GRAINE D’ENTREPRENEUR : BOBBIES


En 2010, l’année de leur 23 ans, AntoineBolze et Alexis Maugey lancent la marque de mocassins à picots Bobbies. Un pari risqué mais qui a porté ses fruits. Aujourd’hui, les Bobbies sont vendues dans le monde entier et les deux jeunes hommes emploient 14 personnes. Récit d’une success-story.
 
Paulette : Comment l'aventure Bobbies a-t-elle commencé ?
Antoine : Alexis et moi sommes allés dans un lycée où on était obligé de porter des mocassins, les baskets étant interdites dans l'établissement… Problème, quand tu as 16 ans et que tu dois porter des Tod’s, ce n’est pas très fun. Après le lycée, j’ai fait mes études à l'Université Paris-Dauphine alors qu’Alexis était en école de commerce. On s’est retrouvé tous les deux en césure la même année, à faire des stages qui nous saoulaient. On s’écrivait des mails tout le temps et, un jour, Alexis m'envoie un mail –c’était en septembre 2009-, en me proposant de lâcher nos stages respectifs pour créer notre propre marque de mocassins. C'était culotté mais c’était une excellente idée, étant donné qu’il n y avait pas de marques de "mocassins cool" sur le marché français et qu’on avait le champ libre. Ni une ni deux, on s’est lancé dans l’aventure.
 
Concrètement, comment on lance sa boite ?
Pour commencer, on a monté une SARL. On a injecté de l’argent grâce à un prêt étudiant puis on s’est mis à chercher une usine qui fabriquerait les mocassins. Pas d’usine, pas de mocassins, ça parait logique. On voulait une usine qui soit flexible, qui veuille bien faire des petits nombres de pièces de qualité, et on voulait aussi que ce soit proche, pour faciliter les aller retours. En surfant sur internet, on a décidé de faire ça au Portugal. On a pris nos billets direction le Portugal et, sur place, on a fait une rencontre de fou !  Un vieux monsieur qui avait son usine depuis 40 ans, et qui nous a pris sous son aile parce que le projet lui avait plu… On a vraiment était chanceux de ce côté-là.

 
Vous saviez exactement quel type de mocassin vous vouliez ? Vous êtes allés voir l’usine en disant "On veut ça !"
Oui voilà, on savait qu'on voulait une chaussure assez fine, avec des picots pas trop gros. Ensuite on voulait de la couleur, du bleu, du rouge, du vert… de manière à faire des mocassins de qualité, mais cool et moderne. Les mocassins ont ensuite été fabriqués et on a officiellement lancé la marque le 15 avril 2010. Les chaussures sont arrivées le matin même, quel stress ! Et encore, il en manquait… A cause du volcan en Islande qui faisait des siennes, certaines paires n’ont pas pu arriver à bon port. En tout, on avait 1000 paires, et on en a vendu 500 en un week-end ! Comme il nous restait du stock, on a démarché des boutiques et tout s’est enchainé très vite.
 
Comment vous est venu le nom Bobbies ?
Quand on travaillait sur le projet, on écoutait en boucle une chanson de Bobby Blanco. Le nom Bobby est resté puis on a décidé de le mettre au pluriel, car des chaussures, c’est au pluriel. Ça a donné Bobbies ! Ensuite on a créé "Jean-Bobby le Magnifique", notre mascotte. C'est un pélican qui nous accompagne partout et qui est le logo de la marque, on le trouve sur le talon de toutes les chaussures. Ah, sacré Jean-Bobby, on l’adore ! Il s'est lancé dans la chanson il n y a pas si longtemps que ça d’ailleurs et ça a pas trop mal marché pour lui ! (rires) (ndlr, sur le site internet, Jean-Bobby pousse la chansonnette)

 
Votre business plan a évolué depuis 2010, aujourd’hui, vous ne faites pas que des mocassins pour hommes, comme prévu initialement ?
Effectivement, c'est venu d’un constat pratique : les mocassins, ça ne protège pas vraiment du froid… Même si on a conçu des modèles montants et/ou fourrés exprès pour l'hiver, les mocassins sont plutôt des chaussures que l’on porte quand il fait doux, et souvent sans chaussettes. On a donc créé d'autres modèles, toujours dans l'esprit Bobbies, colorés et classes, comme les Desert boots.
 
Et vous avez également décidé d'élargir aux femmes, pour le plus grand bonheur des Paulette ?
Oui, on a commencé par les ballerines, en se disant que toutes les filles mettaient des ballerines, et que c'était une valeur sûre. Mais on s'est vite rendu compte que les filles aussi voulaient des mocassins modernisés ! Alors on a créé une ligne de mocassins colorés et frais pour les femmes, que l’on a lancé l'été dernier, en 2012. Enfin, cet été, on a lancé une gamme de slippers sur lesquels on a mis des paillettes, des nœuds, des couleurs, on voulait que ce soit joyeux !
 
"À TOUS LES JEUNES QUI VEULENT SE LANCER, FONCEZ, MAIS A PLUSIEURS"
 
Aujourd’hui, quelle est votre clientèle ?
A vrai dire, on a une clientèle assez hétéroclite. Il y a un socle de base d'hommes et de femmes entre 18 et 30 ans,  même si la plupart de nos clients sont quand même des hommes. Et on s'adresse vraiment à tous les milieux sociaux-culturels. Notre but a toujours été de démocratiser le mocassin et de prouver qu’il n'est pas réservé aux Versaillais.
On a aussi une clientèle internationale, on est vendudans une trentaine de pays, notamment au Japon, en Corée du Sud et au Moyen-Orient (Qatar, Koweït, Arabie-Saoudite, Liban). La "french touch" séduit beaucoup !
 
Et les lycéens de l'établissement où vous étiez, Alexis et toi, portent-ils des Bobbies ?
Ah ah, oui ! Et sans mentir, ça doit être le lieu de France avec la plus grande densité de Bobbies portées (rires).
 
3 ans après le lancement de la marque, combien êtes vous à travailler chez Bobbies ?
On est quatorze ! La marque s'est énormément développée en 3 ans. Il y a 6 mois, on était encore 7, mais on a du embaucher. Aujourd’hui dans la boite on a des commerciaux, des créatifs, des RP, un comptable etc. … et je ne compte pas les artisans qui fabriquent les chaussures. Le succès est au rendez-vous, j’espère que ça va continuer comme ça pour de nombreuses années à venir.
 
Quels sont vos projets justement pour les prochaines années ?
On pense à ouvrir des boutiques, plein de boutiques ! On a envie d'en ouvrir une à Beirut, au Liban. Les Bobbies se vendent très bien là bas. Et on a aussi envie de s'implanter sur le marché des États-Unis, parce qu'on y est très peu présents pour l'instant. En tous cas, une chose est sûre, on gardera nos modèles de chaussures, on n’a pas trop envie d'innover mais plutôt d'approfondir ce que l'on sait déjà faire !

 
Quels ont été les pires et les meilleurs moments de l’aventure Bobbies jusqu’à présent ?
Le meilleur moment, c'était le lancement de la collection. On avait fait un event Facebook en invitant des potes et des potes de potes en leur disant de faire tourner l’info.  Le jour J, avant d’ouvrir les portes du showroom, j’étais très stressé. Et si personne ne venait ? J’ai donc ouvert les portes le cœur serré et là, j’ai vu 60 personnes que je ne connaissais pas qui faisaient la queue pour découvrir et acheter les Bobbies. Un énorme soulagement et une grande joie !
 
Mon pire souvenir, c’était le même jour, le matin, quand on a reçu les premières mille paires de chaussures. Avec Alexis on s'est rendus compte qu'il manquait la moitié des coloris, qu’il n y avait pas de petits sacs qui emballaient les chaussures dans les boîtes... Bref ! Un mauvais moment.
 
Un petit mot pour conclure ?
À tous les jeunes qui veulent se lancer, je vous conseille de foncer mais à plusieurs, car c'est bien plus facile : à deux on a deux fois plus d'idées et on va deux fois plus vite. Quand un des partenaires a un coup de mou, l'autre prend le relais... Et partager une aventure, c'est vraiment chouette. Et enfin, si je peux me permettre: n'écoutez pas trop l'avis des autres et restez fidèles à vos convictions. Il faut croire en son projet !
 
>Boutique : 1 rue des Blancs Manteaux, 75004 Paris 
 

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