BB EN LIBERTÉ : L’INTERVIEW DE JACQUES HÉRIPRET


Ce qui est magique, avec les photos, c’est leur capacité à immortaliser un moment, une émotion, une attitude... Et si l’on prend Brigitte Bardot, plus belle que jamais sur les plateaux de cinéma, la photographie permet de voir en coulisses ce qui ne nous était pas donné de voir.
 
Le photographe et reporter de guerre Jacques Héripret a laissé traîner son Leica lors d’un tournage en 1968 à Alméria, dans le sud de l’Espagne, pour immortaliser BB. L’actrice, chanteuse, ami des animaux, n’a pas hésité à légender les photos de ce fabuleux livre, avec humour et dérision. Une vraie pépite en images pour vivre la folie Bardot, de cette époque, comme si on y était.
 
Le vendredi 27 septembre, entre Paris et Saint-Tropez, Stéphanie a eu la chance d’interviewer Jacques Héripret, 76 ans aujourd’hui. Voici ce qu’ils se sont dits…
 
Paulette : Quand avez-vous rencontré Brigitte Bardot pour la première fois ?
Jacques Héripret : C’était en 1962-63 au cours d’un reportage. Cette rencontre, elle n’était pas en tête à tête, on était cinq ou six photographes. J’avais une discipline à l’époque, quand je considérais que j’allais faire une belle photo, je l’envoyais directement à la personne que j’avais photographiée, si toutefois elle avait été aimable, gentille. J’ai toujours envoyé les photos que je pensais réussies aux gens qui avaient été parfaits dans le reportage.
 
Comment est née l’idée de cet album sur Brigitte Bardot, hors plateaux ?
Tout à commencer au moment de la rétrospective Landowski à Boulogne-Billancourt (2009-2010). A cette époque, pendant la préparation de la rétrospective, Brigitte avait téléphoné en disant : "Contactez Jacques Héripret, je pense qu’il a beaucoup de photos de moi". Les organisateurs m’ont appelé, ils m’ont demandé des photos, j’avais évidemment beaucoup d’archives. J’ai fait cinq grands tirages, présentés à cette rétrospective et ensuite, à Saint-Tropez. En regardant tous les contacts que j’avais conservé, je me suis dit : "Tiens, ça c’est vraiment pas mal, ça aussi"
 
Et sur 1500 négatifs, j’ai compté une centaine de photos documentatives, c’était quelque chose que personne n’avait vu, travailler cinq mois sur un plateau de cinéma et faire les coulisses, pas le côté scène ou répétition, j’ai fait l’en-dehors du plateau, c’est-à-dire les gens comme Sean Connery et Brigitte Bardot, ces acteurs qui trainaient, attendaient des heures la préparation du plan suivant, j’ai fait les clichés qui me paraissaient hors normes. C’est des trucs que le public n’a jamais vu, je m’en servirai un jour.
 
Donc à l’époque, je crois que j’ai eu des parutions dans de grands magazines, et après, 1968, je suis passé à autre chose, j’ai mis ça dans une boite, rangée, et puis le temps passe, l’horloge tourne, et c’est à l’occasion de cette rétrospective que j’ai tout ressorti. Là, je me suis rendu compte que le matériel était exceptionnel ! Et en shooting, le public n’avait pas accès à ces genres de photos, en général, on voit les photos de la promotion, pas des coulisses. J’ai fait l’opposé.
 
"J’ai pris en photo des stars en train de dormir par terre, des stars comme Sean Connery, extrêmement connu à l’époque pour les James Bond, et surtout Brigitte Bardot, une star universelle, en train de dormir car il faut savoir que l’on était dans le trou du cul du monde dans le désert d’Alméria, il n’y avait rien, juste le décor."
 
Les acteurs attendaient, des heures, pour faire le plan et ils attendaient encore les changements de décors, de lumières. Alors pendant cinq mois, j’ai fait des clichés, comme ça. Je me suis rendu compte que les photos avaient été choisies pour faire une exposition de groupe qui a démarré à Los Angeles l’année dernière, qui ensuite est partie à Washington, puis New York, Chicago. Il y a eu un tel phénomène aux Etats-Unis, que Brigitte, 40 ans après son départ du cinéma est encore très présente, adorée, adulée, extrêmement vivante dans le sens total du terme.
 
Et puis, lorsque j’ai vu que Vanity Fair, les éditions américaines lui consacraient quatorze pages l’année dernière, je me suis dit : "C’est étonnant pour quelqu’un qui a disparu du métier depuis 40 ans". Dans ces quatorze pages, j’avais deux photos parues, j’étais content, Vanity Fair édition américaine, ce n’est pas n’importe quoi. Et à l’époque, Vanity Fair avait fait une grande soirée pendant les Oscar, et justement, on a beaucoup parlé de Bardot là-bas. Il y avait de grandes photos en décoration de Brigitte. C’était surprenant. Au 20e siècle, ce qu’il faut rappeler, c’est qu’il y a deux stars à citer, c’est Marilyn Monroe et Brigitte Bardot ! Brigitte Bardot est française, je suis fleur bleue, c’est fabuleux...
 
40 ans après son absence encore. Un éditeur l’année dernière m’a contacté, il voulait faire un bouquin, j’ai demandé l’autorisation à Brigitte et surtout, si elle pouvait ajouter des commentaires, des légendes sur les photos et écrire une préface. Elle a dit Oui tout de suite ! Pour la plupart, ces photos sont inédites. Ça fait 45 ans cette histoire, il y a juste eu quelques parutions dans Le Journal de France, et puis c’était fini. Le public d’aujourd’hui, de 20 ans, 30 ans ou 40 ans, ne connaît pas forcément bien Brigitte Bardot car ce n’est pas de sa génération. J’ai pensé que ça serait un livre document.
 
"Je n’ai pas photographié la star, j’ai photographié la femme avec ses doutes, ses rires, son ennui et ses attentes."
 
J’ai photographié une femme dans des situations simples, une sorte d’anti star-système. Une femme qui se levait à 5h du matin, se couchait à 11h le soir, c’était un travail dur et au milieu de nulle part. Ces documents valent le coup de les montrer, d’ailleurs Brigitte Bardot a tout suite validé. 
 
Est-ce que vous comprenez qu’aujourd’hui, Brigitte Bardot reste une icône pour les femmes?
Vous savez, Brigitte reste un modèle. Par exemple, une ex miss météo – Louise Bourgoin, s’est lancée dans la carrière de comédienne, la première chose qu’elle a faite, c’est de reprendre dans un magazine les cinq pauses les plus célèbres de Brigitte Bardot ! C’était une manière de se faire de la publicité. Il y a encore une attirance absolue car ça a été un phénomène étonnant et extraordinaire en France et dans le monde. C’est inouï ce qu’il s’est passé avec Brigitte !
 
Un jour, le général De Gaulle a dit lors d’une conférence de presse devenue célèbre et historique, "Madame Brigitte Bardot rapporte à la France plus de devises que la régie Renault !". Ses films marchaient au Japon, aux États-Unis, en Australie... Partout dans le monde. Il y a 45 ans, il y a même eu un tube mondial créé par un artiste brésilien, "Brigitte Bardot, Bardot !") 
 
Donc on peut dire que c’était un phénomène unique. Les jeunes comédiennes s’en inspirent encore, les jeunes femmes aussi, elles admirent cette démarche de liberté de Brigitte Bardot, un goût pour une vie simple.
 
"Brigitte c’était la simplicité sur terre."
 
J’ai vu des choses incroyables. Je me souviens d’un jeune homme de 17 ou 18 ans qui l’attendait devant l’hôtel, à Almeria. Il avait un appareil sur le ventre, très modeste. Il démarrait. Il a demandé à Brigitte qui sortait de l’hôtel, "Voulez-vous poser ?". Il n’avait pas d’expérience... Elle a patienté, plusieurs minutes, jusqu’à ce qu’il puisse faire sa photo, pour lui faire plaisir... Elle avait une gentillesse et un charisme absolu... Il a eu une jeune femme devant lui épanouie, adorable.
 
Avez-vous un mot de la fin ?
J’espère qu’il n’y aura jamais de fin pour elle... Quand elle a arrêté le cinéma, elle n’a pas tourné la page, elle a fermé le livre.
 
>BB HORS PLATEAU, de Jacques Heripret, Brigitte Bardot, Gilles Durieux
Ed. Eyrolles
Paru le 26 septembre 2013
Prix : 29,90 euros
Stéphanie Chermont

Stéphanie, Journaliste culture, 30 ans, Paris
Une lubie ? Les petits carnets
Une chanson ? How soon is now, The Smiths
Un aliment ? L'avocat
Un endroit ? Une salle obscure
Une devise ? Let's Dance !
>https://twitter.com/StephChermont

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