ELISA PARRON : “ÇA ME FAIT PLAISIR QU’ON S'INTÉRESSE À MOI PARCE QUE JE SUIS UNE FILLE”




Nekfeu, Booba, MHD, Zlatan, Messi… Tous sont passés devant l’objectif d’Elisa Parron. Du haut de ses 22 ans, la photographe Suisse spécialisée dans le foot et le rap voit sa carrière exploser. Nous l’avons rencontrée.

Paulette : Tu nous parles un peu de toi et de ton parcours ?
J’ai grandi à Lausanne, en Suisse. J’ai eu un parcours scolaire un peu chaotique, avant d’arriver dans une école d’art. J’avais fait deux années sabbatiques où je me cherchais un peu et à 16 ans, j’ai fait un stage chez un photographe. J’ai adoré et je me suis demandé comment on pouvait faire pour devenir photographe. Il y avait une école d’art et j’ai attendu un an avant de m’inscrire car je n’osais pas avant. J’ai eu un déclic dès que je suis arrivée à l’école, je partais à fond faire des photos de concerts, de sport…

Tu t’es directement spécialisée dans le rap ?
Je faisais d’abord ce que l’école nous disait de faire. On faisait un peu de tout, de l’argentique, etc. Et en parlant à quelqu’un, je me suis rendue compte que j’aimais beaucoup les photos de concert, je trouvais que ça dégageait quelque chose de vraiment beau. Je suis allée regarder sur internet quels concert il y avait près de chez moi. J’ai vu un groupe de rap français que je connaissais et j’y suis allé.

A la base, tu écoutes ce genre de musique ?
J’ai un grand frère qui écoute du rap, donc forcément j’ai écouté. Maintenant oui j’en écoute beaucoup, mais avant, pas spécialement !


Booba. Photo : Elisa Parron

Tu as suivi les Casseurs Flowters, Nekfeu et maintenant MHD en tournée. Ça se passe comment ?
C’est un rythme assez spécial, on part à minuit et on arrive dans une ville. On sort, on va visiter un peu, ensuite il y a les concerts… C’est une aventure humaine vraiment forte, on est avec des gens, on mange avec, on dort avec, on partage des moments forts…

Est-ce que c’est toi qui démarches les artistes ou ce sont eux qui viennent vers toi ?
Ça se fait plutôt d’un commun accord ! Je ne veux pas m’imposer, je veux que ce soit l’artiste qui propose. Je préfère passer par les artistes parce que je trouve qu’ils sont bien plus en confiance quand c’est eux qui prennent les décisions. Ma première tournée c’était avec les Casseurs Flowters il y a deux ans et c’est Gringe qui m’avait proposé de venir avec eux.

C’est grâce à la tournée des Casseurs Flowters que tu t’es fait connaître ?
Oui c’est comme ça que j’ai eu un suivi d’artiste et c’est vraiment ce que j’essaie de mettre en place ! J’aime bien avoir un suivi sur une petite période parce que de cette façon on a des photos plus intimes, avec plus d’émotion. Quand tu connais les gens tu peux les shooter à un moment où ils ne s’y attendent pas, parce que tu es avec eux tout le temps. Pour les concerts aussi c’est plus simple parce qu’ils savent que tu es dans la fosse, ils ne te calculent même plus… Faire un concert, je trouve ça dommage parce que parfois on ne sait pas si les artistes font des mouvements spéciaux, s’ils font un certain truc à un certain moment, et une fois que c’est passé c’est raté. C’est pour ça que j’aime bien le suivi, je sais exactement à quel moment il se met là, s’il saute dans la foule…

Tu as des anecdotes à nous raconter sur les tournées ?
Je n’ai pas spécialement d’anecdotes, ça se passait comme je l’avais imaginé ! Au départ je n’attendais rien en particulier, c’est un peu venu comme ça, donc je me laissais aller et tout était bien ! Même s’il y a des trucs qui ne se passaient pas bien je ne voyais que le positif, je pensais “C’est fou ce qui m’arrive !”.

Orelsan et Gringe. Photo : Elisa Parron

Ton meilleur shooting ?
Bercy avec Booba, c’était fou ! Je ne me suis jamais sentie autant à l’aise devant une salle aussi pleine. Alors que c’est quelque chose dont je n’ai pas forcément l’habitude, des fois je suis un peu intimidée de faire des photos. Quand je dois m’approcher un peu trop près, c’est pas naturel. Et là, Bercy, 22 000 personnes. Booba m’a dit “Tu te mets où tu veux, si tu veux être à côté de moi tu te mets à côté de moi…” Zéro limites, j’avais toutes les opportunités que je voulais ! A la fin je transpirais, j’allais partout, en bas, dans la fosse, sur le côté, devant lui, derrière lui… J’ai eu beaucoup de photos vraiment cool et ça m’arrive rarement parce qu’habituellement j’aime bien sortir une ou deux photos maximum, qui décrivent un concert.

Tu fais aussi des photos pour le foot. Tu as shooté quelles équipes ?
Beaucoup de clubs Suisses d’abord. C’était des clubs de Ligue 1, donc c’était différent de la notoriété d’un Paris Saint-Germain. Je venais souvent à Paris pour les photos d’artistes et je me suis souvenue qu’il y avait un club de foot. Ça me manquait et je n’avais pas le temps de shooter en Suisse. J’ai demandé et j’ai shooté le PSG, je travaille encore avec eux maintenant. J’ai aussi fait le Barça, l’équipe de Barcelone.

C’est quoi ton style ?
Je trouve que je n’ai pas de style, on me dit que oui, mais moi je fais mes photos, et j’arrête de les retoucher au moment où je ne les aime le plus. J’imagine que c’est ça mon style, ça vient tout seul et il y a un moment où je me dis “là c’est fini”. Je pense que les gens arrivent mieux à décrire mon style que moi, parce que les photos je les prends spontanément.


Zlatan Ibrahimovic. Photo : Elisa Parron

Tu t’inspires de photographes en particulier ?
Non, et c’est justement ça qui m’a motivé à travailler mon image et mon nom pour qu’il devienne ma marque. Je me rends compte qu’il y a plein de photos que j’ai adoré dans ma vie et dont le photographe n’était pas mis en avant. Je trouve ça dommage parce que quand tu t’y connais un peu, tu as envie de savoir qui est derrière la photo. Je trouve que ce n’est pas assez travaillé, sauf quelques-uns, comme Karl Lagerfeld ou Mondino. J’adore ce que fait Mondino et lui pour le coup il a réussi à se faire un nom ! Je trouve que c’est ça qui est important, autour de moi il y a trop de photographes qui font presque un travail à l’usine, on ne voit plus le côté artistique dans leurs photos. J’ai l’impression qu’ils n’aiment pas leurs photos, qu’ils n’ont pas d’émotion à les faire. Je vois ça au bord du terrain de foot, les mecs mitraillent de photos.

Tu ne fonctionnes pas comme ça ?
J’ai un appareil photo hyper lent ! Quand je me suis acheté mon premier appareil photo, j’ai pris celui qui était bien pour plein de choses, mais pas spécifique à la vitesse, parce que je ne savais pas non plus que je voulais faire ça. Là, je l’ai toujours ! Pour l’instant je n’ai pas un matos de fou, et ça veut dire que dès que je passerai avec un meilleur appareil, ça sera plus facile !

Le foot, le rap... Ça n’a pas été trop dur de te faire ta place dans ces milieux ?
Finalement, je ne vais pas dire que ça a été facile, mais vu que les gens n’avaient ni l’habitude de voir un garçon ni une fille, je me suis créé ma place et ça s’est fait sur mesure. Ça n’était pas le fait que je sois une fille qui dérange. Mais c’est toujours un peu marrant parce que sur les terrains de foot les autres photographes ont l’âge d’être mon père, ils sont plus curieux par rapport à mon âge. Je n’ai “que” 22 ans.

Un conseil à donner pour arriver là où tu es ?
Je reçois beaucoup de messages d’ados qui me disent qu’ils aimeraient faire comme moi ! On me demande des conseils, ou avec quel appareil photo je travaille. Alors que c’est après qu’on se pose la question de l’appareil photo, c’est quand on s’y connait un peu qu’on arrive à faire la différence. Mon premier appareil, je l’ai choisi parce qu’il prenait des photos. Quand on commence la photo, le principal c’est d’avoir l’envie profonde et si tu as envie de faire la photo tu vas te lever et tu vas la faire. Il faut se donner les moyens.

“Je suis en contact avec le photographe d’Eminem, à Detroit”


Ton rêve pour les prochaines années ?
Continuer avec les suivis d’artistes, j’adore. Après, sans prétention, j’aimerais bien voyager avec des artistes d’autres pays, tout en restant dans le hip-hop rap. Ce serait bien de s’envoler vers un autre continent, plus ensoleillé. Là je suis en contact avec le photographe d’Eminem à Détroit, que je vais essayer de rencontrer. J’aimerais continuer à faire ce que je fais, là-bas. J’aimerais aussi continuer le foot, c’est le sport à shooter que je préfère ! J’aimerais collaborer un peu plus avec les joueurs comme je fais avec les artistes, mais c’est plus compliqué parce que les footballeurs sont à l’international. Ce sont l’équivalent de grosses stars américaines, mais dans le foot ! Mais je veux que ça se fasse naturellement, je n’aime pas forcer la porte.


Dani Alves et Léo Messi. Photo : Elisa Parron

Quels sont tes projets ?
Je pars en tournée ave MHD. Ils sont partis à Montréal hier, mais je ne peux pas y aller parce que j’ai mon exposition à la Flèche d’Or le 17 juin. Le lendemain je pars à New York où je rejoins MHD qui joue au MoMA. Je le suis aussi en tournée en Afrique de l’Ouest. Je devrais aussi être sur la tournée de Joke, ce n’est pas pour tout de suite mais on est en train d’organiser ça. J’ai aussi été contactée ce matin pour un film français ! On n’est plus du tout sur de la musique et ça m’intéresserait vraiment. J’avais déjà fait des photos backstage pour Bloqués des Casseurs Flowters, et j’avais adoré.

Un mot pour les Paulette ?
Merci pour cette interview ! Je suis dans un milieu masculin à 300% et les médias qui me contactent sont des médias de sport ou de rap, alors ça me fait vraiment plaisir qu’on s’intéresse à moi parce que je suis une fille.
J’espère aussi que des gens vont me découvrir, et ça m’intéresse d’avoir l’avis de tout le monde ! N’hésitez pas à venir me dire ce que vous pensez de mon travail, ça va m’ouvrir et me permettre d’avoir un jugement un peu différent.


MHD. Photo : Elisa Parron

> Soirée Poly Mouv’ le 17 juin à la Flèche d’Or, organisée par l’association Polyssons Ton Art. Exposition d’Elisa Parron et concert live et DJ Set. De 19h30 à 2h.
Adresse : 102 bis rue du Bagnolet, 75020 Paris.
Elisa Parron : Site, Instagram, Facebook.
PAULINE ALLIONE

Pauline, Assistante de rédaction web, 20 ans, Lyon
Une lubie ? Faire des plans sur la comète
Un plat ? Les pâtes au pesto, carbo , bolo...
Une chanson ? Oops!... I did it again de Britney Spears
Un endroit ? La rivière, en Ardèche
Une fringue ? Un jean taille haute
Une devise ? Fries before guys
> https://twitter.com/paulinaspp

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