« AMIN », UN FILM POIGNANT SUR LA SOUFFRANCE DES TRAVAILLEURS IMMIGRÉS, CRIANT D'ACTUALITÉ

Amin (Moustapha Mbengue), deux de ses enfants et sa femme (Marème N’Diaye)


Trois ans après le triomphe de Fatima et ses trois Césars (dont celui du meilleur film), le réalisateur Philipe Faucon revient avec un septième film, Amin, tout en tendresse. Cette histoire saisissante nous plonge dans le quotidien d’un père de famille africain contraint de travailler en France pour faire vivre les siens restés au Sénégal.






 
Sabine, Muriel, Samia, Fatima et maintenant Amin. Philippe Faucon continue de filmer avec justesse le quotidien de ces personnages confrontés aux difficultés de l’intégration (Fatima) ou de la séparation (Amin).
 
D’une profonde humanité, Amin nous entraîne avec délicatesse dans les méandres de l’éloignement et du déracinement à travers les yeux de plusieurs personnages attachants, pour la plupart en situation de précarité, qui partagent la douleur de la solitude et l’égarement inhérent à la distance installée avec leurs proches et leur pays d’attache.


Amin (Moustapha Mbengue)


Regard fatigué, le roc sénégalais Amin a des allures de paquebot insubmersible, partagé entre la France par devoir et le Sénégal par amour. Révélation du film, Moustapha Mbengue campe un homme taiseux, blessé, tout en retenue, qui va rencontrer une âme miroir en France (Emmanuelle « Gabrielle » Devos), elle-même sujette à une séparation (divorce, communication défaillante avec sa fille).Un brin naïfs, les deux êtres orphelins se maintiennent à flots. Les nombreux plans fixes du réalisateur français agissent comme des capteurs d’émotions sans fioriture pour ne garder que l’essentiel, le vrai, au détriment du spectaculaire et du superflu.


Gabrielle (Emmanuelle Devos) et sa fille


Dans les scènes se déroulant au Sénégal, l’actrice Marème N’Diaye interprète avec brio Aïcha, la mère courage et la femme d’Amin. En remettant en question les valeurs patriarcales en vigueur dans son pays, Aïcha secoue une histoire parfois trop sobre et offre de rares moments d’intempérance. Diamant brut au visage d’ange, la comédienne sénégalaise est criante de vérité et crève littéralement l’écran. 


Aïcha (Marème N’Diaye) et son beau-frère


Moins optimiste que Fatima, Amin est un constat tendre et amer d’une société contemporaine en souffrance silencieuse, en perte de repères, minée par les désagrégations affectives causée par l’immigration. En ouvrant et refermant son film sur un plan similaire, celui d’un chantier de bâtiment, le réalisateur termine sur une note mystérieuse à mi-chemin entre l’effondrement et la reconstruction. 

> Loïs Mangin
 

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