CHILLA, “ON PEUT ÊTRE FÉMINISTE ET AIMER LE RAP”



Silhouette fluette et bien dans ses baskets, Chilla cultive l’art du chill. Pourtant ni son flow percutant ni sa plume engagée ne laissent indifférents. Après avoir fait la première partie de Kery James, elle sort son EP, parrainé par Tefa. 


Paulette: On t’a découverte dans l’émission “Talent Street” sur France O où Joey Starr t’a reproché d’allier le rap et le chant. Comment joues-tu cette dualité ?

Chilla: J’ai participé à “Talent Street” quelques mois après m’être lancée dans le rap. À l’époque, je commençais à peine à intégrer le chant dans mes morceaux. Sa remarque m’a déstabilisé. Selon moi, il ne s’agit pas de choisir mais de mêler les deux. Le chant et le rap sont l’expression de ma personnalité à travers la musique. Cette dualité fait partie intégrante de mon univers. Je peux me montrer très “fifille” mais aussi plus masculine et brut de décoffrage.

Comment expliques-tu que certains stéréotypes autour du rap persistent ?

Les artistes les plus connus nous servent surtout de la street et du sexe. Bien sûr, le hip hop est né dans la rue. Les problèmes de quartier ou de deal sont l’essence même du rap. Dans mes morceaux, je ne vais pas m’inventer une vie de gangsta. Je ne veux pas vendre des histoires de quartier faites de deal, d’armes et de haine. Pour moi, le hip hop permet de faire un constat de la street sans l’embellir.

Mes morceaux parlent beaucoup de féminisme. Mais cela ne m’empêche pas d’écouter des rappeurs qui ont des paroles très crues envers les femmes. On peut très bien être féministe et aimer le rap. Moi même, dans “Sale Chienne”, je m’amuse de certains clichés sur les hommes. Le but reste de grossir le trait pour montrer la bêtise que certaines généralités peuvent engendrer.

Je suis plus sensible à Orelsan dont les textes doivent être pris au second degré plutôt qu’à Jul qui dit cash “ne te déshabille pas, je vais te violer”.

On dit souvent qu’il est difficile d’être une femme dans le monde du rap. Comment as-tu réussi à t’y intégrer ?

J’ai connu quelques mauvaises expériences. Des critiques machistes et misogynes entre autre. Mais on ne m’a pas fermé la porte pour autant. Depuis que je travaille avec Tefa, j’ai rencontré de nombreux artistes sans recevoir la moindre remarque déplacée. Ni au studio, ni en concert ou à la radio. Je me suis tournée vers le rap grâce à ma bande de potes. Tous des mecs et moi, la seule fille qui rappait avec eux. Le problème, c’est surtout la façon dont le rap féminin est perçu en France. Les rappeuses restent minoritaires et très exposées à la critique.


Comment vis-tu cette animosité à l’égard du rap féminin ?

Les gens ont parfois du mal à entendre des mots crus dans la bouche d’une femme. On me reproche mon côté “bonhomme”. Comme on l’a fait avec des rappeuses telles que Diams, Casey ou Keny Arkana. J’ai toujours été un garçon manqué. Petite, je préférais jouer au foot plutôt qu’à la poupée. Cet aspect de ma personnalité ne m’est pas indispensable pour faire du rap. PrenezNikki Minaj ou Shay. Pourtant il m’a aussi aidé à me faire ma place dans un monde d’hommes. C’est tout le paradoxe du rap. Certains se disent “oh là là mais elle se prend pour un bonhomme” alors que d’autres y voient une marque de crédibilité. Mon côté “vénère” ressort plus sur des sujets comme la misogynie. Je sors toute ma rage et prends une voix plus grave. J’ai beaucoup plus de mal à parler d’amour ou de sexualité. Je suis trop pudique pour ça.

Parle nous de ton prochain EP. Qu’as-tu voulu y exprimer ?

C’est ma carte d’identité. Il va montrer toutes les couleurs de ma palette. Ma musique ne se cantonne pas à un seul genre musical. J’ai des goûts assez éclectiques. Reggae dancehall, soul, hip hop, rap US… Mais pas beaucoup de variété. Sauf Stromae qui m’a fait apprécier la chanson française à sa juste valeur. Ces derniers temps, mes influences viennent surtout de ce que j’écoute avec mes amis. GodLink par exemple. Mes titres parlent de ce qui me touche au quotidien. J’ai écrit “Sale Chienne” en réaction aux nombreuses critiques sur les réseaux sociaux. Dans “Lettre au Président”, je voulais exprimer un ras-le-bol. Je voulais faire le bilan de la société française d’aujourd’hui vue par une femme de 22 ans. “Chico” reste mon morceau coup de coeur. J’y parle d’un cap dans ma vie. Pour moi, cet EP est un peu le premier jet de la vérité.



Retrouvez Chilla au festival de Belleville en Vrai dimanche 21 mai à 18h00.

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> Article de Caroline DRZEWINSKI

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