GRAINE DE BEAUTÉ : J’AI LE CRANE RASÉ




A l’heure des collections de vêtements unisexes, des baskets qu’on peut échanger avec Georges et de l’affirmation de plus en plus de neutral gender, elles ont décidé de se raser le crâne tout en assumant à fond leur féminité. Elles nous racontent comment on vit, en 2016, avec ce qu’on peut définir comme la coupe de cheveux la plus minimaliste qui soit, comment et pourquoi elles ont sauté le pas.

Paulette : Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Cécilia : Je m’appelle Cécilia, j’ai 22 ans. Originaire de Toulouse, je vis sur Paris depuis 2 ans et rêve de m’installer définitivement en Asie : Tokyo ou Singapour pour leur dynamisme et leur architecture. J’évolue dans le domaine bancaire mais à long terme j’aimerais me spécialiser dans la décoration d’intérieur. J’aime beaucoup le design, la photo, la mode et passer des heures sur internet.

Lou : Je m'appelle Lou, j'ai 18 ans, mais je suis plus connue en ligne sous le pseudonyme de Swan. J'habite actuellement entre Marseille et Paris. J’étudie l’anthropologie à domicile. J'ai toujours été une personne “excentrique”, que ce soit par mes passions ou par mon look. J'ai testé énormément de choses différentes et il y en a peu que je regrette.

Quelle est ta particularité physique ?
Cécilia : Je pense qu’elle se remarque très vite, la première chose que l’on voit chez moi (après mon mètre 80) c’est mon visage et mon crâne. Dans la vie de tous les jours je n’ai pas l’impression que ce soit une particularité, c’est juste moi. Parfois il m’arrive même d’oublier que je n’ai pas de cheveux.

Lou : J'ai décidé, en novembre 2015, de me raser intégralement la tête.



Est-ce une force pour toi aujourd’hui ?
Cécilia : Ma coupe de cheveux et mon look en général me permettent de m’exprimer ou de me démarquer sans faire trop d’efforts. Depuis que j’ai le crâne rasé, j’ai l’impression d’avoir trouvé ma réelle identité donc oui, c’est une force évidemment !

Lou : Oui, oui et oui ! Cette expérience m'a beaucoup apporté et m'apporte encore beaucoup. J’avais toujours eu les cheveux longs et après leur avoir fait subir beaucoup de changements à l'adolescence, comme les teindre en blond platine ou en rose fluo, j'ai décidé de sauter le pas et de tout raser. Ça m'a déjà permis de repartir sur des cheveux plus beaux, plus épais et en bonne santé. Mais ça me montre également que, même en ayant des cheveux courts (voir pas de cheveux du tout), il est totalement possible d'être féminine et de se sentir bien dans sa peau. Je me souviens qu'une heure après m'être rasée la tête, je suis sortie dehors prendre un café. Je n'oublierai jamais le sentiment de liberté, la sensation du vent contre mon crâne, et rien entre ma tête et le monde ! C'est drôle à dire, mais je me sentais plus "puissante", comme une guerrière.

Si oui, est ce que ça l’a toujours été ?
Cécilia : J’ai décidé de me raser la tête il y a 3 ou 4 ans et au début j’avais du mal à me faire aux regards des autres et puis j’étais encore au lycée alors les questions et les petites réflexions ont fusé : “et pourquoi ci, pourquoi ça…tu vas ressembler à un mec, ce n’est pas beau etc… “. Mais il suffit de s’entourer de personnes qui comprennent et respectent vos choix. Aujourd’hui je n’ai plus aucun problème et c’est même très en vogue en ce moment.

Lou : Je n'ai jamais vécu ça comme une faiblesse. Au début, je ne voyais pas ce changement comme une force, plutôt comme une simple affirmation de ce que j'étais à l'intérieur. J'ai sauté le pas car j'en avais envie, pas pour me prouver quelque chose. La notion de force est venue un peu plus tard, quand j'ai réalisé l'impact que ça avait sur les autres et sur mon état d'esprit. On pourrait penser qu’une femme au crane rasé a besoin de plus travailler son style vestimentaire, de passer beaucoup plus de temps sur son maquillage, de prendre plus soin d’elle pour compenser ce que les cheveux lui apportaient. Mais j'ai réalisé que ce n'est pas du tout le cas ! Au début, je me suis amusée à tester des looks et des maquillages différents, mais j'ai réalisé qu'en restant simplement moi-même, ma beauté naturelle (que nous avons toutes !) était suffisante. Sans cheveux, c'est un peu compliqué de camoufler les parties de mon visage qui me complexent, donc c'est une sorte de mise à nu, on ne peut plus "tricher". Cette expérience m'a fait comprendre que, malgré ce qu'on peut penser, on n’a pas besoin de cacher ce qu’on aime moins chez soi à travers divers subterfuges, pour s'aimer et pour assumer nos défauts. Le fait d’avoir réalisé ça m’a donné une immense force. Quel est ton pire souvenir à cause de cette particularité ?
Cécilia : Je n’en ai aucun.

Lou : Je ne pense pas en avoir beaucoup, car me raser la tête a été l’une des meilleures décisions de ma vie. Toutefois, je suis un peu frustrée quand l'envie me prends, de temps en temps, de jouer avec mes cheveux, de me faire des coiffures...

Et au contraire, ton meilleur ?
Cécilia : J’ai un tas de souvenirs qui me viennent en tête… toutes les fois où l’on m’a arrêtée dans la rue pour me faire des compliments sur mon physique, sur l’image que je renvoie ou lorsque l’on me propose de faire des photos et de défiler.
Mais je n’oublierai jamais le jour où une femme assez âgée m’a interpellée dans le métro pour me dire qu’elle adorait mon allure et qu’elle était “fière de voir des jeunes filles s’assumer et oser la différence”. En sortant elle m’a fait promettre de ne rien changer. C’était trop mimi.

Lou : Être comparée à Natalie Portman dans le film V pour Vendetta ! Plus sérieusement, je pense que mes meilleurs souvenirs sont les retours que j'ai pu avoir quand j'ai sauté le pas. A ma grande surprise, tout mon entourage a adoré ! Ça m'a vraiment fait prendre conscience que la beauté est subjective, et qu'à partir du moment où on garde la tête haute et qu’on reste fière, qu'on assume sa différence, alors tout devient beaucoup plus simple. J'ai également eu beaucoup de retour via mes réseaux sociaux, notamment de personnes ayant été contraintes de se raser la tête suite à une maladie, qui m'ont avouées que me voir assumer à ce point et aimer ce "look" les a beaucoup aidé dans leurs parcours. Ça les aidé à voir les choses sous un meilleur angle et à ne plus avoir honte de ce qui est, pour eux, un handicap. Mine de rien, c'était très gratifiant.

Quel a été le déclic pour sauter le pas ?
Cécilia : Il n’y a pas vraiment eu de déclic. Je suis une fille spontanée, j’agis souvent sans réfléchir. Alors j’ai dit à la coiffeuse d’attraper sa tondeuse et c’était fait.

Lou : Le film V pour Vendetta, plus précisément la scène où l'héroïne se fait raser la tête. J'ai toujours admiré ce personnage, le charisme de dingue qu’il dégage, la force et la détermination que j'avais envie d'avoir. En plus de ça, j'avais envie de sauter le pas depuis longtemps pour repartir sur une bonne base capillaire et arrêter de torturer ma pauvre tignasse. Je pense que le déclic est simplement arrivé quand j'en ai eu marre d'attendre et d'avoir peur de la réaction des autres. Je me suis dit "on a qu'une vie, autant en faire ce qu'on a envie !" Mon compagnon est rentré des cours ce soir là, et nous avons passé une heure à me tondre, entre rires et larmes de surprise de voir des centaines de mèches de cheveux tomber à mes pieds.



T’arrive-t-il de regretter ce choix ?
Cécilia : O grand jamais !

Lou : Non ! J'ai vécu ça comme une libération personnelle. Et d’un autre côté je dois admettre qu'il y avait aussi, derrière ce geste, une petite rébellion contre les standards de beauté qu'on nous impose, et contre ce dictat qui veut que les femmes ne soient belles qu'avec les cheveux longs et des formes généreuses. Les moeurs sont en train de changer et tant mieux ! Je me suis rendue compte en me rasant la tête à quel point les mentalités évoluent, et les choses autrefois considérées comme masculines, deviennent de plus en plus acceptées chez les femmes. Et ça fait un bien fou ! Rien que pour ça, je ne regretterai jamais ce choix.

Ton astuce beauté ?
Cécilia : Depuis que j’ai le crâne rasé je prends beaucoup plus de temps à entretenir ma peau car contrairement à d’autres filles, je n’ai ni frange ni mèche pour camoufler mes petites imperfections. En ce moment, j’utilise une éponge naturelle Konjac pour exfolier et nettoyer ma peau en douceur et pour me débarrasser des impuretés de la journée. La peau est tout de suite plus lumineuse.

Lou : Mes astuces beauté sont très tournées vers les remèdes de grand-mère. J'utilise au maximum des produits bio et naturels, que je concocte parfois moi-même. Ça me permet de créer des mélanges à base de produits naturels, qui conviennent réellement à ce dont j'ai besoin, sans prendre un produit générique qui ne sera pas 100% adapté à mon problème. Je suis également très à l'écoute de mon corps et de ce dont il a besoin. Par exemple, je passe régulièrement quelques jours sans me maquiller, afin de le laisser ma peau respirer et se reposer.



Un produit fétiche ?
Cécilia : Je ne sors jamais sans rouge à lèvres, peu importe la couleur. Mes marques fétiches sont MAC, Limecrime et NYX, et dernièrement je suis tombée amoureuse des gloss mattes de chez LA Girls. Je porte le « Backstage » pratiquement tous les jours, c’est un gloss bordeaux auquel j’ajoute un crayon à lèvres marron de chez MAC pour un effet dark.

Lou : Mon petit flacon d'huile de coco et d'aloé vera. L'huile de coco est une bénédiction ! C'est utile partout, pour tout. Je l'utilise en masque quand mes cheveux repoussent, pour les rendre plus forts et brillants, sur mes lèvres quand elles sont sèches, sur mon corps pour l'hydrater... Et le gel d'aloe vera a remplacé mes masques pour le visage que j'achetais dans le commerce. Ça réduit les imperfections, hydrate la peau, fait partir les boutons... c'est même utile pour soulager les coups de soleil !

Quel message souhaites-tu faire passer ?
Cécilia : Au-delà du look, l’important c’est de s’assumer et d’accepter sa différence. Grande, petite, ronde, mince, tatouée, percée ou autre je pense qu’il ne faut pas avoir peur d’oser.

Lou : Nous sommes tous différents, et c'est qui nous rend si beaux ! C'est souvent dur pour les jeunes filles de s'accepter, car on a toujours en tête l'image d'un objectif de beauté qu'on voudrait atteindre. Le message que je voudrais faire passer, c'est de ne pas essayer d'être "jolie comme cette fille-là", mais d'être simplement jolie à ta manière. Si tu as envie de porter un rouge à lèvres qui peut paraître trop flashy, fais-le sans hésiter. Si ça te plait, si tu es heureuse et fière de le porter, alors ça se verra, et tu n'en seras que plus radieuse. Peu importe les normes physiques qu'on nous force un peu à assimiler, il faut se sentir libre d'expérimenter, de tester puis de trouver ce qui nous convient réellement, sans penser au "qu'en dira-t-on". Car au final, notre opinion est la plus importante.



> Article de Camille Lamblaut

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