GRAINE DE BEAUTÉ : J’AI DES CHEVEUX BLANCS

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Les cheveux blancs quand on a 60 ans, ok, mais quand on en a 25 ou 30, c’est plus rare. Pourtant, de plus en plus de jeunes femmes ont des cheveux blancs de plus en en plus tôt et décident de dire non aux couleurs et de les assumer. Rencontre avec Belinda, Adeline et Estelle.

Paulette : Peux tu te présenter en quelques mots ?
Belinda : Je m’appelle Belinda, j’ai 39 ans, j’ai été styliste textile, mais aujourd’hui je me consacre à mes 3 garçons de 19, 12 et 4 ans.

Adeline : Je m'appelle Adeline, j'ai 31 ans. Je suis UI designer et illustratrice et je vis à Paris, mais plus pour longtemps parce que je pars bientôt à Londres !

Estelle : Je m'appelle Estelle, j'ai 29 ans et j'habite Calais. Je suis Aide médico psychologique, j'accompagne au quotidien des adultes déficients intellectuels.

Quelle est ta particularité physique ?


Belinda : J'ai une chevelure en cours de bicolorité, c'est à dire que j'ai de longs cheveux bruns avec des mèches grises et blanches que j’assume, puisque j'ai arrêté les teintures depuis près d'un an.

Adeline : Mes cheveux gris !

Estelle : J'ai les cheveux gris à 29 ans ! Je dirais que j'ai 70% de cheveux blancs.





Est ce une force pour toi aujourd’hui ?
Belinda : Oui ! Aujourd'hui je me sens plus libre que jamais. J'ai commencé les teintures vers l'âge de 16 ans, par jeu, par envie de changer de tête. Puis, à la trentaine, j'avais de plus en plus de cheveux blancs, un effet racine disgracieux, les premiers signes du grand âge...mon Dieu ! J'étais finie ! Je suis donc passée des teintures ludiques à des teintures de nécessité, pour cacher à tout prix ce que la société ne veut pas voir, ce qu'on ne montre pas. Ça faisait donc plusieurs années que je m’obligeais à me teindre toutes les 3 semaines. J’ai eu des envies récurrentes de tout envoyer balader, de m'affranchir de cette routine hypocrite qui finissait par abîmer mes cheveux et me camoufler à mes propres yeux. J'ai plusieurs fois tenté de tout arrêter, mais à chaque fois une bonne âme est là et vous dit : "oui, ça te vieillit !", "tu es trop jeune pour arrêter les teintures !" ou "oh Cruella !" Alors on craque, on teint encore, on triche. Et puis un jour j’ai dit stop.
Je suis contente du chemin parcouru et du soutien que j'ai reçu, surtout de la part de mes garçons, de mon mari, et sur le fabuleux blog de citron-jaune "50 nuances de gris", grâce auquel les moments de doute se sont vite évaporés.

Adeline : Totalement ! Je les ai teints pendant longtemps et il y a presque deux ans j'ai décidé d'arrêter. Depuis j’ai beaucoup plus confiance en moi et je me sens plus… moi. Au début, je pensais que j'allais devoir apprendre à me sentir jolie malgré mes cheveux gris, que j'aurais plus d'efforts à faire niveau coiffure et maquillage, mais c'est presque l'inverse maintenant.

Estelle : Oui c'est une force, c'est ma participation à ma petite échelle contre les diktat de la beauté et de la jeunesse éternelle que nous inflige la société de consommation. Quel est ton pire souvenir à cause de cette particularité ?
Belinda : Les réflexions idiotes. Pas plus tard qu'il y a 3 semaines, on m'a interpellé en me disant “Eh Cruella !”

Adeline : Le jour où j'ai trouvé le premier cheveu blanc, à 18 ans. Je n'étais clairement pas préparée à ça si tôt, j'avais l'impression que ça signait d'office la fin de ma jeunesse.

Estelle : Le pire moment c'est les mois qui suivent l'arrêt des couleurs car l'effet racine de 15 cm est dur à assumer. Autre moment pénible ce sont les remarques, non pas des inconnus qui s'en fichent totalement de mes cheveux, mais bien de mon entourage proche. La plupart d’entre eux ne m'ont pas du tout encourager dans ma démarche. J'ai eu plusieurs réflexions comme “ça va te vieillir, ça va être moche, tu auras l'air négligé etc”. Heureusement, j'avais le soutien et l'appui de mon mari.

Et au contraire, ton meilleur ?
Belinda : Les compliments d'inconnus qui me demandent si c'est fait exprès ou si c'est naturel, parce que "c'est très beau et original !" Et mon mari qui me dit que, comme ça, ses potes vont arrêter de le taquiner en lui disant qu'il "sort avec une petite jeune" (il a 2 ans de plus que moi).

Adeline : En octobre dernier, mes cheveux avaient repoussé jusqu'au menton à peu près, et après un passage chez le coiffeur, il ne me restait qu'une dizaine de centimètres de cheveux teints. Je n'avais pas envie de couper ce qui restait pour ne pas avoir les cheveux trop courts, donc j'ai fait un tie and dye bleu. Du coup, je n'avais plus l'air d'être en fin de repousse, mais juste d'avoir fait le choix d'avoir des cheveux qui ne passent pas inaperçus.

Estelle : Les meilleurs moments ce sont les rencontres avec ces femmes qui m'interpellent dans la rue en me demandant si c'est ma vraie couleur. Puis elles me disent que c'est super mais beaucoup avouent ne pas oser sauter le pas.
Assumer ses cheveux blancs à mon âge invite à la conversation. Dans les endroits où je me rends pour la première fois, on peut être sur que dans la journée quelqu'un viendra me poser des questions sur ma couleur.





Quel a été le déclic pour sauter le pas ?
Belinda : C'est plus un cumul de choses et un parcours personnel qu'un déclic ; mais disons que des cheveux ternes, fragiles, cassants, l'esclavagisme du rythme des teintures (toutes les 2-3 semaines) tout ça m'a aidé à franchir le pas.
Un jour, j’ai dit stop, c'est la dernière coloration. Sur le moment je ne le savais pas forcément mais je me venais de me lancer un défi pour voir comment j’étais “ en vrai”. C'était il y a un an ! Au début, j'avais envie de me cacher dans un trou de souris. 3 cm de racines grises, c'est affreux, ça fait négligé. Je me demandais si j’allais y arriver. Et puis 10-15 cm de racines grises, ça y est, le plus dur était passé. Je me suis habituée à mon reflet dans les vitrines ou miroirs. Ces cheveux-là étaient bien les miens, et je me sentais bien avec eux. D'ailleurs, ils me le rendent bien, ils sont plus beaux, plus forts, brillants et doux.

Adeline : Quand je me teignais les cheveux, j'allais chez le coiffeur tous les mois parce que je ne voulais pas faire des couleurs maison qui font trop cheap. En plus d'être un gouffre financier, j'ai fini par me rendre compte qu'au bout de 3 semaines, je commençais déjà à angoisser à l'idée qu'on voit mes racines. Je me suis dit que ça n'allait faire qu'empirer, que les racines seraient de plus en plus visibles et que je n'avais pas envie de passer le reste de ma vie à me cacher. J'ai commencé à chercher un peu des exemples de jeunes femmes ayant fait la même démarche, et je suis tombée sur Sarah Harris, qui est à peine plus âgée que moi. Je l'ai trouvée tellement éblouissante avec sa chevelure grise que ça m'a convaincue.

Estelle : J'ai décidé d'arrêter du jour au lendemain. Les premiers cheveux blancs sont arrivés au début de l'adolescence. J'avais 13 ans, très vite je me suis teint les cheveux. Accepter ses cheveux blancs à cet âge me semble très compliqué. C'est devenu un petit complexe vers 17/18 ans, les colorations ne faisaient plus leurs boulots, j'avais l'effet racine deux semaines après, pas très glamour quand on cherche un petit copain. Puis, j'ai fais mon petit bonhomme de chemin, j'ai rencontré mon mari et à 26 ans, j'ai décidé de stopper les teintures.


Ça n'a pas toujours été facile les premiers mois, mais une fois l'ancienne couleur partie ce fut la libération. Plusieurs raisons m'ont poussées à sauter le pas. Premièrement, l'envie d'avoir une vie plus saine en stoppant les produits chimiques, deuxièmement le coût financier des colorations et troisièmement l'envie d'avoir une couleur unique ! Et non plus une coloration identique à des milliers de femmes.

T’arrive t-il de regretter ce choix ?
Belinda : Jamais! Même si (surtout au début) il y a des périodes de doutes.

Adeline : Oui, mais très rarement. Le plus dur, globalement, c'est que c'est assez difficile de s'identifier aux modèles féminins montrés partout. La majeure partie du temps, c'est une fierté de ne pas être comme tout le monde, mais j'ai des moments où le moral est un peu bas et où j'aimerais juste être plus standard et correspondre aux critères de beauté classiques. Cela dit, vu que la mode est aux cheveux artificiellement gris, c'est un peu moins difficile maintenant.

Estelle : Je n'ai jamais regretté. Au contraire je me dis que j'aurais dû le faire plus tôt.

Ton astuce beauté ?
Belinda : Je rince mes cheveux à l'eau froide (ça resserre les écailles des cheveux et les fait briller) et de temps en temps je fais un rinçage avec un mélange d'eau et de vinaigre blanc. Là aussi, une brillance incomparable.

Adeline : Le rouge à lèvres bien rouge. Je ne porte quasiment que ça comme maquillage, mais j'en mets tous les jours et ça fait un beau contraste avec mes cheveux.

Estelle : Une fois sur deux j'utilise un shampoing violet et un masque déjaunissant.





Un produit fétiche ?
Belinda : L'huile de coco pour tout : le corps et les cheveux. 1 fois toutes les 2 semaines j'enduis mes cheveux d'huile de coco et les laisse comme ça toute la nuit et je les lave au réveil.

Adeline : L'huile de coco, j'en mets tout le temps sur mes cheveux pour les nourrir et les dompter un peu (mais pas trop, j'aime bien ma chevelure de sauvageonne).

Estelle : Shampoing les fleurs du mâle de chez Lush qui s'en merveilleusement bon !

Quel message souhaites-tu faire passer ?
Belinda : La société nous oblige à être jeune éternellement : Faire une taille 38, pas de rides, des gros seins… mais ce n'est pas la réalité. Les femmes doivent apprendre à lâcher prise, à ne pas être dans la comparaison et la compétition. Pour ça, il faut apprendre à s'aimer et ça commence par l'acceptation de soi.

Adeline : J'essaie de tordre le cou aux injonctions faites aux femmes pour toujours être plus belles, plus minces et rester jeune. Un homme qui a des cheveux gris, on trouve ça super, mais chez les femmes, dans la tête des gens, ça fait négligé... Non seulement les cheveux blancs ne vieillissent pas forcément (on me donne en général 2-3 ans de moins), mais en plus, c'est OK d'accepter qu'on vieillit. C'est sûr qu'avoir des cheveux blancs quand on est jeune, ça peut être traumatisant (j'en sais quelque chose) mais il faut juste le voir comme une particularité physique, rien de plus. Évidemment, chacune fait ce qu'elle veut, mais je trouve simplement regrettable que couvrir ses cheveux blancs soit considéré comme un passage obligé.

Estelle : J'aimerais dire aux femmes, même les plus jeunes, qu'il ne faut pas craindre le regard des autres. La plupart des gens se moquent totalement de la couleur de vos cheveux. Ce sont les grands industriels qui nous poussent à croire qu'il faut éradiquer les cheveux blancs à tout prix afin de vendre leurs marchandises. J'ai 29 ans, alors les cheveux blancs ne sont pas toujours signes de vieillesse...et quand bien même ? Assumer mes cheveux blancs ne m'a pas empêcher d'être en couple, de trouver un boulot et de me trouver désirable. Lutter contre les cheveux blancs est un combat perdu d'avance alors autant faire de cette particularité une force.

> Article écrit par Camille Lamblaut
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