires)
 
La recette de cuisine que tu réussis à tous les coups ? 
Des spaghettis à la sauce tomate et aux câpres. C’est aussi mon plat préféré. Je suis plus gastronome que ça, mais je ne me lasserai jamais de celui-là. 
 
 
La dernière série qui t’a ému ?
Black Mirror, plus particulièrement l’épisode 4 “Hang the DJ” de la saison 4. Une très belle love story, c’est très mignon.
 
Le dernier livre qui t’a touché ?
“Mon chien stupide”, de John Fante. Il est fantastique. Je rogne sur mon temps de réseaux sociaux pour essayer de lire dès que je peux. C’est un de mes grands projets de vie.
 
La personne que tu rêves de rencontrer ? 
Edouard Baer.
 
Le dernier match de foot auquel tu as assisté ? 
PSG - Anderlecht.
 
La chanson que tu écoutes en boucle ?
 
La personnalité belge à suivre, selon toi ?
Angèle. 



Le lieu de vacances idéal pour décompresser ?  
Biarritz. Je suis tombé complètement KO de cet endroit l’été dernier.
 
Tes endroits préférés à Paris et à Bruxelles ?
L’hôtel du temps, sans conteste. Leur muesli est mon plus grand bonheur dans la vie en ce moment. Je ne devrais pas le dire, c’est un endroit assez secret. J’y suis tous les jours, seul avec le réceptionniste. Et aussi le Titty Twister. A Bruxelles, j’aime aller dîner tard à la Mirabelle après mes spectacles puis au Bloody Louis.
 
La Paulette de tes rêves serait… 
Un mélange entre Penelope Cruz et Rosa Luxemburg. 
 
Quels sont tes projets en 2018 ?
J’aimerais bien faire un truc que je n’ai pas encore fait. Peut-être écrire un scénario de long métrage drôle, mais je ne suis pas certain d’en être capable.



Retrouvez Guillermo Guiz au Point Virgule à Paris, du jeudi au samedi jusqu’à fin juin, sur Canal + dans le Roi de la Vanne tous les samedis, ainsi que sur France Inter dans l’émission de Nagui « La Bande Originale » tous les jeudis.
 

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> Propos recueillis par Séphora Talmud

 

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