ADAM NAAS : "J'AI TOUJOURS RÊVE D'ÊTRE UN CHANTEUR D'OPERA"

 
Photos de Fanny Latour Lambert 

Adam Naas est un nostalgique. Ça ne veut pas dire qu’il vit dans le passé, simplement qu’il chérit ses souvenirs et ses expériences de vie pour en faire des chansons. Ses visuels à l’esthétique surannée laissent entrevoir une personnalité chic et glam, difficile à saisir. Il aurait pu choisir de se présenter sous le pseudonyme L’Aigle Noir, en hommage à Barbara, mais c’est finalement sous son nom qu’il se met à nu. Vous n’avez pas pu passer à côté de "Fading Away" et cette voix de soul man aussi puissante que bouleversante. Rencontre avec un artiste à fleur de peau.

Paulette : D’où viens-tu et où vis-tu aujourd’hui ?

Adam Naas : J’ai toujours vécu à Paris. Je suis un grand amoureux de cette ville. Je viens de quitter Barbès pour retourner chez ma mère à Nation. Concernant mes origines, j’ai tellement entendu tout et n’importe quoi que j’ai juste envie de dire de la merde. Autrichien-afghan, ça me plaît bien !

Comment tu es venu à la musique ?

J’ai toujours eu du son dans les oreilles. A la maison, on écoutait TSF Jazz. Ça me calmait les nerfs. 

Tu as commencé par jouer de la guitare. Elle appartenait à ton frère, tu lui avais offert pour ses 18 ans. Ce détour était essentiel pour oser t’en emparer ?

Je n’y avais jamais pensé mais c’est sûrement inconscient. C’est avec elle que j’ai composé mes premiers morceaux. C’est aussi le premier instrument qu’on ait eux à la maison. J’ai compris que la musique ne se résumait pas seulement à la chorale du collège dont je faisais partie.

Comment as-tu construit ton identité musicale ? 

Quand j’étais petit, je partageais ma chambre avec mon frère. Tous les matins, on se réveillait avec Difool sur Skyrock. A l’époque, j’écoutais pas mal de rap et de r’n’b. C’est seulement au collège que j’ai développé ma curiosité musicale. J’entendais parler de soul et de classique, mais je n’en avais jamais vraiment écouté, alors j’ai fait la démarche de m’auto-cultiver musicalement pour définir ce qui me touchait le plus. D’abord avec Internet, et ensuite, avec les CD que je piquais à mes potes au lycée.

Tes disques de chevet ?

Il y a d’abord eu le premier album de MGMT, Oracular Spectacular, que j’ai écouté un nombre incalculable de fois. On me l’avait offert en vinyle pour mon anniversaire quand j’étais en seconde, j’ai cru que j’allais chialer tellement j’étais content. Et ensuite, j’ai eu un énorme coup de cœur pour Chris Garneau et l’album Music For Tourists. Je l’ai découvert avec la chanson Baby’s Romance où il raconte qu’il a été victime de maltraitance. C’est de l’émotion brute, il m’a vraiment déglingué la face. Je suis tombé en dépression pendant deux ans à cause de lui ! 

Tu dis que la musique des autres te nourrit. De quelle façon ? 

J’ai vraiment écouté de tout. A un moment, j’étais à fond sur Marilyn Manson mais j’écoutais aussi du Sergueï Rachmaninov. Je ne serais pas te dire ce qui m’a le plus influencé. Mon univers continue de se construire au fur et à mesure des chansons que j’écris et c’est ce qui me plaît. Au fond tu peux faire tout et n’importe quoi, jouer des maracas et du violon sur un rythme disco si ça te chante. Le plus important, c’est la voix, qui joue le rôle de fil conducteur entre différentes ambiances.

Comment as-tu découvert ta voix ?

Dans les toilettes ou la salle de bain (rires). Je me suis aussi rendu compte de son potentiel quand ma prof de musique en sixième m’a encouragé à rejoindre la chorale de l’école. On a mangé des Choristes comme jamais et aussi du Sister Act 2. C’est de là que vient mon amour pour Lauryn Hill. Elle est tout le temps près de moi, c’est un peu une stalkeuse en vrai (rires).

Son caractère androgyne a-t-il été un complexe ?

La première fois que j’ai osé chanter dans les aigus sur une chanson que j’avais composé, c’était à la fac. Je répétais avec mon groupe et je me suis mis à chanter en mode lyrique, genre diva. J’ai toujours rêvé d’être un chanteur d’opéra. Gros aigus, gros vibratos, un truc qui fait trembler la pièce quand tu chopes la fréquence. Cette fois-là, mes potes m’avaient regardé en mode : on est grave chauds mais WTF ! Et ils avaient explosé de rire. C’est à ce moment-là que je me suis dit qu’il fallait que j’assume à fond cette voix puisque de toute évidence, ça ne les laissait pas indifférent. 

 Qu’est-ce qui t’a donné l’envie de chanter ?

(Silence) c’était un besoin… Je n’arrivais pas à exprimer ce que je ressentais, du moins à l’oral, et ça me stressait beaucoup. La musique m’a aidé à prendre confiance en moi. Je ne sais pas si j’ai réussi à trouver les mots, mais je m’exprime aussi beaucoup à travers les sons, les ambiances, les mélodies. C’est mon exutoire. 

 

Tu t’es fait repérer avec le titre Fading Away. Comment est née cette chanson ?

Dans les toilettes d’un de mes potes littéralement (rires). L’écriture de cette chanson coïncidait avec la rencontre de mon manager. C’est le père d’une personne qui compte énormément dans ma vie et que j’ai connue au lycée. C’est eux qui m’ont encouragé à me bouger les fesses. J’avais un MySpace au lycée, mais à la fac je n’ai plus fait de musique. C’est Fading Away qui m’a redonné le goût de l’écriture, sous une impulsion plus professionnelle et plus sérieuse grâce à mon manager. 

 L’anglais s’est imposé à toi par pudeur ?

Non (sourire) ! J’ai écrit quelques chansons en français mais je préfère les donner à d’autres personnes. Je n’arrive pas à trouver la même sincérité dans mes textes en français, surtout quand je chante. L’anglais, c’est une langue très musicale, et comme je m’exprime davantage avec le son qu’avec les mots, je la préfère au français. 

Il y a deux ans, on te contacte pour participer aux Inrocks Lab, mais tu résistes. Quelles étaient tes angoisses ?

J’aurais voulu me tirer une balle, ça me faisait vachement flipper ! Ce n’était pas le bon moment et je ne ressentais pas l’envie de le faire tout simplement. S’il y a bien une personne à qui je fais confiance, c’est moi. Alors j’ai suivi mon instinct et j’ai préféré décliner.

Deux ans plus tard, qu’est-ce qui t’arrive ?

Je suis content d’avoir pris mon temps. Mon objectif, c’était d’abord de construire une famille. Je voulais m’entourer de personnes qui me comprennent instinctivement, qu’il y ait un feeling instantané comme un coup de foudre, et c’est ce qui s’est passé. Mon manager est la personne la plus « fucked up » du monde. Il m’encourage à faire tout ce que je veux, même quand je fais de la merde. La confiance, c’est primordial pour moi. Je ne suis entouré d’ailleurs que de gens qui veulent me protéger. C’est un climat propice à la création, parce que je ne me sens pas contraint.

Tu as signé avec la major Virgin/Mercury, mais ton premier réflexe, c’était de te tourner vers des labels indépendants. Pourquoi ça n’a pas fonctionné ?

Quand tu es un artiste en développement et que tu ne sais pas vraiment ce que les labels représentent, tu as plutôt tendance à te tourner vers un label indépendant. Tu te dis que tu auras plus d’emprise sur ton projet et sur ton image. Finalement, c’était tout le contraire. Quand j’ai signé avec Universal, j’étais le premier choqué. Je leur avais dit : « vous êtes trop gros pour moi, vous n’allez jamais m’écouter, vous allez me faire chier, je vais péter un câble et je vais vouloir me barrer sauf que j’aurais des problèmes de contrat ». Je n’avais pas de filtre, c’était très gênant (rires). Malgré ça, ils m’ont rassuré et m’ont convaincu qu’ils avaient les moyens de me laisser le temps. 

Tu dis avoir voulu trouver un regard "compatissant". Le terme n’est pas choisi au hasard. Se lancer dans le grand bain, c’était douloureux ?

Ouais… Parce qu’on se pose plein de questions. Ai-je vraiment envie de faire ça ? Suis-je destiné à une carrière de bureau ? Où serais-je le plus heureux ? J’ai un groupe d’amis qui est très important pour moi, parce qu’ils m’ont sauvé pour ainsi dire, du coup, j’avais peur de ne plus les voir aussi souvent. C’est des angoisses de « teenager » et puis il y avait aussi la peur de ne pas être à la hauteur. Je ne prétendrais jamais être quelqu’un d’autre pour plaire aux gens. Si ça marche tant mieux et si ça ne marche pas, tant pis !

Faire de la musique aujourd’hui, c’est une manière de combattre une certaine forme de solitude que tu aurais vécu étant jeune ?

Je me suis toujours senti incompris. Au collège, j’étais l’élève modèle qui restait souvent dans son coin. Quand j’arrive au lycée, je connais mes premières déceptions amoureuses et j’ai des notes de merde. Tu ressens ces émotions pour la première fois de ta vie, ça te ruine la gueule et ta confiance en toi s’en trouve ébranlée. J’aurais pu sombrer mais on m’en a empêché. On m’a toujours trouvé un peu weird, mais aujourd’hui je me rends compte que c’est une qualité puisque tous les gens autour de moi sont complètement « fucked up ». C’est rassurant quelque part, ça prouve que je suis normal.

Tu dis : "Je suis le moins talentueux dans ma bande de potes"…

Parce que c’est des personnes incroyablement douées dans ce qu’elles font. Mon plus grand rêve, ce serait de créer une communauté artistique autour de moi. Je vois une vraie forme de transcendance là-dedans. Récemment, je suis tombé amoureux d’un peintre néo-zélandais, il a le même âge que moi et une tête de boxeur. J’adorerais qu’il y ait une de ses toiles dans un de mes clips. J’en suis à vivre des coups de foudre à répétition, donc je pense être sur la bonne voie.

Tu as travaillé avec un producteur. Jouer les rats de studio ne t’intéressait pas ?

Non, c’est vraiment pas mon truc (rires). J’ai toujours préféré le côté brut avec ses petits défauts partout. Je trouve que ça ajoute plus de force à un morceau. 

Comment s’est passé cette collaboration avec Reimann ?

C’est mon manager qui me l’a présenté. Je lui ai balancé quelques références : James Blake, Whitney Houston, Kate Bush, Grimes, et même le Wu-Tang Clan. Il a très vite compris ce que je voulais, mais il avait tendance à en mettre trop. J’étais là pour lui rappeler. Mon travail de construction, c’était plus un travail de déconstruction pour essayer d’épurer un maximum.

Pour mettre la voix en avant ?

Pas nécessairement. Je n’aime pas les grosses productions parce qu’on perd en sincérité. Someone Like You d’Adele est incroyable et pourtant il y a juste un piano et quelques petits trucs derrière. Je suis très sensible aux orchestrations très minimales. Ça laisse plus de liberté à l’imagination.

Tu dis : "Les chansons les plus fortes sont toujours à message". Toi, quels messages souhaites-tu faire passer ?

C’est un peu égoïste mais je fais d’abord de la musique pour moi. Et si les autres y sont sensibles, j’en serais très heureux. Il s’agit de moi, de mon intimité. J’essaie d’aller chercher l’émotion au plus profond de moi, comme une putain d’introspection musicale. Ça me fait du bien !  

Ton morceau préféré de l’EP ?

Elles sont toutes importantes pour moi. Elles vont généralement par paire ou par trois, et correspondent à un état d’esprit particulier. Les premières, c’était Fading Away, You Should Know et Go Slow. La première fois qu’on a joué Go Slow en live, en première partie d’Aaron à Strasbourg, on s’est tous mis à chialer. Elle a des vertus thérapeutiques. You Should Know est apparue comme une évidence, je l’ai composé en moins de dix minutes. J’écoutais beaucoup de gospel à ce moment-là, Marion Williams et Mahalia Jackson. Le plus souvent, je raconte mes expériences de vie.

 

Tu as des allures de poète maudit. Quelles sont les lectures qui t’ont influencé ?

Je suis un grand fan de Dostoïevski, il n’y a pas un livre que je n’ai pas lu. J’ai toujours été fasciné par l’analyse du comportement humain, j’aurais pu être psychologue. Je lis beaucoup de poésies, Aragon et Apollinaire, mais aussi des anglais comme Edward Estlin Cummings. J’aime aussi l’auteur américain Bret Easton Ellis, qui travaille sur les générations perdues, un peu comme Gregg Araki le fait au cinéma dans la trilogie qu’il a réalisé (Totally F***ed Up, The Doom Generation et Nowhere sur l’apocalypse adolescente, ndlr). Ce qui m’intéresse le plus dans les œuvres littéraires et cinématographiques, c’est cette quête individuelle, ce sentiment de perte, qu’elle soit physique, émotionnelle ou géographique, et le fait d’aller contre son destin. 

La première fois que tu es monté sur scène, c’était comment ?

J’ai frôlé la crise cardiaque, j’étais en tachycardie. On m’avait conseillé de prendre des bétabloquants mais je voulais ressentir toute l’émotion du stress et de la salle. Et j’avais besoin de me dire que je pouvais le faire. Les cinq premières minutes avant de monter sur scène, c’est le pire moment de ta vie et quand tu poses le pied sur la scène, c’est le meilleur moment de ta vie. C’est incroyable comme clash, c’est encore mieux que de manger de la barbe à papa !

Ta formule live ?

Je chante simplement, à part sur un morceau où je m’accompagne à la guitare, Louis joue de la guitare et du synthé, et Chris joue de la basse, du keyboard et du pad. J’ai vraiment envie qu’il y ait une naissance d’eux dans le live, qu’on retrouve aussi leur caractère. Oui c’est moi qui chante et c’est mon nom sur le CD, mais je veux partager ça avec eux. En live, on a plus l’air d’un groupe. Si je peux les pousser dans la lumière, je le fais. C’est pour ça que les incite à chanter toujours plus fort. Les chœurs, c’est littéralement le plus important pour moi, ça donne une dimension presque religieuse.

Une dédicace aux Paulette ?

Si un jour vous doutez de qui est-ce que vous êtes, lisez Harry Potter. J’ai toujours un bouquin sur moi !

 

ADAM NAAS :: Adam Naas (Virgin/Mercury/Universal Music)

Déjà disponible 

Facebook : https://www.facebook.com/adamnaasmusic/

Instagram : https://www.instagram.com/adam.naas/

 

Concerts : 

Le 12 novembre à Londres (Southbank Center – Royal Festival Hall)

Le 18 novembre à Lille (La Péniche)

Le 20 novembre à Paris (La Cigale)

Le 2 décembre à Rennes (La Place – Bars en Trans)

Le 9 février à Alençon (La Luciole Club)

 

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