15 QUESTIONS À SARA FORESTIER, RÉDACTRICE EN CHEF INVITÉE DU NOUVEAU NUMÉRO

Capture d'écran de M, film réalisé par Sara Forestier dans lequel elle interprète une jeune fille bègue

Surprenante, insaisissable, libre, mais surtout animale et sauvage, Sara Forestier incarne ce nouveau numéro de Paulette à la perfection, puisqu’il est complètement fait sur-mesure. Eh oui, nous avons élaboré WILD main dans la main avec l’actrice et réalisatrice au détour de plusieurs rendez-vous, de déjeuners, voire de goûters. Résultat, un bébé éditorial ponctué des interventions, sous forme d’interviews, de Christophe et d’Isabelle Adjani. Pas impossible que le bonheur et la fierté nous étouffent…



Connaissais-tu Paulette avant de te lancer dans l’aventure de rédactrice en chef invitée ?
J’avais entendu le nom, mais je ne lis pas de magazine, rien.

Pourquoi as-tu accepté dans ce cas ?
Parce que j’ai vu ce que c’était !

Tu t’es décidée en fonction des lignes éditoriale et graphique ?
Oui, bien sûr, j’ai tout de suite aimé le magazine !

Est-ce tu avais déjà tenté des projets comme celui-là, qui te sortaient de ta zone de confort, hors cinéma et théâtre ?
Rédac chef ? Jamais !

On t’a traitée comme une collègue. As-tu apprécié la mission ?
J’ai trouvé ça génial. Ce que je trouvais excitant, intéressant, c’était l’idée de pouvoir donner ma perception du monde, le regard que je lui porte de manière plus frontale, dans le sens où ça ne passait pas par les émotions, pas par le prisme du corps, mais simplement par le cerveau. J’aime l’idée de m’exprimer en tant que personne, comme si je parlais à quelqu’un. Le fait de choisir certains angles, de dire mon point de vue sur ce qu’est la sauvagerie, le fait de pouvoir parler comme si j’avais une discussion. C’est important, je pense, pour un artiste de pouvoir parler en tant que personne et pas simplement à travers son art. C’est agréable, tu vois ? On est aussi des individus qui pensent, qui reçoivent le monde dans lequel ils sont, on n’est pas des teubés. Le monde nous percute, nous fait réfléchir, nous fait bouger à l’intérieur de nous, il nous fait « neuroner » — bouger les neurones. Que ce soit la personne qui s’exprime et pas l’artiste est important. Hyper important, je pense. Il ne faut pas s’oublier en tant que personne.

Tu différencies ton « Moi artiste » de ton « Moi » ?
Bien sûr. Je pense que le métier d’actrice et d’acteur n’est pas bon pour la santé mentale. Personne ne le dit, mais ce n’est pas bon du tout. C’est un métier qui te rend déviant, qui te rend bancal, parce que tu as des comportements de vie qui ne sont pas naturels. Jouer des scènes n’est pas naturel, mettre des vraies émotions, des pleurs, des rires, de l’amour dans des situations qui n’existent pas, ça rend taré au bout d’un moment. C’est pareil pour tout le système de mode de vie qu’il y a autour : cloisonner les choses, préparer les moments où tu donnes toutes tes émotions pour ensuite repartir dans la vraie vie, ça veut dire que tu contrôles ces émotions quand tu joues, tu ne les laisses pas juste te traverser comme tu le ferais dans la vraie vie. C’est très bizarre de vouloir contrôler ses émotions, c’est suspect. 


Capture d'écran de M, film réalisé par Sara Forestier dans lequel elle interprète une jeune fille bègue


On a élaboré ensemble le thème : la sauvagerie, l’idée d’animalité. Pourquoi ce sont ces états qui te sont venus en tête ?
Parce qu’en tant que personne, je suis vachement heurtée par la mondialisation. Cette consommation constante — on devient des machines à consommer, on est conditionné pour ça  - et notre déshumanisation me heurtent. Malmenée est ma sauvagerie. C’était un cri à l’intérieur de moi, j’en avais besoin. J’ai l’impression qu’on besoin de cris, et qu’on en aura encore besoin, car sinon, on deviendra fous.  

Qu’est-ce que ça fait de recevoir autant de compliments de la part d’Isabelle Adjani et de Christophe ?
Ça me fait vraiment quelque chose. Autant j’en ai rien à foutre de l’idée d’une reconnaissance de masse, autant je suis touchée quand ce sont des gens que j’aime. Ce sont des artistes qui me touchent humainement : leur humanité traverse leur art. Il y a une pureté extraordinaire de sauvagerie justement. J’ai une forme de gratitude envers eux, je leur suis reconnaissante d’être comme ils sont et de donner autant, d’être généreux de leur humanité — car ils ont ce savoir-faire fulgurant pour faire don de cette humanité. Je les admire pour ça : ce sont des gens généreux. Ce sont des espèces de Résistants, en fait : ils vont toujours vers les autres alors qu’on est dans un monde qui individualise de plus en plus. Ce sont des Résistants de l’humanité. Je les admire et je les aime, j’ai de l’affect pour eux. Je les aime et les adore, c’est à la fois proche et différent, mais c’est les deux, voilà.

Parlons un peu de ton édito. Avais-tu déjà écrit auparavant ? Savais-tu que tu pouvais écrire ce genre de texte ?
Ça m’a fait vachement de bien de l’écrire. Je te dis la vérité, j’ai adoré ! C’est la seule fois quasiment où j’ai eu l’occasion de pouvoir m’exprimer par écrit de manière artistique sans que ce soit mon art à moi. C’était trop bien, j’aimerais bien continuer à écrire, parce qu’en fait, je n’ai jamais publié les trucs que j’ai écrits. Mon scénario n’a été lu que dans le milieu du cinéma. J’ai un vrai truc avec les mots, mais je n’ai jamais pu l’exprimer, à part à travers cet édito. Ça fait du bien. J’aime les mots, tu vois, j’aime écrire. 

Mais comment le sais-tu, que tu aimes écrire ?
Depuis que je suis petite ! À l’école, j’écrivais, il y avait des ateliers d’écriture et je les suivais. On avait écrit un livre dans une classe de neige, ou je ne sais plus quoi, et j’avais écrit quasiment tous les chapitres du livre (Rires). 

C’était le livre collectif de Sara (Rires) ?!
(Rires) Je te jure ! On avait pratiquement utilisé que mes chapitres !


Premiers paragraphes de l’édito écrit par Sara. Retrouvez le texte entier à la p.6 de notre numéro WILD !


Revenons à l’édito : où as-tu puisé l’inspiration ?
J’aime bien partir d’images, j’essaye de ressentir mes vibes. C’est en écoutant ces vibes à l’intérieur de moi que bam !, cette phrase m’est venue : « Les ronces gluantes après l’amour des grands fauves ». Une phrase d’un poète que j’avais lue quelque part. Je suis partie de ça puis, comme Proust, j’ai essayé d’écrire des sensations. C’est ça que je trouve beau dans l’écriture : ce n’est pas seulement la beauté des mots, c’est aussi le fait de creuser. Ce qui est beau dans l’écriture, c’est ton petit creusage à toi pour aller chercher ce que tu ressens, pour ensuite trouver les mots. Et quand les gens lisent ces mots — car les mots ne sont que des relais —, ils creusent à leur tour dans leurs propres sensations. En fait, on a un petit creux de chaque côté. Comment des mots peuvent-ils aller creuser en toi pendant quand tu les lis ? C’est vraiment tout ça qui est beau dans l’écriture. 
 
On n’est pas à l’abri que tu écrives un livre alors ?
Certainement pas ! Non. Pas un bouquin. Je ne veux pas devenir folle et me suicider à cause de ces conneries. Car à cause de l’écriture d’un livre, tu peux te suicider, c’est horrible ! C’est trop. Je ne veux surtout pas d’abstrait dans ma vie en ce moment. Je ne veux que du concret, que de la sauvagerie (Rires), que de la nature, que du contact avec les gens, que de la vérité !
 
Tu estimes qu’il n’y a pas de vérité dans l’écriture ?
C’est ça. Ce n’est pas de la vérité. Le moment où tu écris est une lacune, un besoin d’exprimer quelque chose, un trou. Ce n’est pas qu’il n’y a pas de véracité, mais l’acte en lui-même n’est pas de la vérité, parce que pour moi, elle n’est que dans la sensation et pas dans la pensée. La pensée, c’est du mensonge. Nous, les êtres humains, nous sommes les rois du mensonge, par rapport aux animaux. En fait, le mensonge est le début du fantasme. C’est tout ce que l’on a créé : l’imaginaire, c’est du mensonge. Ce n’est pas forcément négatif et ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de véracité dedans. C’est juste autre chose.
 
Quels sont les projets dont tu as envie de nous faire part ?
Je suis en tournage en Belgique en ce moment, mais je ne pas en dire plus. Juste : c’est un film belge sur des prostituées. Voilà, c’est tout !
 
Le numéro WILD est actuellement en kiosque et il est disponible à l’achat ici. 
 
> Article de Juliette Minel
 

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