BINETOU SYLLA, BOSS DE SYLLART RECORDS

 
Elle aurait dû faire l’objet d’un portrait en 4e de couv’ de Libé, mais Paulette lui grille la priorité. Depuis le décès de son père, Ibrahima Sylla survenu en décembre dernier, sa fille, Binetou, a repris avec énergie les rênes du label Syllart, basé à Paris au coeur de la Goutte d’Or. Rencontre avec une jeune femme ambitieuse et déterminée.

Paulette : Qui es-tu et d’où viens-tu, Binetou ?
Binetou : Je m'appelle Binetou Sylla, j’ai 26 ans et je dirige Syllart Records, un label indépendant de musiques africaines et afro latines basé à Paris depuis 1978. Avant Syllart Records, j’ai étudié l’histoire de l’Afrique à la Sorbonne, commencé mon doctorat avant de reprendre, il y a deux ans, la direction du label.

Plus jeune, tu écoutais déjà beaucoup de musique ?
Oui, énormément. J’ai grandi dans un milieu de musique puisque mon père, Ibrahima Sylla, était producteur de musique. C’était un passionné, il y avait des vinyles partout chez nous, on écoutait aussi bien Georges Moustaki que James Brown, et la musique cubaine.

Quels sont tes premiers souvenirs de concerts ?
Bizarrement, je n'allais pas souvent aux concerts. La musique était chez moi, à la maison, donc je ne voyais pas très bien l'intérêt. Je me suis plutôt plongée dans les livres, en me passionnant très vite pour l'histoire et la politique. Puis, à compter du moment où j’ai fait le lien entre la valeur du travail de mon père et l’histoire africaine, j’ai commencé à m’intéresser à la musique.


Syllart Records, c’est quoi ?
C’est d’abord moi, mon histoire personnelle et familiale. Mon enfance a été bercée par les musiciens africains, les sessions d'enregistrement en studio… Mais Syllart c’est surtout le plus grand catalogue de musiques africaines au monde, le label a donc une grande valeur patrimoniale et historique. C’est lui qui a fait découvrir au monde Salif Keita, Ismael Lo, Youssou  N'Dour, Alpha Blondy, Oumou Sangaré… Ce sont des artistes que mon père a produits dès la fin des années 70, ils avaient 23 ans. Je les voyais passer à la maison, certains sont restés des amis de la famille. Moi j'étais une ado, la musique, c’était le travail de mon père. Mais désormais j’entends défendre cette musique.

Quelle est l'histoire de ta famille ?
Je viens d’une famille noble, de chefs religieux de Guinée mais installée au Sénégal. Mon père a grandi dans un univers tout sauf musical. Sa chance a été que sa famille s'installe à Dakar, dans une ville ouverte et urbaine, et d'avoir sillonné quasiment toute l'Afrique avec son père. Il est arrivé en France à 21 ans, passionné de musiques afro-cubaines et de soul américaine. Il y a fait ses études puis, rattrapé par sa passion, il s'est lancé dans la musique. Il a rencontré ma mère dans la rue à Bamako, au Mali, où il produisait ses premiers artistes. Il est tombé amoureux d’elle tout de suite, l'a épousée, et choisi de nous élever en France. Ma famille est très cosmopolite et vient de tous les pays d'Afrique de l’Ouest, ce qui est assez banal finalement. Les gens voyageaient beaucoup à cette époque-là, il y a beaucoup de liens culturels entre ethnies, les frontières administratives ne veulent rien dire, car elles sont issues de la colonisation. Mes parents parlent français ensemble car ils n’ont pas de langue maternelle commune. Son père, un Guinéen, parlait le peul mais mon père, ayant grandi à Dakar, parlait aussi le wolof sénégalais. Moi, ma langue maternelle est le français. On est deux émigrés finalement.

Ton père est décédé cet hiver. Comment as-tu pris la relève, si vite ?
Il est décédé le 30 décembre 2013, mais j'avais repris le label en juin 2013, à sa demande. J’ai quand même terminé mon master 2 et entamé un doctorat, c’était important pour moi. Le premier truc que j'ai fait chez Syllart, c’est de changer le nom du label : de Syllart Productions à Syllart Records, le nom du label lors de sa création en 1978. J’ai aussi repris le logo originel. On les retrouve sur les vinyles sortis au tout début jusque dans les années 1991-1992. Je n’aurais pas pu le changer si mon père ne m’avait pas dit oui à l'époque.


Tu viens de sortir ton premier projet pour Syllart, tu nous en dis plus ?
Il s'agit de la sortie des "Ambassadeurs du Motel de Bamako", une réédition de morceaux des années 70 du groupe dans lequel jouait Salif Keita et notamment Amadou Bakayoko d'Amadou et Mariam. Il va aussi sortir en vinyle. C’est une nouvelle politique que je souhaite renforcer pour faire connaître les trésors des musiques africaines des années 60,70 et 80. Ça passe par des rééditions en vinyles, des compilations, il y a aussi tout un travail de remasterisation.

Tu t'intéresses également à la nouvelle génération d'artistes africains ?
Notre force c’est aussi de continuer à produire des artistes. Je m’intéresse donc aux nouveaux artistes : j’ai la chance d’avoir pas mal de collaborateurs partout en Afrique francophone, car il faut être sur place, aller dans les maquis, dans les concerts, dans les bars. Je notamment vu plusieurs fois à Bamako un jeune chanteur malien de folk que je souhaite produire.

Tes lieux de sortie à Paris ?
J’aime les concerts et la programmation du New Morning, du Cabaret Sauvage et de L’Alhambra pour les musiques du monde. Pour les bonnes soirées mix, le Comptoir général et le Petit Bain. Je mixe aussi dans des soirées à Paris, à l’Alimentation générale récemment et dans d’autres lieux prochainement.

3 clips Syllart à mater absolument ?

Yondo Syster et le Soukouss Star Wapi Yo, la Rihanna congolaise des années 1990-1991

Sékouba Bambino "Bamako Joli Den", le crooner guinéen qui fait une ode à la beauté des Bamakoises 2009

  

Nahawa Doumbia "Didadi" Mali 1989



Le siège de Syllart est au coeur de la Goutte d'Or à Paris. Tu nous pratages tes adresses ?
- Pour acheter des bons disques : Diego musique, rue 12 Poissonnière
- Pour manger et se fournir en épices : Au marché d'Adjamé, 87 rue Doudeauville
- Pour boire un verre : dans le quartier de l'Olive vers Marx Dormoy y a plein de petits bars sympa !


Quels sont tes projets à venir ?
Je travaille sur une tournée pour le groupe Africando, un groupe de musique salsa, new-yorkais et panafricain. Je prépare aussi un concert-hommage à mon père avec toute la famille Syllart pour le début de l'année prochaine, et la finition de l'album du groupe Kékélé que mon père avait commencé et que je vais achever. Et le 19 septembre je mixe au Downtown Café.

Une dédicace aux Paulette ?
Prenez le maquis kainf (africain), ouvrez-vous à l’Afrique parce que l’Afrique est à tout les recoins de Paris et Paris c’est l’Afrique !

Facebook :    https://www.facebook.com/syllartrecords

Site : https://www.facebook.com/syllartrecords
Lisa Delille

Lisa, Directrice de la rédaction, 28 ans, Paris
Une lubie ? Les cimetières
Un plat ? Le steak tartare
Une chanson ? Franky Vincent, "Le restaurant"
Un endroit ? Le palais de Tokyo
Une fringue ? Le manteau faon de Carven
Une devise ? "La vie de vaut rien mais ne vaut la vie" (Stomy Bugsy)
>https://twitter.com/Venisette

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