DÉCOUVERTE : KID FRANCESCOLI


Le Marseillais Mathieu Hocine aka Kid Francescoli rencontre l’Américaine Julia Minkin à New-York. Ils tombent amoureux puis se séparent. Fait rare, ils décident d’exorciser leur rupture ensemble et en chansons, loin de la haine et de la rancœur. Résultat, un album doux, intime, sensuel, juste et pur. Nos deux amants se perdent dans un jeu de pistes amoureux, sans que l’on sache si leur histoire est définitivement terminée ou non. “With Julia” est un album court mais offre une variété d’ambiances : électro, pop, rétro, 80, hip-hop. Rencontre avec Kid Francescoli.
 
Paulette : Vous avez créé votre projet solo depuis plus de dix ans. Vous vous êtes entouré de sept puis trois musiciens pour des besoins scéniques. Pour autant, c’est vous qui meniez la barque. Sur cet album, vous n’êtes plus seul. C’est Kid Francescoli with Julia. C’est la première fois que vous travaillez conjointement avec une autre personne dans l’écriture et la composition ?

Kid Francescoli : Dans les deux premiers albums (2006 et 2010, ndlr), il y avait seulement certains titres que j’avais coécrits avec David Borras du groupe The Performers. Un sur chaque. Sur cet album là, effectivement, il y a Julia. Au départ, on est partis des boucles instrumentales que j’avais faites et je lui ai même imposé certains airs de voix. Très vite, j’ai senti qu’elle était très à l’aise… aussi à l’aise pour créer des mélodies de voix et trouver des paroles que je l’étais pour la musique. L’inspiration est venue très facilement et comme c’est assez rare, je l’ai encouragé dans cette voie, lui laissant carte blanche. C’est pour ça que l’album s’intitule “With Julia”. On aurait presque pu prendre un autre nom de groupe en fait. Mais il s’agit de mes morceaux à l’origine, donc c’était une manière de garder la main mise sur la production, tout en mettant en avant son importance. Sur les autres albums, même si ça n’a pas été complètement coécrit ou co-composé, j’ai toujours été accompagné, conseillé par beaucoup de monde. Je pense que c’est important dans la création d’avoir ce regard extérieur. Tout seul, je n’arriverais pas à faire tout ça.
 
Qu’est-ce qui vous a séduit chez elle ?

Lorsqu’on s’est rencontrés, on a commencé par faire de la musique, avant quoi que ce soit d’autre. Elle n’est pas musicienne, mais tout de suite j’ai senti qu’elle était très à l’aise avec sa voix. Et puis c’est une Américaine : l’accent, les mots, les tournures de phrases, elle a tout ça en elle. C’est quelque chose que j’ai toujours essayé d’imiter.  Et surtout, elle a cette facilité, cette justesse incroyable quand elle chante. C’est vraiment quelque chose qui m’a marqué. Dans mes deux premiers albums, j’ai toujours été le seul maître à bord, j’étais celui qui donnait des consignes : “Tu devrais faire ça comme ça. Chanter ci au lieu de ça. Attention sur ce refrain, tu es un peu faux” Et là je me suis retrouvé dans la situation inverse. On a commencé par faire des reprises : Sister Winter de Sufjan Stevens et des morceaux du Velvet Underground. Au bout d’un moment, c’est elle qui me disait : “Attention sur l’harmonie de ce morceau, tu es un peu faux !” Je me suis rendu compte que c’est elle qui tenait les rênes. Mais c’était un défi super excitant parce que ça m’a permis de me surpasser.
 
 
Le point de départ de cet album, c’est votre voyage à New-York en 2009. Qu’êtes-vous allé chercher dans cette ville de tous les possibles ?

C’est une ville qui m’a toujours fait rêver. J’y étais déjà allé deux fois pour des vacances, pendant une semaine ou quinze jours, et j’avais déjà ressenti quelque chose de spécial. J’adore voyager, je suis parti en Italie, en Espagne, en Angleterre, mais à chaque fois j’étais content de rentrer chez moi. Mais lorsque tu arrives à NY, c’est l’appel du vide ! J’avais vraiment envie d’y retourner pour découvrir la ville et m’immerger complètement. C’est ça que je recherchais quand un ami  écrivain m’a demandé de venir le rejoindre pendant deux mois. Je ne voulais pas seulement prendre des photos, aller dans les meilleures adresses puis repartir. J’avais envie de vivre comme un New-Yorkais. Je savais qu’en y allant, j’allais vivre des choses fortes parce que j’étais aimanté par ce truc. C’est ce qui s’est passé, notamment la rencontre avec Julia. Ça m’a changé en tant qu’homme. Plus que le champ des possibles, ça a changé mon état d’esprit dans le sens où je n’avais plus de doutes. En France, on te demande quel style de musique tu fais, et ensuite on te propose des choses qui collent avec ce style. Mais là-bas, tout se mélange et tu ne te poses plus de questions sur le style que tu fais. Ça te fait perdre un peu de rigidité de la vieille Europe (rires).
 
Cet album, c’est aussi votre rencontre avec Julia. Racontez-nous ? Comment est né ce projet ?

Je suis allé à NY pendant deux mois en me disant qu’il fallait absolument que je joue. Il fallait que j’assume mon statut de musicien. J’ai trouvé quelques dates. Elle est venue me voir jouer avec des amis qu’on avait en commun, dans un bar qui s’appelle le Piano dans le Lower East Side, l’un des quartiers qui bouge le plus à Manhattan.
Julia a toujours été attirée par la création et elle avait très envie de chanter donc c’est ce qui nous a réunit au départ. Et puis, on a été très amoureux. C’était un peu compliqué à cause de la distance, mais c’est aussi ce qui rendait notre relation encore plus romantique. On s’est rencontrés à NY, ensuite elle est venue à Marseille, après je suis parti à Chicago, elle est venue à Barcelone, après on s’est vus à Paris, en Italie, puis je suis retourné aux Etats-Unis. C’était très fort en émotions. On a commencé à s’échanger des morceaux, sans penser que ça allait donner un album. Ça prend tellement de temps de faire un disque, il faut t’inspirer de ce qui te touche au moment où tu le fais, et ensuite il faut vivre des expériences fortes pour que tout ça prenne vie. Et c’est ce qui s’est passé avec Julia. Le déclic, c’est “My Baby”. C’est un morceau à elle au départ. Elle avait le refrain, sans rien d’autre que sa voix. Je l’ai enregistré sur un dictaphone avant de partir de NY. En rentrant à Marseille, j’ai posé des accords dessus puis j’ai écrit une mélodie pour le couplet. Je l’ai retrouvé à Chicago, elle a chanté sur le couplet. De retour à Marseille, je me suis occupé de la production. On l’a fini quand je suis reparti à NY. Cette manière de faire est assez représentative du reste de l’album. J’étais super fier du résultat mais je me disais que c’était peut-être un peu trop intime. Je me suis dit que je ne pouvais pas le garder pour moi, même si j’ai failli…

 
Qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis ?

La qualité des chansons. Il fallait que ça sorte, parce que j’en étais super fier, encore plus fier que tout ce que j’ai pu faire avant. Quand j’ai terminé “My Baby”, c’était devenu une évidence. Y a un truc avec la musique qui marche dans les deux sens. Il y a des trucs que tu peux créer mais que tu ne peux pas assumer, encore moins sur scène. Avec ce morceau, ça a fait l’effet inverse. Une fois terminé, je l’ai écouté une centaine de fois, j’en revenais pas de ce qu’on avait fait. Tu te sens invincible dans ces moments-là et c’est ce qu’il y a de plus beau quand tu composes. J’avais hâte que les gens l’entendent, donc il n’y avait plus de doute possible. C’était assez solide pour construire tout un album autour de ça.
 
Vous avez enregistré certaines voix sur un dictaphone et même sur Skype…

Techniquement, c’était des aberrations (sourire). Un jour, elle était avachie sur son canapé avec un micro et j’ai enregistré sa voix sur mon ordi. Quand j’ai fait écouter le morceau à des amis à Marseille, il se demandait : “Mais comment tu as fait ? Tu as été dans un studio ? Et cette voix ! “ C’est ça qui m’a plu dans la genèse de l’album, il n’y a pas vraiment eu de passages studio. A part certaines prises qui ont été faites dans l’endroit qu’on a créé avec le collectif que je représente à Marseille (avec Nasser et Oh ! Tiger Mountain), avec des synthés qui coûtent très chers et un micro qui coûte très cher. Mais la plupart ont été enregistrées avec Skype, l’application dictaphone sur l’iPhone qui ou alors pour “My Baby” ou “I Don’t Know Why”, sur un petit dictaphone mp3 avec un son tout pourri. Finalement, ça donnait du cachet ! On se disait qu’on le referait plus tard en studio mais on perdait tout le charme. Donc on a choisi de conserver toutes ces prises originales, un peu lo-fi.

“La Ritournelle de Tellier fait partie de ces classiques intouchables”

Quand j’écoute cet album, je pense à Lee Hazlewood et Nancy Sinatra quand vous mêlez vos deux voix, à Sébastien Tellier pour les développements mélodiques, à Air pour le côté éthéré. Est-ce que vous vous reconnaissez dans ces références ?
 
Absolument, dans tout ce que tu viens de dire ! Air c’est une influence que j’ai depuis le début. Premiers Symptômes, Moon Safari, la BO de Virgin Suicides : ce sont des albums qui m’ont marqué à vie et surtout c’est des albums que j’ai écouté à un moment donné de ma vie où je commençais à faire de la musique sérieusement. Et donc, qui sont en moi à jamais ! Il y a une période, au début de la création artistique, où tu es comme une éponge, tu prends tout ce qui passe et là c’était Air ! Sébastien Tellier sur ses trois premiers albums, après j’aime un peu moins… le dernier me fait un peu peur (rires). C’est vraiment un génie ! Le monument c’est Politics avec La Ritournelle. C’est le seul de mes contemporains, qui a fait un morceau à classer parmi les plus grandes chansons des Beatles ou des Beach Boys. Ça fait partie de ces classiques intouchables, plus qu’un classique absolu ou qu’un tube pop. J’ai joué avec lui, j’ai eu l’honneur de le rencontrer, je l’admire beaucoup. Et enfin, Nancy Sinatra et Lee Hazlewood, carrément ! Déjà parce que j’ai toujours apprécié les duos. Faire chanter une fille, c’est un peu comme un instrument de luxe. Quand une fille chante sur un refrain, c’est gagné ! (rires)
 
Ce qui m’a attirée, avant même d’écouter l’album, c’est son visuel et l’atmosphère mystérieuse du clip de Blow Up, dont est tirée cette image…  Parlez-nous de votre collaboration avec le duo Hawaii & Smith ?

Hawaïi pour Hawaii Fantôme qui vit à New York et Smith pour Darren Smith qui n’est autre que le batteur de Nasser, un groupe avec qui je collabore beaucoup. Ce sont eux qui signent mes visuels depuis toujours. Darren Smith a fait la pochette de mon premier album et des photos de presse, et Hawaii Fantôme a fait la pochette du deuxième et du troisième, et réalisé le clip du titre One Moment. Ils ont fait aussi tout ce qu’il y a autour : site internet, badges, flyers… Je leur fait entièrement confiance parce qu’ils comprennent davantage ma musique que moi. J’ai commencé à faire de la musique avec Darren Smith, c’était le batteur de Kid Francescoli. Hawaii Fantôme a déjà joué avec moi dans Kid Francescoli… Ils y sont tous passés (rires). On baigne tous dans le même pot. Là, je collabore aussi visuellement avec les Cowboys qui vont signer le prochain clip de Disco Queen.
 
Vous faites partie avec Oh ! Tiger Mountain et Nasser d’une scène indé émergente à Marseille, autrefois ville du rap et de la world. En quoi faire partie d’un même vivier est-il plus facile pour se faire une place dans le paysage musical actuel ?

Je suis en train de m’en rendre compte. Quand tu viens à Paris et que tu es tout seul, c’est Kid Francescoli, le petit Marseillais, qui fait de la musique dans son coin. Alors que là, tu te présentes et tu dis que tu as déjà travaillé avec untel et untel. Et c’est important pour les médias, parce que lorsqu’on en cite un, on cite les autres. Et du coup il y a un effet boule de neige qui fait qu’on décuple la promotion les uns pour les autres. Et ça donne aussi l’impression, vu de l’extérieur, qu’il y a des choses qui se passe à Marseille, un peu comme la French Touch versaillaise. Tu te dis qu’il doit se passer un truc magique là-bas mais c’est juste qu’on est voisins, qu’on fait tous de la musique et qu’au bout d’un moment, on s’est dit qu’on pourrait en faire ensemble. Mais il ne s’est rien passé à Marseille, rien n’a évolué à part quelques institutions comme Marsatac ou La Friche de la Belle de Mai…. A part ça, je n’ai rien senti de plus dans cette ville. D’ailleurs je n’en attends plus rien, à part le soleil et la mer, et je ne dis pas ça de manière aigrie. Faire des concerts, jusque là ça va. Mais dès que tu veux te professionnaliser, c’est compliqué, donc tu finis par faire les choses tout seul.
 
Une dédicace aux Paulette ?

Je leur fais plein de bisous, j’espère qu’elles se reconnaîtront dans les voix de l’album et qu’elles tomberont amoureuses grâce à l’album !

 
KID FRANCESCOLI :: WITH JULIA
Microphone Recordings
Sortie le 24 avril 2014
 
Alexandra Dumont

Alexandra Dumont, 30 ans, Paris
Une lubie ? Des ananas en pagaille
Un plat ? La timbale de pâtes, une recette de famille
Une chanson ? Sinkane, Runnin'
Un endroit ? Saint-Louis (Sénégal)
Une fringue ? Un crop top
Une devise ? "On lit dans ses chagrins les regrets des plaisirs"

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