FRÉDÉRIC CHAU : "CE BÉBÉ MORT SUR LA PLAGE, ÇA AURAIT PU ÊTRE MOI"

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Photos de
Thierry Ambraisse - Merci au Terrass Hotel


Frédéric Chau, un ancien humoriste du Jamel Comedy Club que vous avez récemment pu apercevoir dans le film “Qu’est ce qu’on a fait au bon dieu”, sort aujourd’hui son livre intitulé “Je viens de loin”. Un titre à double sens qui évoque à la fois son parcours (des parents et grands parents d’origine cambodgienne qui ont fui la dictature des  Khmers rouges au Viêt nam avant d’obtenir un VISA et trouver refuge en France) et les difficultés qu’il a eu à trouver sa voie, à se trouver.
De Phnom Penh au 18ème arrondissement de Paris, rencontre avec le plus chinois des français / le plus français des chinois (rayer la mention inutile après lecture du livre).
 
Paulette : Avant toute chose, qu’est-ce qui t’a motivé à écrire ce livre ? Pour le grand public tu es comédien, pas écrivain…
Frédéric Chau : Tout a commencé l’année de mes 24 ans où j’ai découvert grâce au documentaire “Rithy Panh S21” que mes parents n’avaient pas subi d’exode économique mais politique. Tout d’un coup, tout est devenu limpide. Je me suis renseigné sur le sujet, j’avais une soif de connaissance, je me suis informé sur les khmers, les prisons, le dictateur Douch…. Ce livre est donc à la base un prétexte pour retracer mes origines, comprendre d’où vient ma famille, ce qu’elle a subi, par quoi elle est passée.
J’ai souffert de problèmes identitaires, je ne me sentais ni vraiment français, ni vraiment chinois et je vivais un vrai mal être. Ce livre m’a vraiment permis d’assumer enfin, à 400%, ma double culture. Grâce à ça je comprends qu’il n y a que des avantages et aucun inconvénient à venir d’où je viens et d’être là où je suis maintenant. On avance mieux dans la vie quand on est en phase avec soi même.

Quand tu as commencé à coucher les premiers mots, à qui pensais-tu ? Au fond, à qui s’adresse ce livre ?
Je l’ai fait de façon sincère et assez égoïste, je ne suis pas dans la stratégie de faire un livre pour une cible en particulier. Il s’agit vraiment d’un exutoire bienveillant. En écrivant ce livre j’ai passé beaucoup de temps avec ma famille, mes parents, mes grands parents, j’ai pu crever l’abcès, ils ont enfin pu me dire ce qu’ils ne m’avaient jamais dit. Il s’est passé des choses fantastiques, j’ai vécu des moments très beaux en famille. Aujourd’hui on est encore plus solidaire, on s’est dit les choses et ça nous a fait du bien. J’ai fait le livre pour moi avant tout.

A travers tes pages on peut voir que tu insistes beaucoup sur le fait de ne pas renier ses origines, d’accepter d’où on vient…

Oui, c’est le message principale :  assumons qui on est ! Peu importe ce que pensent les autres, on avance mieux dans la vie quand on est en phase. Dans l’adversité, les coups bas et les piques ne nous atteignent pas si on est en harmonie avec soi même.



Les premières pages de ton livre relatent l’exode de tes parents et grands-parents et de la difficulté qu’ils ont eu à quitter leur pays et à passer la frontière sains et saufs
. A l'époque, tu étais encore bébé, dans les bras de ta maman. Je me doute que compte tenu de l'actualité, ça remue beaucoup de souvenirs...
Forcément, les derniers événements font écho à mon passé. L’enfant mort sur plage je me dis que ça aurait pu être moi, à 2 mois, quand ma mère m’a donné du lait périmé et que mes parents ont du vendre la bague de fiançailles de ma mère afin que je ne meure pas…

Mes parents sont issus de la bourgeoisie, mon père parle 5 langues asiatiques, ma mère 3. Ils avaient une bonne situation et tout a changé du jour au lendemain. En une nuit, leur vie a basculé. Les migrants qui arrivent en Europe, à ce stade de l’exode, ce sont aussi des gens qui ont de l’argent et qui devaient avoir une bonne situation ou alors, qui ont tout donné pour venir ici. Certes, aujourd’hui la médiatisation est différente par rapport à 1979 mais je suis heureux de voir qu’il y a une vraie mobilisation de l’opinion publique, que les gens se rendent bien compte du courage de ces personnes qui quittent tour pour venir chez nous. Aujourd’hui, si on vous proposait de partir demain en vous disant que vous allez arriver là ou les gens de veulent pas de vous, il y aurait 100% de réponses négatives. Eux, n’ont pas eu le choix. Ma famille non plus.


Je serai éternellement reconnaissant envers la France car elle a apporté a mes parents les moyens de survivre, d’obtenir la liberté de devenir qui ils veulent.


Je pense à Manuel Valls, qui, quand il est devenu Premier Ministre, a eu un discours fabuleux devant l’Assemblée Nationale : la France est ainsi l’un des rares pays à donner la possibilité à un français naturalisé d’accéder aux plus hontes fonction de l’état. C’est ça la France pour moi, pouvoir accéder à ses rêves.

 

Quels sont tes rêves d'ailleurs aujourd'hui, tes projets à court ou long terme ?

Alors dans 3 semaines je pars à Shangaï pour tourner un film d’action. Je vais rester plusieurs mois là bas et en rentrant j’enchaîne avec un tournage à Marseille.

Sinon je suis en train d’écrire une comédie sociale sur la communauté chinoise en France qui s’appellera “Made in China”, réalisé par Julien Abraham. Tu savais que l’on était 2 millions de français d’origine asiatique ? La communication de la communauté asiatique en France c’est de la non communication (rires). Vous ne nous voyez pas, on fait comme si l’on existait pas. Mais il y a tellement de choses à dire ! J’ai envie de parler de nos habitudes, de nos qualités et nos défauts… Par exemple petit mes parents ne m’ont jamais dit je t’aime. En revanche, leur façon à eux de me montrer de l’amour c’était de porter toute l’attention sur ma nutrition. Faire attention à ce que je mange bien revenait à me déclarer tout leur amour.

Et aussi j’écris une série qui s’appellera “PNC aux portes”, une comédie qui traitera des coulisses du monde des stewards et hôtesses de l’air. Avec un humour à la The Office, à la Ricky Gerveais. J’adore ! Et comme j’ai travaillé en tant que Steward à Air France pendant quelques années, je connais bien le domaine (rires).


Il y a un chapitre dans le livre où tu expliques qu’il n y a pas de rôle pour toi au cinéma car tu n’es “ni vraiment chinois, ni vraiment français”.

Oui, avec le profil que j’ai je manque cruellement de rôle. Du coup j’ai décidé de ne pas me laisser abattre et de me créer un rôle sur mesure.

C’est un constat, aujourd’hui la fiction manque de diversité et c’est fou car à La Rochelle j’ai entendu ces chiffres : "En France 1 Français sur 4 est un Français issu de l’immigration, et 1 mariage sur 4 est un mariage mixte". Que fait le cinéma ? Pour autant je suis optimiste, quand je vois des gens Césarisés comme Tahar Rahim, Leila Bekhti…


Et puis il y a ce film sur la mixité, “Qu’est ce qu’on a fait au bon Dieu” ? Un succès fou ! D'ailleurs, vous envisagez un “Qu’est ce qu’on a fait au bon Dieu 2”  ?

Non, on passe direct au 3 (rires). Oui, on réfléchit à une suite mais c’est très compliqué de tous nous réunir, c’est difficile avec nos agendas très chargés. Mais on se voit régulièrement entre “gendres”. On dîne ensemble tous les 4, on s’appelle…

 


Bien qu’on ait l’impression de te connaître par coeur après avoir lu ton livre, voici un petit quizz pour en apprendre encore un peu plus sur toi...


Qu’est-ce qui te fait sourire ?

L’insouciance des enfants.


La chanson que tu écoutes en boucle ?

Wainting in vain, de Bob Marley. Pour moi la plus belle chanson d’amour.


Le métier de tes rêves, ce serait quoi ?

Franchement, je le fais. C’est une chance de vivre de sa passion.


Le dernier film qui t'a fait pleurer ?

New York Melody, de John Carney avec Keira Knightley et Mark Ruffalo. Je suis fan de Keira Knightley et Nathalie Portman. Elles sont magnifiques, je serai prêt à tout quitter pour elles. TOUT (rires).


Quelle est ta petite manie ?

J’en ai plein, les gens me définissent comme maniaque mais moi je me considère davantage comme organisé…


Le plat ou la recette que tu ne rates jamais ?

Le Bo bun. C’est une oeuvre d’art. J’en ai tellement fait, je ne me loupe jamais. Petit, j’étais persuadé que le meilleur de la terre c’était celui de ma mère. Et puis j’en ai goûté d’autres, ma mère était dégoûtée.


Une expression culte que tu dis tout le temps ?

En revanche. J’ai vraiment l’esprit de contradiction.


La fringue préférée de ta penderie ?

Mon teddy Lacoste et mes Lunarlon Nike, que j’ai customisées moi-même sur Nike Id. Elles sont de toutes les couleurs. Je les adore.


Le dernier concert où tu es allé ?

M, à Evian. Il a tellement de Sex appeal avec les filles. Si tu veux choper il faut être chanteur, pas humoriste. Humoriste, ça ne fonctionne pas du tout avec les meufs.


J’ai très envie de te croire mais là j’ai des doutes…

Si, si, elles ont peur !


La personne que tu rêverais de rencontrer ?

Michael Jordan.


Un lieu de vacances pour décompresser ?

La Birmanie, j’y suis allé cet été. C’est incroyable. Je suis parti un mois en sac à dos. J’ai changé d’endroit tous les 5 jours, dans des lieux sans eau, sans électricité. Au début, c’était difficile, tu te rends compte que tu es complètement accro, surtout pour le téléphone. Et puis tu t’y fais.


Le pire texto que tu aies jamais reçu ?

On m’a invité à un anniversaire, j’étais content, j’ai répondu que je venais. Et puis après, on m’a renvoyé un sms en me disant“Cool, tu peux dire à Julie de venir avec toi !”. Euh, Julie ? C’est qui Julie ? L’invitation ne m’était en fait pas adressée. Dur à encaisser.


Quel est ton plus gros moment de honte ?

J’en parle dans mon livre mais je pense vraiment que c’est celui là… Petit, comme mes parents n’avaient pas beaucoup d’argent, je n’avais pas de fringues de marques et surtout, pas de nouvelles fringues. Un jour, en cours de gymnastique, je me suis rendu compte que j’avais un trou entre les jambes dans mon vieux jogging. Plutôt que de me payer la honte, lorsque j’ai du faire l’exercice et monter sur les barres devant tout le monde, j’ai prétexté une chute…


L’endroit où on peut te croiser un vendredi soir ?

Chez moi. Je ne suis pas un mec qui sort. Je préfère rester chez moi avec des potes ou me faire un ciné, aller au théâtre…


Qu’est-ce qui te fait craquer chez une fille ?

Son naturel, elle n’a pas besoin d’un maquillage à outrance. Si, sans maquillage, la femme rayonne au réveil, c’est potentiellement la femme de ma vie.


La Paulette de tes rêves serait…

Nathalie Portman ou Keira Nightley.


En couple ou célib ?

Célibataire.

 

Une dédicace aux Paulette pour conclure ?

Je pense avoir une vraie sensibilité féminine. J’adore être avec des nanas car avec vous je peux avoir une discussion profonde, alors qu’avec mes potes on est en mode blague, bière et pizza. Donc les filles, un message, s’il vous plaît, acceptez-nous davantage dans vos cercles ! Laissez nous discuter avec vous !


> Frédéric Chau soutient l’association Krousar thmey (nouvelle famille en cambodgien) qui vient en aide aux orphelins en permettant de leur trouver rapidement une famille d’accueil


Justine Pinaud

Justine, Rédactrice en chef web, 28 ans, Paris
Une lubie ? La collection de vernis de couleurs douteuses.
Un plat ? La truffade.
Une chanson ? Le générique d’Extrême limite.
Un endroit ? Mon lit.
Une fringue ? Une jupe patineuse.
Une devise ? Rechercher l’extra dans l’ordinaire.
> https://twitter.com/justinepinaud

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