DONNA CARPENTER, PDG FÉMINISTE MAIS SURTOUT ENGAGÉE


Burton est une enseigne américaine spécialisée dans la fabrication de snowboards. Fondée en 1977 par Jack Carpenter Burton, la marque se distingue par son implication dans l’égalité des sexes au sein des entreprises tout en étant le leader dans un domaine qui était essentiellement masculin par le passé. La PDG de la marque, Donna Carpenter, nous éclaire ici sur la défense de l’égalité entre les hommes et les femmes à travers le prisme du monde de l’entreprise, du sport et des préjugés qui y sont liés.


Peux-tu nous présenter ton parcours, comment es-tu devenu le PDG de la marque Burton ? 
 
C’est une longue histoire… Je suis entrepreneuse, mais seulement par accident. Lorsque j’ai rencontré mon mari Jack, je quittais l’université. C’était au début des années 1980 et j’avais 23 ans. Il créait à l’époque des planches dans le fond de sa grange. D’ailleurs, je comptais commencer un autre boulot, mais il m’a demandé si je pouvais l’aider avec ses ventes de snowboard. Tout ce dont je me souviens c’est que tout de suite après, mon premier poste auprès de l’entreprise était en Europe. Même si ça a l’air plutôt sexy ça ne l’était pas du tout (rires). Tout s’est déroulé très vite. En Europe je m’occupais de la distribution et les gens adoraient le snowboard, donc l’entreprise s’est développée très rapidement. De retour aux États-Unis, mon mari m’a proposé de devenir directeur financier de la marque. Il m’a toujours poussé à aller plus loin. Par la suite, je suis devenue présidente de la marque et, c’est il y a deux ans seulement que je me suis sentie prête pour devenir PDG. Je n’ai pas eu une carrière toute tracée, mais très tôt, je voulais m’assurer que les femmes éprouvent un sentiment d’appartenance envers l’entreprise et la communauté Burton. 

 
Pensais-tu donc à ces problématiques relatives aux femmes dès les débuts dans les années 1980 ? 
 
Non. En réalité, lorsque l’on a commencé, il y avait autant de femmes que d’hommes qui développaient le domaine du snowboarding. Mais par la suite, l’entreprise a évolué de manière très rapide, on s’est élargi, on a embauché des gens issus du milieu du surf, du skateboard, et c’est à ce moment-là que les hommes ont prévalu. Il y a 14 ans, mon mari et moi nous n’avions rien prévu de tout cela. On a donc essayé de travailler là-dessus, et on est passé de 10% à 42% de femmes au sein de l’entreprise parce qu’on a toujours voulu que les femmes sentent qu’elles avaient une place bien à elles ici.

 
Comment as-tu pu parvenir à ce résultat ? 
 
J’ai commencé à m’entretenir avec beaucoup de femmes, et j’ai réalisé que les femmes dans les sports d’action sont des dures à cuir. J’ai réalisé aussi que rien ne pouvait changer si nous ne le faisions pas. Donc, on a embauché des femmes leaders et qualifiées. À l’issue des entretiens par exemple, on faisait en sorte que les finalistes soient composés d’une femme et d’un homme même si c’était beaucoup plus difficile de trouver des femmes avec les qualifications requises. On a aussi des politiques d’entreprise qui aident les femmes notamment en les autorisant à voyager avec leurs enfants en bas âge accompagnés d’une nurse. 
Le second point important c’était le programme de mentoring. Chaque jeune femme était affiliée avec une femme plus âgée au sein de l’entreprise et ça a très bien fonctionné. Les hommes aussi souhaitaient en faire partie, j’ai donc affilié des hommes cadres supérieurs avec des femmes. Selon elles, lorsque l’on est dans une chambre pleine d’hommes, c’est vraiment difficile d’avoir une relation de mentorship, elles voulaient aussi trouver quelqu’un avec qui elles pourraient parler de leurs propres objectifs professionnels. La valeur accordée aux femmes compétentes dans l’entreprise est la responsabilité de tous, donc à l’inverse, si les mentors hommes perdaient une femme compétente à leurs côtés, si elles s’en allaient, ils savaient que j’en trouverais une autre et surtout que j’insisterais pour savoir ce qu’il s’est réellement passé (rires). 
 
 
Tu es donc allée à la Women’s March ? 
 
Oui, et c’était le premier acte politique de la marque Burton. J’ai estimé que c’était très important après avoir travaillé pendant 14 ans en faveur de l’égalité des sexes. Quand Trump a été élu, c’était un évènement dévastateur, j’ai ressenti que tout ce pour quoi je me suis battu était en recul. J’ai donc décidé de m’impliquer et de me rendre à cette marche. Il me semblait aussi qu’il était important de donner à tout le monde à Burton l’opportunité de venir s’ils le souhaitaient. Je ressentais presque l’obligation de résister. C’était vraiment incroyable, et nous étions 40 femmes à y participer. Le service marketing s’est occupé des panneaux. Les employés se disaient aussi très fiers de travailler pour une entreprise qui tenait tête à Trump. Si tu m’avais demandé il y a 10 ans si les entreprises étaient supposées participer à ce genre d’évènement, j’aurais répondu par la négative. Il semble qu’aujourd’hui les entreprises aient pris le relais en ce qui concerne le développement durable, l’égalité des sexes, l’immigration et l’intégration. 

 
On sait aussi que ton implication pour la cause féminine a pris une tout autre ampleur grâce à ta rencontre avec une femme originaire du Bangladesh…
 
J’ai toujours porté beaucoup d’intérêt pour les femmes qui font partie de la communauté de snowboard. Lorsque je me suis rendu compte qu’elles ne se sentaient pas les bienvenues, j’ai eu besoin de faire quelque chose pour qu’elles se sentent inclues. Il y a 5 ans, j’ai donc commencé un mentorship avec les gouvernements américains et la ESPN. Ils ont choisi des femmes qui faisaient quelque chose pour leur pays. J’ai rencontré trois femmes indiennes, une Macédonienne et je pense toujours à cette alpiniste du Bangladesh qui aidait les femmes victimes de trafic sexuel en leur donnant des cartes pour avoir accès gratuitement aux consultations médicales. Elle s’est adonnée à cette mission pendant 6 ans et par la suite, elle a décidé de grimper le pic le plus haut de chaque continent pour susciter une prise de conscience. Nous l’avons aidée à communiquer sur les réseaux sociaux. Son partenaire, avec qui elle a créé la fondation, a été tué à la machette dans des rues du Bangladesh à cause du travail que l’on faisait. Ça permet de prendre conscience que nous, les femmes occidentales, nous avons beaucoup de chance de vivre ici et maintenant, surtout lorsque tu vois d’autres femmes se battre, même pour des droits fondamentaux comme le sport et que tu réalises que ce sont des choses qui peuvent être presque menaçantes pour elles. Je souhaite changer la culture des sports en plein air pour les femmes et, au même moment, j’ai une gratitude pour ce qu’on a accompli dans cette perspective.

 
Qu’est-ce que ça fait de pouvoir régner sur un tel empire, quels conseils donnerais-tu aux femmes qui ont des rêves et qui veulent faire carrière ? 
 
(rires). Tu sais, je dois dire que j’adore être PDG, plus que je ne le pensais. Auparavant, j’étais un leader de l’ombre, je n’aurai jamais pensé que je serai comme ça il y a 20 ans. On a toujours eu un CEO de l’extérieur après que Jack ait quitté le poste de PDF et donc tu donnes toujours à une autre personne une grande marge de manoeuvre. Le plus important pour moi n’est certainement pas que le PDG soit une femme finalement, mais plutôt le fait que l’équipe soit à 50% composée de femmes. J’apprécie aussi le fait qu’on puisse voir les femmes dans des rôles moins traditionnels. Je pense donc que c’est très bien qu’une femme devienne PDG, mais elle a aussi besoin d’autres femmes préparées autour d’elle pour marcher sur ses pas. Ma priorité est aussi de préparer la prochaine présidence, j’ai vraiment envie de prendre ma retraite un jour !


> Propos recueillis par Pauline Machado

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